Bénin: le tiktokeur Steve Wotto plaide non coupable devant la CRIET
Arrêté le 19 avril à Bohicon après une série de publications sur les réseaux sociaux visant des personnalités institutionnelles, le TikTokeur béninois comparaissait pour la première fois devant le parquet spécial. L’audience a été marquée par plusieurs incidents de procédure.

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L’activiste numérique béninois Steve Wotto, connu pour ses vidéos virulentes sur TikTok et Facebook, a comparu lundi 11 mai 2026 devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Poursuivi pour harcèlement par communication électronique, incitation à la rébellion et apologie du crime contre la sûreté de l’État, il a plaidé non coupable sur les trois chefs d’accusation. L’examen approfondi du fond a été renvoyé au 22 juin 2026, Steve Wotto restant placé sous mandat de dépôt dans l’intervalle.
À la barre, l’activiste a déclaré s’être rendu volontairement à la Police républicaine après avoir appris qu’il était recherché. Il a dénoncé les conditions de sa garde à vue au Centre national d’investigations numériques (CNIN), où il dit avoir été placé à l’isolement et affirmant avoir « craint pour sa vie ». La lecture du procès-verbal d’audition a révélé qu’il avait confié aux enquêteurs avoir éprouvé des craintes quant aux conséquences de ses publications, et avoir traversé une période de grande fragilité psychologique. Confronté à ces éléments du dossier, il a cherché à nuancer ses déclarations initiales devant la Cour, sans revenir dessus de manière formelle. L’audience a été marquée par plusieurs rappels à l’ordre du président de séance, l’intéressé ayant pris la parole sans y être autorisé et refusé à plusieurs reprises de s’interrompre.
Steve Wotto avait été arrêté le dimanche 19 avril 2026 à Bohicon, dans le département du Zou et transféré à Cotonou où le CNIN l’a pris en charge. Ses dernières publications visaient notamment le ministre-conseiller Rachidi Gbadamassi, qu’il accusait dans une vidéo d’être à l’origine d’atteintes d’ordre spirituel à son encontre, et en établissant également un lien entre ces propos et le décès de l’épouse du responsable, des allégations non étayées.
Les charges retenues s’inscrivent dans le cadre de publications diffusées sur ses pages Facebook et TikTok, notamment après l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Dans l’une de ses vidéos, il avait affirmé que « la majorité des zones du nord-Bénin n’ont pas eu de bureaux de vote » lors du scrutin, remporté par Romuald Wadagni selon les résultats officiels.
Un dossier dans un contexte de durcissement du contrôle numérique
Le dossier Steve Wotto s’inscrit dans un durcissement observable des poursuites visant des publications en ligne au Bénin depuis 2024. La CRIET avait déjà instruit plusieurs affaires de cybercriminalité et de propos jugés attentatoires aux institutions, dont le dossier dit « Agbaza », dans lequel un autre internaute et son épouse comparaissent également devant cette juridiction. Le cadre légal applicable est notamment la loi sur la cybercriminalité et le code pénal, dont plusieurs dispositions sur l’incitation à la rébellion et l’apologie de crime contre la sûreté de l’État sont invoquées dans ce type de procédures.
L’audience suivante est fixée au 22 juin 2026 devant la CRIET.


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