Burkina : 247 nouvelles associations suspendues
Le gouvernement du Burkina Faso a suspendu 247 nouvelles associations pour « non-renouvellement de leurs instances », selon un arrêté du ministre d’État de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo, dans le prolongement d’une série de mesures restrictives engagées depuis la mi-avril 2026 contre la société civile.

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Depuis le 15 avril 2026, les autorités de la transition dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré multiplient les actes administratifs contre les organisations de la société civile. Le 15 avril, 118 associations, dont une grande partie œuvrant pour la défense des droits humains, ont été déclarées « réputées dissoutes » en vertu de la loi n°011-2025/ALT du 17 juillet 2025 relative à la liberté d’association, selon un communiqué du ministère de l’Administration territoriale. Le 21 avril, 359 associations supplémentaires ont été suspendues pour « non-renouvellement de leurs instances », selon un arrêté signé par le ministre Zerbo.
Le dispositif légal invoqué repose sur la loi du 17 juillet 2025, promulguée par le capitaine Traoré, qui encadre les libertés d’association, les ONG et les syndicats. Ce texte réaffirme formellement la liberté d’association tout en la subordonnant à des obligations strictes de déclaration, de conformité administrative et de contrôle, sous peine de suspension ou de dissolution. Human Rights Watch a estimé, le 20 avril 2026, que cette loi permet au pouvoir de Ouagadougou d’« intensifier sa répression généralisée contre la société civile », selon l’organisation de défense des droits humains.
Au 6 mai 2026, selon le site Scoop Afrique, le total des associations mises hors d’état de fonctionner depuis la mi-avril dépassait 564 structures, entre dissolutions et suspensions. Le 5 mai 2026, le ministre Zerbo avait signé un arrêté portant suspension de 205 nouvelles associations, toujours au motif de « non-renouvellement des instances ». « Nous avons des associations et des ONG dont les sources de financement et les programmes d’activités sont inconnus. Nous y mettrons fin », avait justifié le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo sur la télévision publique.
Une logique sécuritaire
Le gouvernement de transition du capitaine Ibrahim Traoré a justifié la loi 011 par la nécessité de contrôler les financements extérieurs et l’agenda des organisations de la société civile. Le texte impose aux associations de transmettre leurs rapports d’activités et financiers aux ministères compétents, interdit à une même personne d’occuper la présidence de plus de deux associations, et invalide les structures fondées sur la défense d’un parti ou d’une personnalité politique. Les associations doivent désormais se spécialiser sur un seul champ d’action, ce qui réduit mécaniquement le périmètre d’action des grandes ONG plurisectorielles.
Il faut noter que le Burkina Faso n’est pas le seul pays à vouloir assainir ce secteur. la loi béninoise n°2025-19, promulguée le 22 juillet 2025 par le président Patrice Talon, affiche un objectif de « professionnalisation et de moralisation » du secteur associatif en pleine expansion. Elle définit de nouvelles catégories, renforce la transparence financière et ouvre la possibilité de reconnaissance d’utilité publique. Mais les articles 50, 60 et 148 ont suscité des inquiétudes. L’article 50 interdit toute « prise de position politique », l’article 60 autorise une suspension administrative sans intervention préalable d’un juge, et l’article 148 impose aux structures existantes une mise en conformité totale sous peine de perdre leur personnalité juridique.
Dans les deux cas, les textes aboutissent à un contrôle accru de l’État sur la société civile, en utilisant des critères administratifs (non-renouvellement d’instances, non-dépôt de rapports financiers) comme levier de sanction.


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