Bénin – Niger : la transition à Cotonou ravive l’espoir d’un dialogue
Le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a ouvert samedi une fenêtre diplomatique prudente en direction du prochain gouvernement béninois, tout en reconnaissant l’absence totale de contacts officiels.

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Interrogé sur la question d’éventuels contacts avec les nouvelles autorités de Cotonou à l’issue de l’élection du 12 avril 2026, le chef de la diplomatie nigérienne a déclaré à la RTN qu’ « à mon niveau, il n’y a aucun contact avec le nouveau gouvernement béninois, mais je ne sais pas ce qu’il en est au niveau de la hiérarchie. Je serais très heureux si le nouveau gouvernement béninois allait dans ce sens. Pour nous, c’est un gage de bonne foi que nous voulons avec tout le monde, pas seulement avec le Bénin. »
Cette déclaration intervient dans un contexte de dégel incertain entre les deux voisins, dont les relations ont atteint leur point le plus bas en janvier 2026 avec des expulsions diplomatiques croisées et la suspension des activités de l’ambassade béninoise à Niamey. Le Niger maintient la fermeture de sa frontière terrestre avec le Bénin depuis juillet 2023, soit depuis le lendemain du coup d’État qui a renversé le président Mohamed Bazoum et porté au pouvoir la junte du général Abdourahamane Tiani.
Les causes profondes de cette crise sont multiples. Au plan politique, le Niger accuse régulièrement le Bénin de tentatives de déstabilisation et d’héberger des éléments hostiles au régime militaire de Niamey, accusations que Cotonou a toujours démenties. Au plan économique, le différend porte sur deux dossiers vitaux. La réouverture de la frontière terrestre commune, qui paralyse des flux commerciaux majeurs sur l’axe Niamey-Cotonou, et le transport du pétrole nigérien vers la côte béninoise via le pipeline géant opéré par la société chinoise Wapco.
Un bref réchauffement avait été observé en octobre 2024, avec la nomination de nouveaux ambassadeurs dans les deux capitales et la reprise partielle du transport pétrolier. Mais cette accalmie n’avait pas tenu car en janvier 2026, le Bénin avait expulsé un agent de renseignement et un policier nigériens postés à l’ambassade de Cotonou, ce qui a déclenché la riposte de Niamey qui avait déclaré le Premier conseiller béninois persona non grata.
La transition béninoise, une opportunité de reset diplomatique
L’élection de Romuald Wadagni à la tête du Bénin le 12 avril 2026 et sa prise de fonction prévue le 24 mai 2026 offrent une opportunité de remise à zéro diplomatique. La déclaration de Bakary Yaou Sangaré, bien que prudente dans sa formulation, traduit la disponibilité de Niamey à saisir ce moment charnière si Cotonou prend l’initiative d’un geste de bonne foi. Une commission tripartite avait été envisagée en 2025, composée de représentants des deux gouvernements et de deux anciens chefs d’État béninois, mais sa mise en place n’avait pas abouti.
Pour le Niger, l’enjeu est aussi économique que politique. La réouverture de la frontière béninoise permettrait de relancer des échanges commerciaux dont les populations des deux côtés pâtissent depuis près de trois ans. Pour le Bénin, et particulièrement pour le nouveau président Wadagni qui devra gérer ce dossier dès ses premiers jours de mandat, le règlement de la crise nigérienne constitue un test majeur de sa diplomatie régionale.


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