Kemi Seba déclare craindre pour sa vie en cas d’extradition au Bénin
Lors de l’audience de ce lundi à Pretoria, le militant panafricaniste a exposé ses craintes face à une éventuelle extradition dans un pays dont il affirme qu’il lui serait fatal. Le tribunal a de nouveau repoussé sa décision sur la liberté sous caution, prolongeant une détention commencée le 13 avril.

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L’activiste franco-béninois Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, a déclaré lundi 11 mai 2026 devant le tribunal régional de Pretoria craindre pour sa vie s’il était extradé vers le Bénin, son pays d’origine. Le tribunal, qui devait rendre sa décision sur la demande de mise en liberté sous caution ce lundi, a une nouvelle fois repoussé le délibéré au 19 mai 2026. Kemi Seba, 44 ans, reste placé sous mandat de dépôt depuis son arrestation le 13 avril à Pretoria.
L’activiste est détenu depuis son interpellation dans un centre commercial de la capitale sud-africaine, alors qu’il s’apprêtait, selon les autorités locales, à quitter clandestinement le territoire à destination du Zimbabwe via le fleuve Limpopo, avant de rejoindre l’Europe. Il a été arrêté en compagnie de son fils Khonsou, 18 ans, et du militant identitaire afrikaner François van der Merwe, qui avait reçu 250 000 rands (environ 13 000 euros) pour organiser le passage.
Le dossier se construit sur fond de multiples procédures. En Afrique du Sud, Kemi Seba est mis en cause pour séjour illégal, soupçons de blanchiment et, selon le parquet, planification d’attentats en Europe, allégations rejetées par sa défense. Au Bénin, il fait l’objet de deux mandats émis par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) : l’un daté du 13 juin 2025 pour blanchiment de capitaux, l’autre du 12 décembre 2025 pour apologie de crime et incitation à la violence, à la suite de sa vidéo saluant la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 contre le président Patrice Talon.
La complexité de l’affaire tient à l’empilement des procédures et à leur interdépendance. La demande d’asile politique déposée par Kemi Seba en Afrique du Sud, confirmée par son avocat Sinen Mnguni le 29 avril, place la procédure d’extradition béninoise dans une zone d’incertitude juridique car le droit international de l’asile peut faire obstacle à l’extradition si le risque de persécution est reconnu, ce qu’il appartient aux autorités sud-africaines d’apprécier. Le parquet spécial de la CRIET avait précisé dans un communiqué du 20 avril n’avoir transmis pour l’instant qu’une demande d’arrestation provisoire, pas encore la demande formelle d’extradition.
L’absence d’accord bilatéral d’extradition entre le Bénin et l’Afrique du Sud est invoquée par ses partisans comme un obstacle supplémentaire à son transfert. Le procureur spécial de la CRIET, Mario Mètonou, avait indiqué début mai que la procédure d’extradition était en phase préparatoire, sans qu’un calendrier soit communiqué.
Des connexions documentées au-delà du dossier
L’affaire dépasse le seul cadre judiciaire en raison des connexions de Kemi Seba documentées par plusieurs enquêtes journalistiques. François van der Merwe, son compagnon d’arrestation, s’était rendu à Moscou en septembre 2024 pour rencontrer une organisation liée à l’oligarque ultranationaliste Konstantin Malofeïev, sous sanctions occidentales. Des enregistrements privés publiés sur les réseaux sociaux au moment de son arrestation montraient Kemi Seba critiquant les juntes sahéliennes et la Russie, un positionnement qui a suscité des interrogations sur ses allégeances réelles.
Déchu de sa nationalité française en 2024, après plusieurs condamnations pour incitation à la haine raciale selon les autorités françaises, Kemi Seba ne dispose plus que du passeport diplomatique nigérien octroyé par le président nigérien général Abdourahamane Tiani. Il est présumé innocent de l’ensemble des charges retenues contre lui en Afrique du Sud et au Bénin. La prochaine audience est fixée au 19 mai 2026 devant le tribunal régional de Pretoria.


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