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“Il n’y a pas de raison de ne pas aimer la France aujourd’hui”, Macron relativise le sentiment antifrançais

Le président français Emmanuel Macron a déclaré mardi 12 mai 2026 au soir, lors de son entretien de clôture du sommet « Africa Forward » accordé à RFI, France 24 et TV5 Monde depuis Nairobi, qu’un rejet de la France existait bien parmi une fraction de la jeunesse africaine, mais qu’il était en partie alimenté par des campagnes de désinformation d’origine russe. Contestant l’idée d’une hostilité généralisée, il a admis qu’« Il y en a, il faut être lucide. » Il a attribué ce rejet à « une partie de la jeunesse poussée par certains activistes, qu’on écoute parfois beaucoup, et quand on relaie aussi les récits qui sont faits par d’autres puissances, qui sont les vrais colonisateurs du XXIe siècle et qui sont les Russes et d’autres. » pour lui, « quand on rétablit les faits, il n’y a pas de raison de ne pas aimer la France aujourd’hui. »

DIPLOMATIE
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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron @AFP
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Pour étayer sa thèse sur la bonne image de la France, Macron a cité un sondage Ipsos BVA commandé par la diplomatie française, indiquant que 74 % des personnes interrogées dans neuf pays africains déclarent avoir une bonne image de la France, et que ce chiffre atteint 78 % chez les moins de 35 ans. L’échantillon exclut explicitement les pays membres de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) et l’Algérie, précision que le chef de l’État n’a pas apportée lui-même dans l’entretien.

La qualification de la Russie comme « vrais colonisateurs du XXIe siècle » n’est pas apparue pour la première fois à Nairobi. En septembre 2023, lors d’un discours devant la commission des ambassadeurs à Paris, Macron avait déjà désigné la Russie comme une puissance qui « colonise » des États africains en y déployant des mercenaires. En novembre 2023, il avait tenu des propos similaires lors d’un entretien à RFI à l’occasion du sommet France-Afrique de Paris, avant d’en être critiqué par plusieurs intellectuels africains qui estimaient que cette formulation instrumentalisait le mot « colonisation » à des fins diplomatiques. L’économiste togolais Kako Nubukpo avait alors déclaré à France 24 que cette rhétorique « cherche à esquiver le bilan colonial français plutôt qu’à l’assumer ».

La prochaine occasion pour Paris de développer cette thèse sur la désinformation russe en Afrique sera le sommet du G7 à Évian-les-Bains, prévu du 15 au 17 juin 2026, où le président kényan William Ruto représentera le plaidoyer africain en tant qu’invité de la présidence française.

Une question préjudiciable

La question de la désinformation en Afrique de l’Ouest est d’autant plus complexe que les gouvernements des États de l’AES ont eux-mêmes pris des mesures réduisant l’espace médiatique indépendant. Le Niger a suspendu neuf médias français, dont l’AFP, pour « atteinte à l’ordre public » selon un décret de l’autorité de régulation nigérienne. Au Burkina Faso, RFI et France 24 sont suspendues depuis janvier 2023. Au Mali, RFI est bloquée depuis mars 2022. Dans cet environnement, l’origine et la mesure du sentiment anti-français se prêtent difficilement à une quantification rigoureuse, ce que ni le sondage Ipsos BVA ni les déclarations de Macron à Nairobi ne prennent explicitement en compte.

L’accusation d’une instrumentalisation russe du sentiment anti-français en Afrique n’est pas neuve, et elle repose sur des travaux académiques et institutionnels vérifiables, mais toujours pas ces mêmes occidentaux. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, rattaché au département américain de la Défense, a documenté 80 campagnes de désinformation d’origine russe sur le continent africain et ciblant plus de 22 pays, soit près de 40 % de l’ensemble des campagnes recensées. La Russie y est identifiée comme le « principal pourvoyeur de désinformation » en Afrique, avec une concentration de 19 campagnes dirigées spécifiquement contre le Mali, le Burkina Faso et le Niger depuis 2018, coordonnées dans plusieurs cas avec ou après les coups d’État militaires.

L’Observatoire Internet de l’Université Stanford avait publié dès 2019 des preuves de pages Facebook liées à l’entourage de l’ex-chef paramilitaire Evgueni Prigojine ciblant des pays africains, dont la Libye, le Mali et la République centrafricaine, avec des contenus pro-russes et anti-français. Ces données ont conduit Meta à supprimer des centaines de comptes coordonnés.

Ces recherches établissent l’existence de campagnes d’influence russes en Afrique, mais elles ne permettent pas de mesurer leur part respective dans la formation du sentiment anti-français, par rapport à d’autres facteurs, historiques, économiques ou politiques, que les chercheurs africains identifient également. Yvan Guaichoua (Sciences Po Paris), dans un entretien publié par Afrique XXI en mai 2026, souligne que la répression politique et les coups d’Etat institutionnel, la plupart du temps sous la protection et l’aval de la France, a créé un terreau de mécontentement que les opérations d’influence n’ont fait qu’amplifier, sans en être la cause première.

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