Image Celtiis
Image Celtiis

RCA : un déjeuner de presse présidentiel sur fond de loi répressive

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a tenu, vendredi 8 mai 2026 au Palais de la Renaissance à Bangui, la troisième édition du déjeuner de presse, recevant des journalistes des médias publics et privés du pays. Cette rencontre a été organisée par le ministère de la Communication et des Médias en partenariat avec l’Union des Journalistes de Centrafrique (UJCA).

POLITIQUE
275 vues
Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra
Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra Photo: DR
4 min de lecture
Google News Commenter

SOMMAIRE

Pigier Cisco

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a reçu vendredi des journalistes des médias publics et privés au Palais de la Renaissance à Bangui, pour la troisième édition de son « déjeuner de presse ». La rencontre, initiée par le ministère de la Communication en partenariat avec l’Union des Journalistes de Centrafrique (UJCA), intervient dans un contexte de fort recul de la liberté de la presse dans le pays.

Inaugurée en août 2024, cette pratique du « déjeuner de presse » présidentiel est désormais récurrente : la première édition s’était tenue le 2 août 2024, la deuxième le 30 mai 2025. Le chef de l’État a félicité les journalistes lors de cette troisième édition. L’exercice vise, selon le gouvernement, à favoriser un dialogue direct entre le chef de l’État et les professionnels des médias, et à « réduire la propagation de fausses informations dans le pays », selon le ministre de la Communication Maxime Balalou.

Un an après avoir promulgué une loi jugée « liberticide » par les professionnels des médias, le chef de l’État a néanmoins choisi d’afficher une image de dialogue ouvert. Le pays a reculé à la 81e place sur 180 dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières (RSF) en 2026, contre la 72e place en 2025.

Un déjeuner convivial sur fond de loi répressive

La mise en scène de proximité contraste singulièrement avec la réalité du terrain. Le 26 mai 2025, l’Assemblée nationale centrafricaine avait adopté par acclamation une nouvelle loi sur la liberté de la presse et de la communication, présentée par le ministre Maxime Balalou, dont plusieurs dispositions ont suscité une levée de boucliers au sein de la profession. Le texte réintroduit la responsabilité pénale collective des journalistes. En cas de délit de presse, le directeur de publication, le rédacteur en chef et l’auteur de l’article peuvent être simultanément poursuivis, une disposition que Cyrus Emmanuel Sandy, directeur de publication du journal Médias+, a qualifiée d’« erreur monumentale ».

L’article 193 autorise en outre la suspension d’un média ou d’une émission en cas de condamnation, ce que plusieurs observateurs ont assimilé à « une peine de mort pour les médias » dans un pays où la peine capitale est pourtant abolie. Dès mai 2025, l’UJCA avait tenté d’user de la deuxième édition de ce même déjeuner de presse pour plaider directement auprès du chef de l’État un renvoi pur et simple du texte.

Le signal d’alarme avait été tiré bien avant cette rencontre. Le 3 mai 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, l’UJCA avait publiquement appelé à « renforcer la sécurité des journalistes », en dénonçant des actes d’intimidation imputés à des dignitaires qui « empêchent des journalistes de faire leur travail ». Des projets de textes envisageant d’imposer aux médias étrangers le statut d’« agent étranger » alimentent également l’inquiétude des rédactions. Human Rights Watch relève pour sa part que la loi de 2025 autorise la poursuite judiciaire de journalistes au nom de la « sécurité nationale », une formulation jugée trop vague et susceptible d’instrumentalisation.

Un exercice inauguré en 2024, désormais annuel

Ce format du déjeuner de presse présidentiel avait été inauguré le 2 août 2024, dans un pays « peu habitué à cet exercice », selon la chaîne Deutsche Welle. Lors de cette première édition, le chef de l’État avait esquivé les questions relatives à la sécurité des journalistes, à la subvention des médias et à l’accès aux sources dans les services publics. La deuxième édition s’était tenue le 30 mai 2025, trois jours seulement après l’adoption de la loi controversée. Pour nombre d’observateurs, ces rencontres annuelles relèvent davantage de la communication politique que d’un véritable dialogue sur les libertés de la presse.

À NE PAS MANQUER

Commentaires

FIL D'ACTU
19:05 Madagascar : la CENI fixe un référendum en juin et la présidentielle à octobre 2027