Syrie: l’armée entre au camp d’al-Hol, où vivent familles et proches de jihadistes
Ce mercredi 21 janvier au matin, l’armée syrienne a pénétré dans le vaste camp de détention d’al-Hol, situé dans le nord-est de la Syrie, après le retrait la veille des forces kurdes, a indiqué un correspondant de l’AFP présent sur place. Selon ce témoin, un important contingent de soldats a ouvert la barrière métallique et est entré à pied à l’intérieur de l’enceinte. Le camp, qui abrite des familles liées au groupe État islamique (EI), compte près de 24 000 personnes, dont environ 15 000 Syriens et quelque 6 300 femmes et enfants étrangers originaires de 42 nationalités, parmi lesquelles figurent des ressortissants occidentaux.

SOMMAIRE
Entrée des forces syriennes et état des lieux
Les images et témoignages recueillis sur place décrivent une présence militaire accrue dès les premières heures de la matinée. Les forces kurdes, qui administraient jusqu’alors le camp par l’intermédiaire de l’administration autonome nord-est syrienne et des Unités de protection du peuple (YPG), se sont retirées, ouvrant la voie à l’intervention de l’armée gouvernementale de Damas. L’AFP a rapporté que plusieurs soldats ont franchi l’entrée principale, sans qu’il n’y ait immédiatement d’information vérifiable sur d’éventuels affrontements ou incidents à l’intérieur du camp.
Al-Hol, créé après la défaite territoriale du groupe État islamique en 2019, concentre une population composée en grande partie de familles de combattants et de sympathisants présumés. Les conditions de vie dans ce camp ont été dénoncées à plusieurs reprises par des organisations humanitaires internationales : surpopulation, accès limité à l’eau potable, soins médicaux insuffisants et risques de radicalisation au sein d’une population traumatisée et souvent laissée en marge des processus de justice et de réintégration.
Contexte humanitaire, juridique et enjeux internationaux
L’évolution du contrôle d’al-Hol soulève des questions immédiates pour l’accès humanitaire et la sécurité des personnes déplacées. Des ONG et des agences onusiennes ont régulièrement alerté sur la fragilité de la situation sanitaire et sur le besoin urgent de protections pour les enfants et femmes détenus. Le changement d’autorité sur le terrain pourrait modifier les modalités d’acheminement de l’aide et la capacité des acteurs internationaux à intervenir.
Par ailleurs, la présence de ressortissants étrangers — notamment des Européens mais aussi des personnes originaires d’Afrique — pose la délicate question des rapatriements et des poursuites judiciaires. Plusieurs gouvernements étrangers ont jusqu’ici hésité à rapatrier des mineurs et des femmes liées à l’EI, invoquant des problèmes de sécurité et de preuve. De leur côté, plusieurs États africains sont confrontés à des situations de citoyens ou de personnes apatrides retenues dans ces camps, ce qui renforce la nécessité d’une coordination diplomatique et juridique pour éviter l’enlisement d’une crise humanitaire transfrontalière.
La reprise du contrôle d’al-Hol par l’armée syrienne pourrait également avoir des conséquences politiques plus larges dans la région, en particulier concernant les rapports entre Damas, les autorités kurdes, et les puissances extérieures impliquées en Syrie. Les prochaines heures et jours seront déterminants pour connaître la nature des mesures prises à l’intérieur du camp, l’accès accordé aux agences humanitaires et le sort des milliers de personnes qui y vivent.

Commentaires