Nigéria : après sa méga raffinerie, Aliko Dangote annonce une méga centrale électrique de 20 000 MW
Le milliardaire nigérian Aliko Dangote a dévoilé mardi 6 mai, lors d’un entretien avec le directeur général de la Société financière internationale (IFC) Makhtar Diop dans les locaux de l’institution à Washington, un projet de centrale électrique de 20 000 mégawatts et précisé les contours de l’introduction en bourse panafricaine de sa raffinerie de Lagos, promettant aux investisseurs africains entre 20 et 25 milliards de dollars de dividendes versés en dollars américains. L’entretien, diffusé par CNBC Africa, constitue la présentation publique la plus détaillée à ce jour de la stratégie post-raffinerie du groupe Dangote.

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Le volet le plus marquant de l’entretien concerne la production d’électricité. Le projet de 20 000 MW dépasserait à lui seul la capacité installée totale du Nigeria, estimée à environ 13 000 MW, dont seule une fraction est effectivement disponible sur le réseau. Aucun acteur privé n’a jamais tenté un programme d’une telle ampleur sur le continent africain.
Dangote n’a fourni ni calendrier, ni montage financier, ni mix technologique. Il a justifié le lancement de ce programme par la solidité des flux de trésorerie générés par la raffinerie de Lagos, opérationnelle depuis janvier 2024. « Nous avons libéré nos actifs et pouvons lever davantage de fonds. Notre trésorerie est aujourd’hui très solide », a-t-il déclaré. Le projet s’inscrit dans un plan d’investissement global de 40 milliards de dollars d’ici 2030, baptisé « Vision 2030 ».
Une IPO panafricaine ciblant 100 milliards de chiffre d’affaires
L’introduction en bourse de Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals FZE, dont la préparation a été confiée aux banques d’affaires Stanbic IBTC Capital, Vetiva Advisory Services et FirstCap, vise une première cotation sur la Bourse du Nigeria (NGX) entre juin et juillet 2026, avec des cotations croisées sur d’autres places africaines.
Dangote a déclaré viser à terme 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel pour l’ensemble du groupe, avec un EBITDA de 30 à 35 milliards. Sur cette base, la cession de 25 % du capital de la raffinerie pourrait générer entre 20 et 25 milliards de dollars de dividendes cumulés pour les investisseurs. Des publications antérieures, notamment lors d’un événement de l’Atlantic Council à Washington fin avril, évoquaient plutôt une cession de 10 % du capital pour une valorisation d’environ 40 à 50 milliards de dollars. L’écart entre les deux annonces n’a pas été clarifié.
Le versement des dividendes en dollars, adossé aux 6,4 milliards de dollars de revenus d’exportation annuels projetés de la raffinerie, vise à contourner la volatilité du naira nigérian. « Imaginez, vous injecteriez des milliards de dollars dans les mains de tous ces Africains », a déclaré Dangote.
Une raffinerie testée au-delà de sa capacité nominale
Sur le plan industriel, la raffinerie de Lekki (Lagos), la plus grande unité de raffinage mono-train au monde, a été testée à 661 000 barils par jour, dépassant sa capacité nominale de 650 000 barils. L’installation fonctionne à ce niveau depuis plusieurs semaines. L’investissement total s’élève à plus de 19 milliards de dollars.
La raffinerie exporte déjà du diesel, de l’essence et du kérosène vers plusieurs pays africains (Ghana, Cameroun, Togo, Tanzanie) ainsi que vers l’Europe et les États-Unis. En avril, les exportations de diesel atteignaient environ 79 500 barils par jour, contre 73 600 en mars, tandis que les expéditions d’essence ont reculé de 102 400 à 50 100 barils par jour, d’après les données du cabinet Wood Mackenzie citées par le quotidien nigérian Punch. Dangote prévoit de porter la capacité à 1,4 million de barils par jour, ce qui ferait de l’installation la plus grande raffinerie au monde.
Engrais, mines et infrastructures portuaires
La diversification s’étend au-delà de l’énergie. Le groupe cible une production d’urée de 12 millions de tonnes, contre une capacité actuelle non précisée, et développe des projets miniers de potasse et de phosphate au Congo-Brazzaville ainsi qu’un projet de raffinage de cuivre en Zambie. Dangote a affirmé viser le rang de premier producteur mondial d’engrais « d’ici environ deux ans et demi ». Un projet de port en eau profonde avec un tirant d’eau de 80 mètres et des infrastructures GNL complètent le plan d’expansion.
Dangote a dénoncé les barrières à la circulation sur le continent, affirmant avoir besoin de 38 visas pour se déplacer en Afrique. Il a comparé le coût d’acheminement de marchandises entre Lagos et Accra — plus élevé, selon lui, que depuis l’Europe — et cité des tarifs aériens régionaux pouvant atteindre 600 dollars. Il plaide, à travers l’African Renaissance Group soutenu par l’IFC, pour un démantèlement de ces obstacles qu’il juge incompatibles avec l’industrialisation du continent.
L’IFC avait financé le premier emprunt extérieur significatif du groupe en 2005 pour 478 millions de dollars sur sept ans. Dangote a rappelé avoir remboursé cette somme en dix-huit mois. L’introduction en bourse de la raffinerie est attendue entre juin et juillet 2026.



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