Maurice : le pari politique de Paul Bérenger après sa double rupture
Paul Bérenger, 81 ans, a lancé samedi 9 mai le Front militant progressiste (FMP) devant environ un millier de partisans réunis dans la salle municipale de Vacoas-Phoenix, dans le district de Plaines Wilhems, au sud de Port-Louis. L’ancien vice-Premier ministre mauricien, cofondateur du Mouvement militant mauricien (MMM) en 1969 et à sa tête pendant plus de 57 ans, crée ainsi un nouveau parti à peine sept semaines après avoir quitté le gouvernement de Navin Ramgoolam et un mois après avoir démissionné du MMM. Il a appelé ses partisans à construire « une alternative solide et sérieuse » en vue des élections générales prévues en 2029.

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« Dans un, deux ou trois ans, je sais que, si nous faisons correctement notre travail, nous les balayerons tous les deux », a déclaré Bérenger, en référence au Parti travailliste au pouvoir et au Mouvement socialiste militant (MSM) de l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth, battu aux législatives de novembre 2024. « Si le Parti travailliste continue sur cette voie, il finira de la même façon que le MSM », a-t-il ajouté. Un bureau provisoire a été installé à l’issue du congrès fondateur. La direction du parti sera élue lors d’une assemblée de délégués d’ici trois mois.
Le départ de Bérenger du gouvernement s’est opéré en deux étapes. Le 20 mars 2026, il a remis sa lettre de démission du poste de vice-Premier ministre au président de la République, évoquant des désaccords persistants avec le Premier ministre Navin Ramgoolam autour de nominations controversées, de l’orientation de la politique économique et de l’absence de réactions face à des accusations de corruption visant des proches du chef du gouvernement. « Mo leker kasse » (Mon cœur est brisé), avait-il déclaré lors d’une conférence de presse à Port-Louis. Il avait ajouté avoir « manz kou » (encaissé des coups) depuis 2024, date de la formation de l’alliance gouvernementale entre le MMM et le Parti travailliste, surnommée « Alliance du Changement », qui avait permis de déloger le MSM du pouvoir.
Sa rupture avec le MMM est survenue le 13 avril, après avoir constaté son isolement au sein du parti. Sur les 18 députés MMM au Parlement, 16 avaient choisi de rester dans la coalition gouvernementale plutôt que de le suivre. Seule sa fille, la députée Joanna Bérenger, lui avait apporté son soutien public. Le secrétaire général du parti, Rajesh Bhagwan, avait condamné son retrait. La vague d’effet domino provoquée par son départ du gouvernement s’est traduite par 31 démissions de cadres et fonctionnaires dans des organismes parapublics, conseils ministériels et entreprises d’État, entre le 20 mars et le 2 avril, selon des chiffres confirmés au Parlement par le Premier ministre Ramgoolam.
Une recomposition de l’espace d’opposition
Le FMP s’est d’abord présenté sous les noms successifs de « Konba Militan Progresis » puis « Combat Militant Progressiste », avant d’adopter sa dénomination définitive à la suite d’objections formulées par le mouvement politique Linion Moris concernant la ressemblance du logo initial. Un nouvel emblème est en cours de finalisation, avec une rencontre prévue avec la Commission électorale.
Selon Le Mauricien, le FMP devrait occuper le front bench de l’opposition à l’Assemblée nationale plus rapidement que prévu, ce qui pourrait remettre en cause la position de Joe Lesjongard, actuel leader de l’opposition et dirigeant du MSM.
Né le 26 mars 1945 et d’origine franco-mauricienne, Paul Bérenger a été le seul Premier ministre non hindou de l’île, de 2003 à 2005, dans le cadre d’une coalition avec le MSM. Il a par ailleurs occupé le poste de vice-Premier ministre à trois reprises. Le FMP se positionne comme un parti d’opposition à vocation nationale, avec des contours programmatiques qui n’ont pas encore été détaillés lors du congrès fondateur.


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