Mali : depuis sa cellule, Choguel Maïga rafraîchit la mémoire à Macron sur le retrait français
Choguel Kokalla Maïga, ancien Premier ministre malien détenu depuis le 19 août 2025 à la maison d’arrêt de Bamako, a publié le 11 mai 2026 sur le réseau social X, via son équipe de communication, une mise au point contestant les déclarations faites par le président français Emmanuel Macron lors du sommet franco-africain « Africa Forward » organisé à Nairobi les 11 et 12 mai 2026.

SOMMAIRE

Lors d’une conférence de presse conjointe avec le président kényan William Ruto, Macron avait estimé que le pouvoir militaire de Bamako « n’a pas pris la meilleure décision » en exigeant le retrait des forces françaises qui combattaient les groupes armés au Sahel. L’ancien chef du gouvernement réfute cette présentation et fournit une chronologie des décisions qui, selon lui, ont précédé la rupture.
Choguel Maïga est poursuivi depuis août 2025 devant la chambre d’instruction de la Cour suprême du Mali pour « atteinte aux biens publics, faux et usage de faux », à la suite d’un rapport du Bureau du vérificateur général portant sur la gestion financière de la Primature entre 2021 et 2024. Il avait été limogé par le chef de l’État de transition, le général Assimi Goïta, en novembre 2024, après avoir formulé des critiques publiques contre le régime militaire. Son placement en garde à vue avait eu lieu le 12 août 2025, son inculpation et son mandat de dépôt le 19 août. Ces poursuites n’ont pas été commentées par ses avocats dans le cadre de la publication du 11 mai.
Dans sa mise au point, l’ancien Premier ministre rappelle que Macron avait dans un premier temps accepté le changement de pouvoir issu du coup d’État du 18 août 2020 en déclarant publiquement sur RFI que le gouvernement de transition de Bah N’Daou « réussissait en trois mois ce qu’Ibrahim Boubacar Keïta n’avait pu faire en sept ans ».
La rupture, selon Maïga, est survenue après le second changement de pouvoir du 24 mai 2021, qui avait porté Assimi Goïta à la tête de la transition. Macron aurait alors souhaité désigner lui-même le chef de l’État de transition et le président du Conseil national de la transition, ce que les autorités maliennes ont refusé. En réaction, il aurait annoncé unilatéralement, « sans préavis », le retrait des forces françaises de l’opération Barkhane et leur redéploiement vers la Zone des Trois Frontières. Selon Maïga, « le chef de l’État du Mali avait appris cette décision par les médias, comme un citoyen lambda ».
Trois autres points de friction détaillés
Sur le G5 Sahel, Maïga a affirmé que Macron s’est opposé à la tenue d’une réunion statutaire sur le sol malien lorsque la présidence tournante revenait au Mali, en s’imposant selon lui aux autres chefs d’État membres de l’organisation. Sur la force multinationale Takuba, déployée à compter de 2020 pour former et accompagner au combat les forces armées maliennes, l’ancien Premier ministre soutient qu’elle « s’est installée sur le territoire malien sans l’autorisation des autorités compétentes », faisant de Ménaka, ville du nord-est du pays à environ 1 100 kilomètres de Bamako, un centre d’entraînement pour des forces spéciales de plusieurs pays européens.
Sur la question des alliances, il affirme que Paris « voulait interdire au Mali toute coopération avec la Russie et d’autres partenaires stratégiques ».
« Abandonnés en plein vol » à la tribune de l’ONU en 2021
C’est dans ce contexte que Choguel Maïga avait prononcé, le 25 septembre 2021 à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, la formule selon laquelle « la France nous a abandonnés en plein vol ». Il décrit dans sa publication du 11 mai cette formule comme « un euphémisme pour dire que la France nous a trahi ».
La demande de retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), déployée depuis juillet 2013, est présentée comme le dernier acte d’une séquence logique, intervenu « après dix ans de présence sans résultats tangibles ». Le retrait effectif de la MINUSMA s’est achevé en janvier 2024.
Macron à Nairobi sur la défensive face au Sahel
Au sommet Africa Forward, dont la première journée avait pour thème « Inspire and Connect », Macron avait tenté d’endosser une posture de rupture avec la politique africaine de ses prédécesseurs, proclamant la fin du « pré carré » français. Le sommet, co-organisé avec le Kenya, première fois qu’un tel forum France-Afrique se tenait dans un pays anglophone, réunissait une trentaine de chefs d’État africains, à l’exclusion des dirigeants des États membres de l’Alliance des États du Sahel. À l’issue de la première journée, 23 milliards d’euros d’investissements avaient été annoncés, dont 14 milliards d’origine française selon l’Élysée.
Interrogé sur l’absence du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Macron avait déclaré être « en désaccord avec des gouvernements ou des régimes, mais pas avec les populations », invoquant la présence de représentants de la société civile sahélienne au sommet. Sa formule sur la décision malienne qualifiée de non « meilleure » a suscité des réactions dans plusieurs médias proches des transitions militaires de la région.
Notons que l’ancienne voix la plus tonitruante de la transition malienne, qui avait contribué à structurer le discours souverainiste anti-français de Bamako entre 2021 et 2024, s’exprime donc depuis une situation de détention préventive dans une affaire sans lien direct avec ses positions diplomatiques passées. Son équipe de communication a également diffusé, le 9 mai 2026, ses félicitations au général Élisée Jean Dao lors de sa nomination au poste de chef d’état-major général des armées du Mali, premier signe public d’activité politique de l’ex-Premier ministre depuis plusieurs mois.
Aucune audience de renvoi ou date de jugement dans l’affaire le concernant n’a été rendue publique à ce jour.


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