Côte d’Ivoire : bras de fer autour du catalogue musical de DJ Arafat
Me Alain Bokola, avocat des enfants mineurs du chanteur ivoirien DJ Arafat et de leur grand-mère Tina Glamour, a publié lundi 11 mai 2026 sur les réseaux sociaux une mise en demeure adressée à un ancien producteur ou promoteur d’artistes résidant à Paris, qu’il accuse d’exploiter sans autorisation les droits d’auteur et droits voisins du musicien décédé.

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L’intéressé, non identifié publiquement dans le document, dispose selon son conseil d’un délai de deux mois pour cesser ces pratiques et se rapprocher des héritiers dans le cadre d’une approche amiable, faute de quoi des poursuites judiciaires seront engagées devant le Pôle pénal économique et financier d’Abidjan et devant des juridictions françaises.
Selon Me Bokola, l’affaire a été portée à sa connaissance après une rencontre avec Maël, l’un des fils de l’artiste, qu’il décrit en pleurs. L’avocat allègue que l’ex-producteur aurait récemment commercialisé l’une des dernières œuvres de DJ Arafat et continuerait de tirer des revenus de son catalogue depuis Paris, en dehors de tout accord avec les ayants droit légaux. Il précise que cet individu se dirait, selon ses informations, « protégé et intouchable ».
DJ Arafat, de son nom civil Ange Didier Houon, né le 26 janvier 1986 à Yopougon, est décédé le 12 août 2019 à l’hôpital d’Abidjan des suites d’un accident de moto survenu dans la commune de Cocody. Considéré comme le principal représentant du coupé-décalé, genre musical ivoirien né au début des années 2000, il avait sorti onze albums et bénéficié d’un rayonnement en Afrique francophone et en France. Quatre ans après sa mort, son catalogue le plaçait encore parmi les premiers bénéficiaires des répartitions trimestrielles du Bureau ivoirien du droit d’auteur (BURIDA), selon un bilan publié par cette institution en septembre 2023.
La gestion de son héritage est contestée de longue date. Dès novembre 2020, les mères de ses trois enfants reconnus, Maël, Rafna et Lachoïna, avaient dénoncé publiquement les pratiques d’Universal Music Africa, accusée de sortir des titres posthumes sans consulter les héritiers et de ne pas avoir déclaré l’album « Renaissance » au BURIDA ni à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) française. La Sacem avait indiqué à l’époque que seuls les enfants portant le nom de l’artiste étaient reconnus comme ayants droit en France, le mariage coutumier n’y étant pas opposable. Un passif de créances avoisinant 100 millions de francs CFA (environ 152 000 euros) avait également été signalé par le juriste de la succession, Bollo Bi Tidou.
Me Bokola, un conseil impliqué depuis le décès
Me Alain Bokola représente les intérêts de la famille depuis la mort de l’artiste. Il avait déjà pris publiquement la parole en 2020 pour contester des accusations diffamatoires portées à titre posthume contre son client. Sa mise en demeure du 11 mai 2026 constitue, selon ses propres termes, une démarche préalable aux poursuites, destinée à ménager une issue amiable avant saisine des juridictions. Il a indiqué que des avocats français partenaires étaient déjà mobilisés pour les procédures éventuelles en France.
La mise en demeure ne précise pas les montants en jeu ni le titre ou les titres dont l’exploitation est contestée. Elle ne détaille pas davantage la nature exacte du lien contractuel passé entre le mis en cause et DJ Arafat de son vivant.
La démarche intervient dans un contexte plus large de multiplication des usages non autorisés de la voix et du catalogue d’Arafat depuis sa mort, dont le plus récent est la diffusion en 2026 d’un titre inédit intitulé « ATTOTE » produit à partir d’une synthèse vocale par intelligence artificielle, dont la légalité au regard des droits moraux détenus par les héritiers n’a pas été établie à ce jour.
Le délai de deux mois accordé par Me Bokola court à compter de la publication de son avertissement le 11 mai 2026, ce qui fixe au mois de juillet 2026 la date limite avant l’engagement de procédures judiciaires.


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