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Corée du Nord : la Constitution consacre désormais la confrontation avec Séoul

La Corée du Nord a révisé sa Constitution pour supprimer toute référence à la réunification avec la Corée du Sud, entérinant la fin de l’objectif officiel d’unification de la péninsule et assumant une ligne beaucoup plus hostile envers Séoul.

DIPLOMATIE
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Kim-Jong-Un-2017 - Président Nord Coréen Ph: CDN.Britanica
Kim-Jong-Un-2017 - Président Nord Coréen Ph: CDN.Britanica
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SOMMAIRE

Le régime nord‑coréen a retiré de sa Constitution toute mention de la réunification avec la Corée du Sud, marquant un tournant historique dans la doctrine officielle de Pyongyang sur la péninsule divisée, ont rapporté mardi les médias d’État nord‑coréens et des observateurs sud‑coréens. La nouvelle mouture du texte fondamental ne fait plus référence à la « grande cause de la réunification de la patrie », qui figurait depuis des décennies parmi les objectifs proclamés du pays.

Selon l’agence officielle KCNA, l’Assemblée populaire suprême, le Parlement nord‑coréen, a adopté des amendements constitutionnels supprimant les passages qui présentaient la Corée du Nord comme partie d’une nation coréenne à réunifier. Le texte révisé définit désormais la République populaire démocratique de Corée comme un État distinct, délimitant explicitement son territoire au nord par la Chine et la Russie, et au sud par la « République de Corée », appellation utilisée pour désigner la Corée du Sud. La Constitution insiste sur le fait que Pyongyang « ne tolère en aucun cas la moindre atteinte à son territoire » et consolide une posture de confrontation vis‑à‑vis de Séoul.

Cette évolution constitutionnelle concrétise les orientations exprimées ces derniers mois par le dirigeant Kim Jong‑un, qui a officiellement cessé de considérer le Sud comme un partenaire de réconciliation pour le qualifier d’« État ennemi le plus hostile ». Lors de précédentes réunions politiques, il avait déjà promis de supprimer des programmes scolaires et du discours public les termes de « réunification » et de « réconciliation », les remplaçant par un langage de rivalité étatique et d’affrontement potentiel. Pyongyang a également laissé entendre qu’en cas de conflit, il ne viserait plus une réunification pacifique mais pourrait chercher à « occuper » ou « reconquérir » le Sud, une rhétorique nettement plus agressive que par le passé.

Vers une relation encore plus tendue

À Séoul, le ministère sud‑coréen de la Réunification a jugé que ces amendements pourraient remettre en cause les grands textes qui encadraient jusqu’ici les relations intercoréennes, notamment la Déclaration conjointe de 1991 qui définissait les rapports entre Nord et Sud comme une « relation spéciale », dans la perspective d’une réunification future. La suppression des références à l’unité nationale et aux liens ethniques entre Coréens renforce l’idée que Pyongyang ne se perçoit plus comme la moitié d’un même peuple divisé, mais comme un État pleinement séparé et en conflit avec son voisin. Pour le gouvernement sud‑coréen, ce glissement complique davantage toute perspective de reprise du dialogue, déjà gelé depuis plusieurs années.

Les observateurs soulignent que cette rupture constitutionnelle s’inscrit dans un contexte de tensions accrues sur la péninsule, marqué par des tirs répétés de missiles nord‑coréens, un rapprochement militaire entre Pyongyang et Moscou, et le renforcement de la coopération de sécurité entre Séoul, Washington et Tokyo. En redéfinissant le cadre juridique interne, Kim Jong‑un semble vouloir verrouiller idéologiquement une ligne dure, réduire l’espace pour d’éventuels partisans d’un rapprochement intercoréen et consolider sa légitimité en tant que chef d’un État en confrontation assumée avec le Sud.

Pour les alliés de la Corée du Sud, cette évolution confirme la nécessité de combiner pressions diplomatiques, sanctions et mesures de dissuasion renforcées, tout en conservant une porte ouverte à une éventuelle désescalade. Les spécialistes notent cependant que, malgré l’effacement du vocabulaire de la réunification dans la Constitution, le régime conserve une marge de manœuvre pour ajuster son discours si le rapport de forces ou le contexte régional venait à évoluer.

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