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Sénégal : +57 % d’exportations en mars et un excédent commercial de 183,8 milliards FCFA

Pour la première fois depuis plusieurs mois, les exportations sénégalaises ont dépassé les importations en inversant un déficit structurel. Le pétrole brut du champ Sangomar et le gaz du projet Grand Tortue Ahmeyim sont les nouveaux piliers de cette transformation.

ECONOMIE
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Le Sénégal a dégagé un excédent commercial de 183,8 milliards de francs CFA (environ 306,3 millions de dollars) en mars 2026, après un déficit de 60,1 milliards de FCFA enregistré en février, selon les données du Bulletin mensuel des statistiques du commerce extérieur publié le 6 mai par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Cette inversion de tendance repose sur une progression mensuelle des exportations de 57,4 %, leur valeur totale atteignant 713,4 milliards de FCFA (1,19 milliard de dollars) contre 453,1 milliards le mois précédent.

Quatre postes ont porté cette hausse. Le pétrole brut constitue le premier contributeur avec 227,5 milliards de FCFA exportés, contre 142,3 milliards en février. L’or non monétaire suit avec 162,9 milliards de FCFA, contre 90,7 milliards un mois plus tôt. L’acide phosphorique revient à 55,3 milliards de FCFA après une quasi-absence en février. Le gaz naturel liquéfié (GNL) progresse de 17,8 à 30,7 milliards de FCFA. En sens inverse, les exportations de ciment hydraulique (11,8 milliards contre 14,6 milliards) et de titane (4,9 milliards contre 7,2 milliards) ont reculé, ce qui limite l’ampleur globale de la progression.

La performance de mars 2026 reflète la montée en puissance d’une économie exportatrice dont la composition s’est profondément modifiée depuis le démarrage des champs pétroliers et gaziers. Le champ de Sangomar, opéré par Woodside Petroleum, a commencé sa production de pétrole brut en 2024, première production pétrolière nationale du Sénégal. Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec la Mauritanie et opéré par BP, a commencé à exporter du GNL. Ces deux sources, absentes du profil exportateur sénégalais avant 2024, pèsent désormais de façon déterminante dans les recettes en devises.

Sur un an, les exportations progressent de 73,3 % par rapport à mars 2025. Sur l’ensemble du premier trimestre 2026, leur cumul atteint 1 579,2 milliards de FCFA contre 1 386,1 milliards à la même période en 2025, soit une hausse de 13,9 %. Sur le plan des partenaires, l’amélioration du solde commercial vis-à-vis de la Suisse, des Pays-Bas et de l’Espagne a contribué positivement au résultat de mars, tandis que les déficits avec l’Allemagne, la Thaïlande et l’Argentine se sont creusés.

Des importations alimentaires en forte hausse

Du côté des importations, les achats extérieurs ont atteint 529,6 milliards de FCFA en mars, en hausse de 3,2 % par rapport à février (513,2 milliards). Trois postes alimentaires expliquent l’essentiel de cette progression : les importations de riz ont presque triplé sur un mois, passant de 13,2 à 37,6 milliards de FCFA ; celles de froment et méteil ont bondi de 3,2 à 24,2 milliards ; les achats d’engrais ont crû de 1 à 20 milliards de FCFA, dans un contexte de préparation de la saison agricole. En sens contraire, les importations de pétrole brut ont reculé de 78,7 à 45,9 milliards de FCFA, et celles de produits pétroliers raffinés de 109,3 à 98,9 milliards, réduisant la pression globale sur la facture énergétique.

Sur un an, les importations reculent de 1,8 %. Leur cumul à fin mars 2026 s’établit à 1 567,7 milliards de FCFA, contre 1 846,6 milliards à la même période en 2025 — une contraction de 15,1 % qui reflète notamment la réduction des importations d’hydrocarbures, le Sénégal substituant progressivement sa propre production à ses achats extérieurs.

L’indicateur le plus significatif de cette publication est le solde cumulé du premier trimestre : le Sénégal affiche un excédent de 11,5 milliards de FCFA sur janvier-mars 2026, contre un déficit de 460,5 milliards de FCFA à la même période de 2025. Ce retournement, en l’espace d’un an, traduit l’effet de levier des exportations énergétiques sur l’équilibre des échanges extérieurs du pays. Le FMI avait anticipé dans ses revues successives ce basculement structurel et l’avait présenté comme un facteur déterminant pour la soutenabilité extérieure du Sénégal.

La dépendance croissante à un poste unique d’exportation — le pétrole brut — comporte des risques de volatilité en cas de correction des prix mondiaux ou d’aléas de production, comme le rappelle l’expérience d’autres producteurs africains d’hydrocarbures. Ces données de mars 2026 sont publiées au moment où le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye élabore ses arbitrages budgétaires pour le second semestre.

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