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Gabon : nouveau bras de fer entre enseignant au chômage et gouvernement

Plus de 800 enseignants issus des réseaux catholique, protestant, de l’Alliance chrétienne et islamique ont suspendu leurs cours le lundi 4 mai 2026 à Libreville, à l’issue d’un sit-in entamé le 27 avril devant le ministère de la Fonction publique, selon Gabonreview et L’Union.

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Ces agents dénoncent l’absence de régularisation de leur statut administratif et de paiement d’un salaire, alors que le chef de l’État, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, leur avait octroyé 1 000 postes budgétaires le 30 août 2023, au lendemain du coup d’État ayant renversé Ali Bongo Ondimba. Reçus le jour même par la ministre de la Fonction publique, Laurence Mengue Me Nzoghe épouse Ndong, les représentants du collectif disent avoir été entendus sans obtenir de garanties concrètes.

Le porte-parole du collectif, Duphy Minto’o Ella, a indiqué que l’ensemble des étapes préalables à l’intégration avaient été franchies : constitution de dossiers, création d’une commission par arrêté, transmission des fiches aux services de la Fonction publique. Le collectif allègue que les postes budgétaires promis ont, en partie, été détournés au profit d’autres catégories d’agents, sans que les autorités concernées n’aient fourni d’explication. Ces accusations n’ont pu être confirmées indépendamment. Des enquêtes administrative et, le cas échéant, judiciaire ont été réclamées au chef de l’État par le collectif.

La mobilisation des enseignants confessionnels s’inscrit dans un mouvement plus large qui paralyse le secteur éducatif gabonais depuis le 10 décembre 2025. À cette date, le Syndicat de l’éducation nationale (SENA) et le Syndicat national de l’enseignement technique et professionnel (SYNETECPRO) avaient déclenché une grève reconduite jusqu’en janvier 2026 pour exiger la régularisation des carrières enseignantes dont l’avancement avait été gelé depuis 2015 sous le gouvernement précédent. Selon les organisations syndicales, le gouvernement dénombrait plus de 27 000 situations administratives à traiter, couvrant recrutements, intégrations, titularisations et reclassements.

Dès le 12 janvier 2026, un arrêté interministériel avait institué une commission chargée d’examiner ces situations. Devant les représentants de SOS Éducation, la ministre Ndong avait annoncé le 13 janvier « régulariser administrativement toutes les situations » selon un calendrier budgétaire étalé sur l’année. Une première mise en solde de 148 enseignants, promise pour fin février, avait été reportée pour ce que l’exécutif avait qualifié de « problème technique », fragilisant la crédibilité du calendrier aux yeux des intéressés.

Quatre mille intégrations en cours, 3,7 milliards engagés

Le 1er avril 2026, lors d’une conférence de presse interministérielle, le ministère de la Fonction publique avait annoncé l’ouverture de guichets uniques dédiés à la régularisation des situations. La ministre Ndong avait alors précisé que 4 000 agents étaient en cours d’intégration et que 1 445 dossiers supplémentaires attendaient encore une mise en solde. Une enveloppe globale de 3,7 milliards de francs CFA (environ 5,6 millions d’euros) avait été mobilisée, avec une priorité accordée aux secteurs de l’éducation nationale et de la santé, selon Gabon Mediatime.

Ce dispositif associe les ministères sectoriels, la Fonction publique et les partenaires sociaux dans une architecture tripartite que le gouvernement présente comme un mécanisme d’audit continu pour éviter les dérapages clientélistes. Pour les enseignants confessionnels, ces mesures excluent leur catégorie ou ne leur ont pas encore produit d’effets concrets à la date de leur mobilisation du 27 avril.

Des situations similaires dans d’autres secteurs de formation

La crise ne se limite pas à l’enseignement confessionnel. Depuis décembre 2025, les sortants des grandes écoles de formation initiale — l’École normale des instituteurs (ENI), l’École normale supérieure de l’enseignement technique (ENSET) et l’École normale supérieure (ENS), promotions 2024-2025 — manifestaient à leur tour entre le ministère de l’Éducation nationale et celui de la Fonction publique pour obtenir une affectation avec effet salarial immédiat.

Certains exercent depuis un à deux ans dans des établissements publics sans rémunération. Les enseignants de l’Institut national de la poste, des technologies de l’information et de la communication (INPTIC) avaient également observé un mouvement de grève en février 2026 pour non-paiement de salaires et primes. Au Centre de formation professionnelle et de perfectionnement (CFPP) Basile Ondimba, une grève de quatre mois s’était soldée, début avril, par un constat de statu quo selon le site Top Infos Gabon.

Le gouvernement a par ailleurs entrepris, depuis janvier 2026, d’encadrer strictement les recrutements futurs dans l’administration, le Conseil des ministres du 29 janvier ayant qualifié d’« inacceptable » la pratique des embauches sans acte administratif régulier. La prochaine échéance de dialogue institutionnel entre les partenaires sociaux et le gouvernement reste celle du Conseil national du dialogue social, dont la mise en place effective a été annoncée par la ministre du Travail, Jacqueline Ilogué Bignoumba, le 1er mai 2026.

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