Ukraine : Moscou exclut de prolonger la trêve négociée par Trump
La trêve de trois jours entre la Russie et l’Ukraine, obtenue vendredi 8 mai à l’initiative du président américain Donald Trump, a été marquée dès ses premières heures par des accusations croisées de violations, tandis que le Kremlin a indiqué ne pas envisager de prolongation au-delà du lundi 11 mai.

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Trump avait annoncé l’accord sur sa plateforme Truth Social en précisant que la trêve inclurait « un échange de prisonniers portant sur 1 000 détenus de chaque côté ». Le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov, avait confirmé l’acceptation russe de l’initiative. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait signé un décret en ce sens, suspendant les opérations militaires ukrainiennes aux abords de la Place Rouge pendant la durée du défilé du 9-Mai.
Des attaques de drones et des tirs d’artillerie ont été signalés sur les deux fronts dès le premier jour de la trêve. Les autorités ukrainiennes ont fait état d’une frappe de missile russe ayant tué sept civils à Merefa, localité proche de Kharkiv, deuxième ville du pays, dans la matinée du 9 mai. Des victimes ont également été recensées dans des localités du sud de l’Ukraine. Le ministère russe de la Défense a affirmé de son côté que les forces ukrainiennes avaient « continué d’effectuer des frappes de drones et d’artillerie sur les positions » russes, affirmant avoir répliqué « de manière symétrique ».
L’analyse des données de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) publiée par l’AFP indique par ailleurs que la zone sous contrôle russe en Ukraine a diminué d’environ 120 km² entre mars et avril 2026, recul qui n’avait plus été enregistré depuis la contre-offensive ukrainienne de l’été 2023.
La proposition Schröder rejetée par Berlin
Interrogé samedi sur son interlocuteur privilégié pour reprendre le dialogue avec les Européens, Vladimir Poutine a déclaré préférer « personnellement » l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, 82 ans, au pouvoir de 1998 à 2005. Des sources gouvernementales allemandes ont indiqué dimanche à l’AFP que ces déclarations « s’inscrivent dans une série de fausses offres » russes et reflètent « la stratégie hybride bien connue » du Kremlin. Ces mêmes sources ont ajouté qu’un premier signe de crédibilité russe serait « que la Russie prolonge la trêve ».
Michael Roth, ancien président social-démocrate de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, a déclaré qu’un médiateur entre la Russie et l’Union européenne ne peut « tout simplement pas être le pote de Poutine ». Le parti du chancelier Friedrich Merz, qui gouverne en coalition avec le SPD, n’a pas commenté directement la proposition.
Au sein du SPD, les positions divergent. Adis Ahmetovic, porte-parole du parti pour les affaires étrangères au Bundestag, a estimé dans l’hebdomadaire Spiegel que la proposition ne devait « pas être exclue d’emblée de manière catégorique » et devait être « soigneusement pesée en étroite concertation avec nos partenaires européens ». Le parti de gauche pro-russe BSW s’est déclaré favorable à l’initiative.
Gerhard Schröder, qui n’a pas condamné l’offensive russe lors de son déclenchement en 2022, est lié depuis deux décennies à Vladimir Poutine. Il a joué un rôle clé dans les projets de gazoducs Nord Stream 1 et 2 et a siégé au conseil d’administration du pétrolier russe Rosneft, poste qu’il a abandonné en 2022. Il n’a fait aucune déclaration publique sur sa désignation par Poutine.
Un défilé réduit à Moscou
Pour la commémoration du 9-Mai, Moscou a réduit l’ampleur habituelle de son défilé militaire sur la Place Rouge, invoquant une hausse des menaces d’attaques ukrainiennes à longue portée. L’internet mobile a été coupé dans la capitale russe pendant la durée des célébrations. Parmi les dirigeants étrangers présents figuraient les chefs d’État du Bélarus, de Malaisie, du Laos, d’Ouzbékistan et du Kazakhstan. Le Premier ministre slovaque Robert Fico, dont le pays est membre de l’Union européenne, s’est rendu à Moscou pour rencontrer Poutine, mais n’a pas été aperçu dans les tribunes de la Place Rouge.
Poutine a déclaré lors du défilé que ses forces armées affrontaient en Ukraine une « force agressive » soutenue par l’ensemble de l’OTAN, et a affirmé dans la foulée que la guerre « touchait à sa fin ». Le Kremlin n’a pas précisé les conditions dans lesquelles il envisagerait des négociations.
La trêve, qui n’a pas été prolongée selon le Kremlin, arrive à expiration le lundi 11 mai 2026. L’échange de prisonniers prévu dans le cadre de l’accord Trump reste en cours de mise en œuvre.


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