Kenya : le méga Data Center de Microsoft et G42 à 1 milliard de dollars au point mort
Annoncé en grande pompe lors de la visite d’État de William Ruto à Washington en mai 2024, le plus grand investissement numérique jamais promis au Kenya n’a pas commencé sa construction. Le délai de mise en service initialement prévu pour 2026 est dépassé sans accord.

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Le projet de centre de données géothermique que Microsoft et le groupe émirati d’intelligence artificielle G42 devaient construire au Kenya pour un milliard de dollars est au point mort, selon un rapport de Bloomberg du 10 mai 2026. La première phase, d’une capacité prévue de 100 mégawatts sur le site de la Green Energy Park de KenGen, près d’Olkaria dans la Rift Valley, devait être opérationnelle en 2026. Aucune construction n’a démarré et la date de mise en service initiale est dépassée. Des représentants de Microsoft et de G42 ont refusé de commenter, tandis que John Tanui, secrétaire principal au ministère kényan de l’Information, a indiqué que les discussions se poursuivent et que le projet n’est ni échoué ni abandonné.
Deux obstacles distincts ont convergé pour bloquer l’initiative. Le premier est commercial. Semon les informations, Microsoft et G42 ont demandé au gouvernement kényan des garanties annuelles de paiement pour couvrir un volume de capacité informatique prédéterminé, une structure contractuelle que le Trésor kényan n’a pas été en mesure d’accepter. Les discussions ont exploré des mécanismes alternatifs, garanties partielles de risque ou comptes séquestres alimentés par les dépenses gouvernementales en services cloud, mais sans qu’un accord soit trouvé. Le second obstacle est énergétique. Le président Ruto a déclaré lors d’un récent événement officiel à Nairobi que l’alimentation d’un centre de données à pleine capacité nécessiterait environ un tiers de la capacité électrique totale installée du Kenya, estimée à 3 000 à 3 200 mégawatts.
Microsoft et G42 avaient annoncé ce paquet d’investissement d’un milliard de dollars pour le Kenya en mai 2024. L’accord prévoyait un centre de données alimenté par énergie géothermique à Olkaria, devant soutenir une nouvelle région cloud Azure pour l’Afrique de l’Est. Les autorités kényanes l’avaient alors présenté comme le plus grand investissement privé unique de l’histoire numérique du pays. La vision à long terme portait sur une montée en puissance jusqu’à 1 gigawatt de capacité.
L’administration Biden avait contribué à faciliter l’investissement en capital de 1,5 milliard de dollars de Microsoft dans G42, en partie comme contrepoids à la Route de la soie numérique chinoise en Afrique. Le Kenya devait en être la vitrine. G42 avait par ailleurs accepté, avant cet investissement, de se défaire de ses participations chinoises et de retirer les équipements chinois de ses infrastructures, un engagement politique qui donnait au projet une dimension diplomatique transatlantique.
Selon des sources citées par le site spécialisé Techish Kenya, une note de concept préparée par le ministère kényan des TIC avait été soumise au Trésor national pour approbation de financement, mais cette approbation n’est jamais arrivée. Dès août 2025, des réunions internes entre les parties avaient confirmé que la date de mise en service de mai 2026 était déjà hors d’atteinte.
Des contraintes structurelles qui dépassent ce seul projet
Le Kenya présentait un niveau de risque de détresse de la dette externe qualifié de « modéré » par le FMI en 2024, et les nouvelles garanties souveraines auraient pu peser sur ses objectifs budgétaires. La Trésorerie a cherché à réduire la portée des garanties, tandis que Microsoft et G42 maintenaient leurs exigences de revenus garantis.
Sur le plan électrique, le réseau de transport kényan est également sous contrainte : des lignes comme Muhoroni-Chemosit et Kisumu-Muhoroni fonctionnent déjà à plus de 120 % de leur capacité de conception. Ajouter une charge de l’ordre du gigawatt près de Naivasha aurait nécessité des infrastructures de transport qui n’existent pas dans le délai qu’assumait le projet initial.
Un projet alternatif plus modeste, d’une capacité de 60 mégawatts, développé avec un acteur local du nom d’EcoCloud, reste en discussion selon Bloomberg. Un rétrécissement de la portée du projet n’est pas exclu selon des sources proches des négociations. Aucune décision définitive n’a été annoncée au 11 mai 2026.


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