Emmanuel Macron : « l’Afrique va réussir et on réussira avec »
Le président français Emmanuel Macron a accordé mardi 12 mai 2026 au soir un entretien commun de quarante minutes aux journalistes Stéphane Ballong (France 24), Mounia Daoudi (RFI) et Nidhya Paliakara (TV5 Monde), diffusé en direct depuis Nairobi à l’issue du sommet franco-africain « Africa Forward ». Ce grand entretien multimédia, format retenu pour la première fois en clôture d’un sommet Afrique-France, a couvert les thèmes de la situation sécuritaire au Mali, du conflit en République démocratique du Congo, de la politique migratoire, des investissements annoncés au sommet et du bilan africain du président à un an de la fin de son second quinquennat.

SOMMAIRE

Dans cet entretien, Macron a résumé sa vision en une formule qui en constitue le fil directeur : « L’Afrique va réussir et on réussira avec. » Le chef de l’État français a maintenu la position exprimée en conférence de presse la veille, selon laquelle le Mali « n’a pas pris la meilleure décision » en demandant le retrait des forces françaises, ajoutant que l’actualité sécuritaire donne raison à Paris. Il a également réaffirmé que les retraits militaires successifs du Sahel — Mali (2022), Burkina Faso (2023), Niger (2023), Tchad (janvier 2025) et Sénégal (juillet 2025) — ne constituent pas un « abandon » mais une adaptation aux choix souverains des gouvernements locaux, tout en les distinguant des attentes des populations.
Interrogé sur la mise au point publiée la veille sur le réseau X par l’ancien Premier ministre malien Choguel Maïga qui conteste la version française des causes du retrait et rappelle l’annonce unilatérale de Paris en mai 2021 sans consultation de Bamako, Macron n’a pas répondu directement aux allégations de l’ex-chef du gouvernement. Il a réaffirmé que la France avait engagé ses forces au Sahel « contre le terrorisme et pour les populations » et que les juntes au pouvoir avaient fait le choix de « ne plus vouloir se battre contre le terrorisme ». Il a précisé que Paris « n’est pas en désaccord avec les peuples » sahéliens, mais avec les régimes de transition, et a salué la présence de représentants de la société civile sahélienne au sommet comme preuve de la continuité du lien.
Soutien au processus de Luanda
Sur le conflit dans l’est de la RDC, Macron a soutenu le processus de paix mené sous l’égide de l’Union africaine et des présidents kényan William Ruto et angolais João Lourenço, en référence au cadre dit « processus de Luanda » et aux négociations de Doha. Il s’est dit « attentif » à la mise en œuvre du cessez-le-feu entre les FAR(Congo) et le M23 dont plusieurs localités de l’est du pays venaient d’être restituées et a appelé à la « non-ingérence » de puissances extérieures, visant sans les nommer les soutiens présumés du M23. Il n’a pas formulé d’engagement nouveau de la France sur ce dossier, se limitant à réitérer le soutien diplomatique de Paris aux médiations africaines.
Sur la migration, Macron a explicitement rejeté l’approche « sécuritaire » comme réponse unique en reprenant la formule prononcée la veille devant les étudiants de l’université de Nairobi : « L’Afrique a besoin d’investissements plutôt que d’aide publique. » Il a ajouté, comme il l’avait fait devant l’auditoire estudiantin sous les rires : « Cela tombe bien car, pour être honnête, nous n’en avons plus vraiment les moyens non plus. » Ce propos constitue un des rares aveux explicites d’un chef d’État français devant un public africain de la contrainte budgétaire pesant sur la coopération publique. La réduction des flux migratoires est présentée comme une conséquence attendue du développement économique et non comme un objectif à atteindre par des mesures coercitives aux frontières.
Un bilan africain chiffré et contesté
Sur son bilan africain, Macron a cité les restitutions d’œuvres d’art (loi promulguée le 10 mai 2026), la transformation des accords de défense vers des formats plus partenariaux, et les 23 milliards d’euros d’investissements annoncés au sommet comme preuves d’un changement en actes. Il a invoqué un sondage Ipsos BVA, commandé par la diplomatie française, indiquant que 74 % des personnes interrogées dans neuf pays africains déclarent avoir une bonne image de la France, un chiffre qui atteint 78 % chez les moins de 35 ans. L’échantillon exclut les pays du Sahel et l’Algérie, ce que le chef de l’État n’a pas précisé dans l’interview.
En marge de l’interview, la présidence française a confirmé que Macron prolongeait sa tournée africaine par une étape en Éthiopie le 13 mai 2026, à la suite de son passage en Égypte les 9 et 10 mai avant le sommet. Le chef de l’État a par ailleurs annoncé une visite au Sénégal et en Côte d’Ivoire à l’automne 2026, qu’il a qualifiée de probable dernière tournée en Afrique de l’Ouest avant la fin de son mandat.


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