Au Royaume-Uni, Keir Starmer désormais sur la sellette ?
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a déclaré vendredi 8 mai qu’il ne démissionnerait pas, au lendemain d’élections locales qui ont infligé aux travaillistes leurs pertes les plus lourdes en plusieurs décennies. La déroute s’est doublée d’une progression historique du parti populiste de droite Reform UK, qui consolide sa position de principale menace électorale pour le Labour avant les législatives prévues en 2029.

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Le scrutin du 7 mai concernait quelque 5 066 postes de conseillers municipaux en Angleterre, ainsi que les parlements régionaux d’Écosse et du Pays de Galles. Selon les résultats compilés, le Parti travailliste a perdu plus de 1 300 conseillers en Angleterre. Au Pays de Galles, le parti indépendantiste Plaid Cymru est devenu la première force au Senedd avec 43 sièges, mettant fin à la domination travailliste ininterrompue depuis la création de l’assemblée galloise en 1999 dans le cadre de la décentralisation.
La Première ministre galloise Eluned Morgan a perdu son siège et démissionné dans la soirée. En Écosse, le Parti national écossais (SNP) a conservé le pouvoir pour un cinquième mandat consécutif ; les travaillistes et Reform UK se sont retrouvés à égalité à la deuxième place avec 17 sièges chacun.
Face à ces résultats, Starmer a reconnu vendredi matin assumer « la responsabilité » de ce qu’il a qualifié de journée « très difficile ». Il a néanmoins écarté tout départ : « Je ne vais pas partir et plonger le pays dans le chaos. Des journées comme celle-là n’entament pas ma détermination à mettre en œuvre les changements que j’ai promis. » Son vice-Premier ministre et ministre de la Justice, David Lammy, a soutenu que « on ne change pas de pilote en plein vol ».
Selon des sources citées par le Times de Londres, des députés travaillistes envisageraient néanmoins d’exiger que Starmer fixe une date de départ avant les élections générales de 2029. Le parti compte un peu plus de 400 élus aux Communes ; 81 lettres de défiance suffiraient à déclencher une procédure interne de destitution. Aucun chiffre officiel de signataires n’a été communiqué.
Une accumulation de crises depuis l’automne 2025
La vulnérabilité de Starmer dépasse les résultats du 7 mai. Depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2024, le Premier ministre de 63 ans encaisse une série de crises qui ont fait chuter sa popularité.
La principale est l’affaire Peter Mandelson. En janvier 2025, Starmer avait nommé cet ancien ministre blairiste ambassadeur aux États-Unis, malgré des mises en garde sur ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019. Mandelson a été limogé en septembre 2025 après la publication d’échanges dans lesquels il soutenait Epstein lors de ses démêlés judiciaires. Starmer a déclaré qu’il « n’aurait jamais » procédé à cette nomination s’il avait disposé des informations connues depuis. En avril 2026, le Guardian a révélé que le Foreign Office avait accordé à Mandelson une habilitation de sécurité malgré un avis défavorable du service de contrôle des antécédents, relançant les appels à la démission de l’opposition conservatrice (Kemi Badenoch) et libérale-démocrate (Ed Davey). Le chef de cabinet de Starmer, Morgan McSweeney, et son directeur de la communication, Tim Allan, avaient tous deux démissionné en février 2026.
À cette crise s’ajoutent la démission d’Angela Rayner — ancienne vice-Première ministre, liée à une affaire de déclaration fiscale — et une économie dont la croissance reste atone dans un contexte de coût de la vie élevé.
Des successeurs potentiels mais sans candidat déclaré
L’ancienne vice-Première ministre Angela Rayner, que les milieux de paris considèrent comme la favorite pour succéder à Starmer, avait déclaré lors d’un rassemblement militant que le Labour « manquait de temps » et était désormais perçu comme « l’establishment et non les travailleurs ». Sa candidature éventuelle reste fragilisée par l’affaire fiscale qui a conduit à sa démission du gouvernement. Le maire du Grand Manchester Andy Burnham, le ministre de la Santé Wes Streeting, la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood et l’ancienne ministre de l’Intérieur Yvette Cooper sont également cités. Burnham devrait obtenir un siège de député aux Communes pour pouvoir se porter candidat.
Les prochaines élections législatives sont prévues pour 2029. Reform UK, dont le chef Nigel Farage a appelé Starmer à démissionner, domine les sondages d’intentions de vote nationales.


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