Tunisie : huit mois de prison pour le comédien Lotfi Abdelli
Le tribunal de Sfax, à l’est de la Tunisie, a prononcé une peine de dix-huit mois de prison contre le comédien et humoriste Lotfi Abdelli, dans le cadre d’un jugement par contumace. Les chefs d’accusation retenus sont notamment l’outrage à agent public, l’attribution de faits non établis à un fonctionnaire et l’atteinte aux bonnes mœurs.

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Les faits reprochés remontent à un spectacle solo donné en 2022 au cours duquel l’artiste s’en était pris à la police tunisienne. La représentation avait été perturbée par des agents en civil; une vidéo de l’altercation avait circulé, alimentant de vives réactions. Abdelli, installé en France depuis l’affaire, a commenté la décision sur ses comptes, moquant le verdict tout en défendant son libre exercice artistique.
Connu pour ses sketches qui visent aussi bien la classe politique que d’autres institutions, Abdelli s’est risqué à aborder un sujet sensible en Tunisie : l’institution policière. Si l’incident s’est produit il y a plusieurs années, la sanction judiciare est perçue par certains observateurs comme un signe du durcissement du climat répressif contre les voix critiques.
Son affaire s’inscrit dans une série de décisions judiciaires récentes qui ont visé des personnalités de la société civile et de l’opposition, renforçant le sentiment d’un paysage politique et médiatique sous forte pression.
Une série de condamnations et mises en cause ces dernières semaines
Le 13 avril, la chroniqueuse et avocate Sonia Dahmeni a vu son cas rejugé en appel et a reçu à son tour une peine de dix-huit mois de prison, liée à des prises de position publiques. Elle avait déjà passé près d’un an et demi en détention avant d’être libérée en novembre.
Deux jours plus tard, le 15 avril, Rached Ghannouchi, figure de proue du mouvement Ennahda, a été condamné avec deux cadres du parti à vingt ans d’emprisonnement pour des faits qualifiés d’atteinte à la sûreté intérieure. Âgé de 84 ans, il exécute par ailleurs une peine antérieure de quarante ans.
Par ailleurs, Chawky Tabib, qui présidait autrefois l’organisme anticorruption dissous en 2021, fait l’objet d’un mandat de dépôt cette semaine : il est poursuivi pour des accusations de mauvaise gestion, selon les décisions judiciaires récentes.



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