Africa Forward : Paris mise sur Nairobi pour tourner la page des revers au Sahel
Le président ivoirien Alassane Ouattara prend part au sommet « Africa Forward », co-organisé par la France et le Kenya les 11 et 12 mai 2026 dans la capitale kenyane, une rencontre diplomatique de grande envergure qui réunira Emmanuel Macron, une trentaine de chefs d’État africains et plus de 2 000 acteurs politiques, économiques et de la société civile.

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Officiellement intitulé « Partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance », ce sommet est copiloté par le Kenyan Benson Ogutu et le Français Jérémie Blin, et axé sur l’entrepreneuriat, la culture, la jeunesse, le sport et l’énergie nucléaire civile. Aux côtés du président Ouattara figurent notamment Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), Bola Ahmed Tinubu (Nigeria), John Dramani Mahama (Ghana), Faure Gnassingbé (Togo), Paul Kagame (Rwanda), ainsi que le secrétaire général des Nations Unies António Guterres, attendu pour inaugurer des bâtiments du campus onusien de Nairobi. La présence du président ivoirien Alassane Ouattara, figure de proue de la CEDEAO et allié stratégique traditionnel de Paris, symbolise la tentative française de reconstruire avec l’Afrique une relation partenariale après les revers diplomatiques subis au Sahel.
La participation ivoirienne intervient dans un contexte géopolitique africain profondément reconfiguré. Même si les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel – Mali, Burkina Faso et Niger, qui ont rompu avec Paris et expulsé les forces françaises – ne participent pas officiellement au sommet, plusieurs acteurs économiques de ces trois pays seront présents à Nairobi pour y nouer des partenariats d’affaires, selon les organisateurs. La France, qui a perdu en moins de cinq ans son influence dans le Sahel, espère faire de ce sommet un signal de relance de son engagement avec l’Afrique subsaharienne sur des bases renouvelées, loin des postures néocoloniales qui lui sont reprochées.
Africa Intelligence relevait en avril 2026 que Paris finalisait « les touches finales » du sommet, avec une attention particulière portée aux garanties diplomatiques offertes aux dirigeants de la CEDEAO dont Ouattara constitue « un soutien indéfectible ».
Un sommet France-Afrique réinventé sous un nouveau format
Ce sommet « Africa Forward » succède aux traditionnels sommets Afrique-France dont le dernier, tenu à Montpellier en 2021, avait été marqué par de vives controverses, notamment une prise à partie directe de Macron par des représentants de la société civile africaine. Le changement de format – délocalisé sur le sol africain à Nairobi pour la première fois – est présenté par l’Élysée comme la preuve d’une rupture avec la « Françafrique » et d’un nouveau paradigme centré sur la jeunesse et l’entrepreneuriat privé.
Le président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye (Burundi), sera également de la partie, aux côtés des présidents du Botswana, de Namibie, du Malawi, du Mozambique, de Centrafrique, de Zambie, de Tanzanie, des Comores, de Djibouti, du Zimbabwe, de Somalie et du Tchad. Félix Tshisekedi de la RDC n’aurait pas encore confirmé sa venue et pourrait envoyer sa Première ministre à sa place, selon les sources proches de l’organisation.
Le sommet « Africa Forward », co-organisé par la France et le Kenya les 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, se déroule autour de sept thématiques centrales allant de la réforme de l’architecture financière internationale à l’économie bleue, en passant par la transition énergétique et les industries culturelles. La rencontre, qui réunit une trentaine de chefs d’État africains et le président français Emmanuel Macron, vise en priorité à produire un « mandat de Nairobi » que Paris entend utiliser comme levier diplomatique lors du G7 d’Évian, prévu du 15 au 17 juin 2026. L’Agence française de développement (AFD) souligne que le sommet « entend mettre l’accent sur les sujets économiques, l’entrepreneuriat et la jeunesse », en rupture avec les formats précédents davantage orientés sur la politique et la sécurité. Structuré en deux journées aux formats distincts, il marque une tentative française de réinventer sa relation avec l’Afrique après les revers diplomatiques subis au Sahel.
La première journée, du 11 mai, intitulée « Inspire and Connect », s’ouvre par un forum d’affaires consacré aux partenariats économiques franco-africains, avec des temps forts dédiés à la jeunesse, au sport, aux industries culturelles et au numérique. La journée du 12 mai est entièrement consacrée aux grands enjeux macroéconomiques : architecture financière internationale, redéploiement des droits de tirage spéciaux du FMI vers les pays africains, allègement de la dette et réforme de la gouvernance des institutions de Bretton Woods.
La transition énergétique figure également en bonne place, avec la « Mission 300 » visant à accélérer l’électrification en Afrique subsaharienne par des partenariats public-privé, aux côtés des thèmes de l’agriculture durable, de la sécurité alimentaire et de la santé mondiale. L’économie bleue, les ports intelligents et les infrastructures logistiques continentales complètent le programme, auxquels s’ajoutent les questions de paix et de sécurité en soutien des médiations africaines et de l’Union africaine.
Un « mandat de Nairobi » comme outil de pression sur le G7
Le sommet est conçu comme une étape diplomatique à effet de levier. Macron entend faire co-signer par les chefs d’État présents un document final – le « mandat de Nairobi » – destiné à renforcer la position africaine dans les négociations du G7 d’Évian sur la dette, le financement climatique et la réforme du FMI. Cette architecture à double détente – sommet africain d’abord, G7 occidental ensuite – traduit la volonté de Paris de se présenter comme porte-voix des intérêts africains sur la scène internationale, à un moment où son influence sur le continent est contestée.
Pour Emmanuel Macron, qui a perdu pied au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ce format à Nairobi représente une démonstration de la capacité française à mobiliser ses alliés africains encore fidèles autour d’un agenda commun.


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