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Mali : Bamako ravitaillée en carburant après une opération militaire d’ampleur

Au Mali, plus de 710 camions-citernes chargés d’hydrocarbures sont arrivés dimanche à Bamako sous escorte militaire, dans un contexte de blocus jihadiste persistant sur les axes d’approvisionnement du Mali. Cette opération, coordonnée par les autorités maliennes, vise à éviter l’asphyxie énergétique de la capitale, alors que le JNIM multiplie depuis plusieurs mois les attaques contre les convois de carburant.

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Plus de 710 camions-citernes chargés d’hydrocarbures sont arrivés à Bamako dimanche 10 mai sous l’escorte des Forces armées maliennes (FAMa), selon la Direction générale du commerce, de la consommation et de la concurrence (DGCC), qui coordonne avec la police nationale la distribution vers les stations-service de la capitale. L’opération s’inscrit dans un dispositif de convoyage militarisé mis en place depuis plusieurs mois pour contourner le blocus que le groupe jihadiste Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM) maintient sur les principaux axes routiers reliant Bamako aux ports d’approvisionnement de Dakar, Abidjan et Conakry.

Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, a imposé ce blocus à compter de septembre 2025. Depuis lors, de nombreux camions-citernes ont été incendiés sur les routes maliennes. Fin janvier, l’ONG Human Rights Watch avait documenté l’exécution sommaire de dix chauffeurs et deux apprentis par le groupe armé dans le sud-ouest du pays, non loin de la frontière sénégalaise – une violence qui avait provoqué un arrêt de travail du syndicat des chauffeurs. La DGCC avait relevé en mars que « la recrudescence des attaques a perturbé l’approvisionnement » et que des convois restaient bloqués dans les ports de Dakar et d’Abidjan.

Des convois militarisés en série depuis le début de l’année

Le convoi du 10 mai est le dernier d’une série de réceptions massives organisées par les autorités pour répondre à la menace d’asphyxie énergétique de la capitale. Le 1er mai, la DGCC avait annoncé la réception de plus de 830 camions-citernes à Bamako, escortés par les FAMa et le personnel russe de l’Africa Corps – la structure qui a succédé au groupe Wagner après sa dissolution formelle.

Entre le 30 mars et le 5 avril, 640 citernes représentant un volume de 29 millions de litres avaient été réceptionnées. Au total, le Mali a importé 116 millions de litres de carburant au cours du seul mois de mars, selon des chiffres communiqués lors de la 19e réunion de suivi du marché présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo.

Malgré ce flux de convois, la situation reste précaire. En mars, la capitale malienne avait connu une pénurie de gazole et le carburant entrant était prioritairement dirigé vers Énergie du Mali (EDM), dont les centrales thermiques alimentent un réseau électrique défaillant. Plusieurs quartiers de Bamako ne disposaient alors que de quelques heures d’électricité par jour. Des longues files d’attente s’étaient formées dans les rares stations encore approvisionnées, et plus de cent minicars de transport en commun avaient été immobilisés, selon la radio Studio Tamani.

Un corridor sécurisé au coût logistique élevé

Pour garantir l’acheminement des hydrocarbures, les FAMa et l’Africa Corps ont eu recours à des dispositifs de surveillance aérienne en plus de l’escorte terrestre. Les corridors d’approvisionnement ont été diversifiés pour réduire la vulnérabilité aux attaques. En janvier, le Niger – membre comme le Mali de l’Alliance des États du Sahel (AES) – avait sanctionné une trentaine d’opérateurs de transport ayant refusé de se conformer à une réquisition de livraison de carburant vers Bamako, en retirant des permis à dix-neuf chauffeurs et en supprimant le droit d’exercer à quatorze entreprises.

L’approvisionnement en carburant de Bamako constitue l’un des indicateurs les plus visibles de la pression exercée par le JNIM sur l’économie malienne depuis le début de l’offensive de grande ampleur déclenchée fin avril, qui a coûté la vie au ministre de la Défense selon des sources concordantes. Les autorités de la transition n’ont pas communiqué de bilan consolidé des pertes militaires liées à cette offensive.

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