Nigeria : avec 3 milliards gagnés en deux semaines, la fortune d’Aliko Dangote atteint des records
La fortune du milliardaire ngérian Aliko Dangote a atteint 35,9 milliards de dollars selon l’indice Bloomberg Billionaires, soit un gain d’environ 3 milliards de dollars en deux semaines, portant la progression depuis le début de l’année 2026 à 5,92 milliards. Le fondateur nigérian de Dangote Industries se classe au 65e rang mondial et demeure le seul ressortissant africain figurant parmi les cent personnalités les plus fortunées de la planète selon Bloomberg. Trois segments du groupe ont convergé simultanément pour alimenter cette hausse : les engrais, la raffinerie de Lagos et le ciment.

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La filiale Dangote Fertiliser bénéficie depuis plusieurs semaines d’un choc de demande lié au conflit armé impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un tiers des échanges internationaux d’engrais selon des données sectorielles, a contraint des acheteurs du monde entier à se repositionner vers des fournisseurs alternatifs. L’usine de Lagos, la plus grande du continent africain avec une capacité annuelle de trois millions de tonnes d’urée, en a été le principal bénéficiaire. Devakumar Edwin, vice-président de Dangote Industries, a déclaré à Bloomberg que « la demande a considérablement augmenté en raison de la pénurie sur le marché mondial ».
La raffinerie de Lekki, à l’est de Lagos, a atteint sa pleine capacité de production de 650 000 barils par jour en février 2026. En mars, elle a exporté 456 000 tonnes de produits pétroliers vers cinq pays africains – Côte d’Ivoire, Cameroun, Tanzanie, Ghana et Togo -, premières livraisons à grande échelle hors du marché nigérian depuis son opérationnalisation. Selon le cabinet de suivi Kpler, les exportations nigérianes de produits raffinés ont progressé de 100 000 à 214 000 barils par jour entre février et mars. Les marges sur le carburéacteur se sont élargies à la faveur du conflit régional, qui avait poussé le baril de Brent à 120 dollars avant un repli autour de 103 dollars fin avril. Plusieurs gouvernements africains, dont celui de l’Afrique du Sud, auraient engagé des discussions avec le groupe pour des contrats d’approvisionnement à long terme. L’introduction en Bourse de la raffinerie sur le marché nigérian est par ailleurs en préparation avec jusqu’à 15 % du capital qui pourraient être ouverts aux investisseurs selon le Financial Times.
Du côté du ciment, l’action Dangote Cement a progressé de plus de 70 % sur le Nigerian Exchange depuis le début de l’année, portée par un bénéfice net 2025 en hausse de 102 % à 732 millions de dollars, des revenus annuels de 2,7 milliards d’euros et un bénéfice avant impôts au premier trimestre 2026 en hausse de 35 %. Les exportations de clinker depuis le Nigeria ont bondi de 71,6 % sur la même période.
Deux projets annoncés le même jour au Financial Times
Le 7 mai, Dangote a livré au Financial Times deux annonces simultanées qui ont amplifié le mouvement sur sa valorisation boursière. La première concerne une double cotation de Dangote Cement à la Bourse de Londres, envisagée pour septembre 2026 sous réserve des conditions de marché. Environ 10 % du capital du cimentier, valorisé à 13 milliards de dollars, seraient mis sur le marché. JPMorgan Chase, Citigroup et Standard Bank ont été mandatés pour accompagner l’opération. Un projet similaire avait été suspendu en 2018, la construction de la raffinerie de Lekki ayant alors absorbé les financements disponibles. Dangote a cité la réforme récente des règles d’introduction en Bourse opérée par la Financial Conduct Authority (FCA) britannique comme facteur ayant facilité sa décision. « Nous souhaitons procéder à une double cotation. Cela fait sept à dix ans que nous y réfléchissons », a-t-il indiqué au Financial Times.
La seconde annonce porte sur un projet de raffinerie à Mombasa, au Kenya. L’installation aurait une capacité de 650 000 barils par jour pour un coût estimé entre 15 et 17 milliards de dollars. Dangote avait évoqué en avril, lors du sommet Africa We Build organisé à Nairobi par l’Africa Finance Corporation, un site à Tanga, en Tanzanie. Il revient sur cette position en faveur du Kenya : « Je penche davantage vers Mombasa car Mombasa dispose d’un port bien plus grand et plus profond », a-t-il déclaré au Financial Times, ajoutant que « les Kényans consomment plus » et que la décision finale revenait au président William Ruto. Selon des données sectorielles citées par la presse régionale, 75 % des produits pétroliers raffinés consommés en Afrique de l’Est et australe sont importés, principalement depuis le Moyen-Orient. Le financement et la gouvernance du projet restent à ce stade non formalisés dans un accord entre États.
La décision définitive sur la cotation londonienne de Dangote Cement est attendue dans les prochaines semaines, avant l’introduction envisagée pour septembre 2026.


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