Bénin: le parti FCBE renonce officiellement à son statut de parti d’opposition
Le parti béninois Force Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE) a officiellement renoncé à son statut d’opposition ce samedi 9 mai 2026, lors de son Conseil national tenu au Chant d’Oiseaux de Cotonou, avec effet au 24 mai 2026, date de la prestation de serment du président élu Romuald Wadagni.

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Selon Prosper Adoukonou, conseiller juridique et secrétaire administratif par intérim, ce repositionnement s’inscrit dans le cadre des accords de gouvernance conclus avec les partis UP le Renouveau et Bloc Républicain. Le responsable a tenu à préciser que la FCBE « ne disparaît pas pour autant », le parti entendant conserver son autonomie et poursuivre ses activités politiques dans le respect de ses « valeurs fondatrices ».
Cette décision clôt donc un cycle de décrochage progressif pour une formation qui, fondée en 2003 par les partisans de l’ancien président Thomas Boni Yayi, a longtemps incarné la principale force d’opposition au régime de Patrice Talon.
Le revirement intervient également dans un contexte où le 28 avril 2026, soit dix jours après la présidentielle du 12 avril, Paul Hounkpè — secrétaire exécutif national et candidat du parti — avait officiellement démissionné de la tête de la FCBE en évoquant le besoin de « réfléchir à ce à quoi il sera utile au groupe et à la nation ». Candidat malheureux à la présidentielle, Hounkpè avait obtenu un score sans représentation significative, dans un scrutin dominé par Romuald Wadagni. Sa démission avait été interprétée par plusieurs observateurs politiques béninois soit comme « un signe de crise », soit comme une « stratégie de repositionnement » au sein du nouveau paysage institutionnel.
Un parti qui n’a plus d’élus depuis 2019
Le basculement de la FCBE vers la majorité consacre en réalité une trajectoire entamée de longue date. Depuis le code électoral controversé de juillet 2018, le parti n’avait pu participer à l’élection législative de 2019, privé de certificat de conformité. Aux législatives et communales du 11 janvier 2026, la FCBE n’avait obtenu ni élu dans les conseils communaux ni siège à l’Assemblée nationale, avec seulement 4,78% des suffrages au scrutin proportionnel. Sans représentation parlementaire depuis sept ans, le parti avait déjà acté en 2019 un « choix de la culture de la paix, du dialogue et du vivre ensemble » en se démarquant progressivement d’une posture frontalement opposée au régime.
Ce ralliement à la majorité présidentielle naissante de Romuald Wadagni fragilise davantage encore une opposition béninoise déjà exsangue. Avec les Démocrates exclus du Parlement depuis janvier 2026 et réduits à l’extra-parlementarisme, et la FCBE qui quitte formellement le camp de l’opposition, l’échiquier politique béninois se retrouve dominé quasi exclusivement par les formations proches du pouvoir à la veille de l’installation du nouveau président. La trêve politique constitutionnelle, qui restreint les activités partisanes à visée compétitive jusque dans l’année précédant une élection présidentielle, continue par ailleurs de peser sur toute tentative de recomposition d’une opposition structurée.


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