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La France de retour au Mali via l’Ukraine ? Les révélations explosives de Georges Malbrunot

Le grand reporter du Figaro et de RTL Georges Malbrunot a affirmé vendredi dans son éditorial matinal que des unités du renseignement militaire ukrainien – le GUR – opèrent en coordination avec les rebelles Touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) au Mali, sous l’impulsion tacite de la France, selon une source sécuritaire française qu’il cite. Cette révélation d’un journaliste reconnu pour son expertise sur les groupes djihadistes et le Moyen-Orient – lui-même ancien otage en Irak en 2004 – intervient après les attaques simultanées du 25 avril 2026 menées par le FLA, le GNIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, lié à Al-Qaïda) et d’autres groupes séparatistes contre plusieurs villes maliennes.

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Attaque terroriste au Mali
Attaque terroriste au Mali pH: DR
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« Il s’agit, selon une source sécuritaire française, d’unités du renseignement militaire ukrainien qui opèrent en coordination avec les rebelles Touaregs. Parmi ces unités, il y a quelques dizaines d’ex-légionnaires ukrainiens, des francophones », a précisé Malbrunot. Le ministère des Armées français a répondu que si des militaires ukrainiens avaient quitté la Légion étrangère pour « servir l’Ukraine de la manière qu’ils jugent utile, la France n’avait pas d’autres commentaires à faire ».

La thèse de Malbrunot est que Paris, expulsé du Mali en 2022, se servirait du « paravent ukrainien » pour ne pas apparaître directement impliqué dans un conflit où le FLA est allié au GNIM – organisation formellement inscrite sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU depuis octobre 2018 et désignée organisation terroriste étrangère par le département d’État américain la même année. « Le paravent ukrainien a l’avantage de nous permettre de ne pas coopérer avec les djihadistes liés à Al-Qaïda. Alors qu’en revanche, nos liens avec les Touaregs qui cherchent l’indépendance de leur région sont bien connus », a déclaré le journaliste. Pour appuyer son récit, Malbrunot rappelle que le service de renseignement ukrainien avait soumis dès le début 2024 aux autorités françaises « un plan détaillé pour déloger les juntes de la région du Sahel », auquel Paris n’avait alors pas donné suite « pour des raisons sécuritaires ». Cette fois, selon le reporter, « le verrou semble levé ».

Une tempête dans le paysage médiatique français

La chronique de Malbrunot a déclenché une vive tempête dans la presse française spécialisée sur l’Afrique. Wassim Nasr, journaliste à France 24, l’a contredit sèchement sur le réseau social X : « En 2024, j’ai dévoilé la nature de l’aide ukrainienne au FLA. Elle ne s’est pas renouvelée. Non, la France n’aide pas le FLA-GNIM. Non, d’anciens légionnaires ne sont pas au Mali ». Le collectif All Eyes on Wagner n’a pas contesté les faits dans le fond mais a dénoncé leur impact : « Merci à Malbrunot qui vient de remettre une pièce dans la machine. On finira par entendre que c’est la France qui était derrière la rébellion de Prigogine via tous les ex-légionnaires russes francophones ». Aurélien Duchên, consultant pour LCI, a abondé dans ce sens, reprochant au reporter de « nourrir l’argumentaire des propagandistes russes et panafricanistes qui accusent la France de semer le chaos en Afrique ».

Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a pour sa part réaffirmé devant le corps diplomatique accrédité à Bamako que les attaques du 25 avril constituaient « une guerre hybride, une guerre menée par procuration par certains États contre le Mali et contre les autres pays de la Confédération des États du Sahel ». La polémique soulève une question de fond que le journaliste indépendant de Décrypter l’Afrique formule ainsi : « Le journalisme en uniforme est-il du journalisme ? La raison d’État peut-elle justifier l’autocensure ? ».

Ces révélations ne constituent pas une première sur le plan des accusations officielles maliennes. Le Mali avait rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine en août 2024 après que le porte-parole du renseignement militaire ukrainien, Andriy Yusov, avait affirmé que les rebelles « avaient reçu les informations nécessaires » pour mener les attaques de Tin Zawaten en juillet 2024, qui avaient coûté la vie à 47 soldats maliens et 84 mercenaires de Wagner. Le ministre malien des Affaires étrangères Abdoulaye Diop a réitéré ces accusations jeudi devant le corps diplomatique accrédité à Bamako. « Les groupes armés ont reçu le soutien de sponsors internes et externes qui fournissent des renseignements, des moyens logistiques et recrutent des terroristes. Certains de ces sponsors agissent d’ailleurs à visage découvert comme l’Ukraine, qui a publiquement revendiqué son appui logistique aux terroristes opérant au Sahel », a-t-il déclaré. Le porte-parole du FLA lui-même a reconnu en octobre 2025 sur le plateau de TV5 Monde « avoir de bons contacts avec les Ukrainiens, tout comme avec la France ».

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