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Bénin : détails sur le dispositif “on soigne d’abord” et la gratuité de la scolarité aux filles

Le gouvernement Wadagni a précisé le mode d’application de deux mesures sociales majeures adoptées lors du Conseil des ministres du 3 juin. Les urgences vitales devront désormais être prises en charge sans paiement préalable dans les hôpitaux publics, tandis que la gratuité des frais de scolarité est étendue à toutes les filles du secondaire public sur l’ensemble du territoire dès la rentrée 2026-2027.

POLITIQUE
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Benjamin Hounkpatin, Ministre de la Santé du Bénin
Benjamin Hounkpatin, Ministre de la Santé du Bénin, @: Presidence de la République du Bénin
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SOMMAIRE

Lors de la conférence de presse du vendredi 5 juin, le ministre porte-parole du gouvernement Wilfried Léandre Houngbédji et le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin ont présenté en détail les deux mesures sociales phares du premier Conseil des ministres du gouvernement Wadagni du 3 juin – la prise en charge des urgences vitales sans paiement préalable et la gratuité des frais de scolarité pour toutes les filles dans l’enseignement secondaire public – ainsi que leur mécanisme de financement dans le cadre du budget rectificatif 2026.

Seon le ministre de la santé Benjamin Hounkpatin, la mise en oeuvre du dispositif “on soigne d’abord et on discute après” n’est pas une mesure prise sur l’émotion, mais bien bien murie, pensée et déjà opérationnelle. Dans chaque service des urgences du pays, explique le ministre, une liste précise de médicaments a été identifiée – ceux nécessaires à la prise en charge immédiate des situations mettant en jeu le pronostic vital. Ces produits sont désormais stockés dans un équipement dédié au service des urgences. Quand un patient arrive, le médecin évalue la situation « en quelques secondes » selon des échelles standardisées, détermine si l’urgence est vitale, et peut immédiatement tendre la main vers le stock pour administrer les soins. La démarche administrative – la « formalité de passage » au CNHU, les formulaires, la pharmacie – intervient après, pas avant.

Pour faire apprécier l’opportunité de la mesure, il donne alors des exemples médicaux concrets. Un patient en hypoglycémie sévère et comateux reprend conscience en quelques minutes si un cathéter intraveineux est posé et une solution glucosée administrée – « vous avez juste besoin que ces dispositifs soient là tout de suite ». Un enfant en convulsions peut être stabilisé avec une ampoule de diazépam administrée par voie rectale. Un motocycliste avec une fracture fémorale et en état de choc doit recevoir des gestes d’urgence immédiats sous peine de décès. Dans chacun de ces cas, l’enjeu n’est pas le coût des médicaments mais leur disponibilité immédiate – et c’est précisément ce que le milliard de FCFA alloué vise à garantir en alimentant les stocks.

Hounkpatin a également précisé le mécanisme de recouvrement prévu pour les patients. Ceux qui ont les moyens sont encouragés à demander leur facture et à payer avant de quitter l’établissement – « exactement comme quand vous allez en consultation classique ». Ceux qui sont dans la base de données des pauvres extrêmes sont pris en charge à 100 % ou à 50 % selon leur catégorie. Ceux qui ne peuvent pas payer immédiatement conviennent d’un arrangement avec l’établissement, en laissant leurs coordonnées et leur carte CIP. Le gouvernement « travaille en arrière-plan » pour développer des mécanismes de recouvrement intersectoriels pour les cas d’insolvabilité avérée. Le milliard alloué garantit que les hôpitaux ne se retrouveront pas en rupture de stock même si des impayés surviennent.

Le ministre Benjamin a aussi posé les termes des responsabilités. Les directeurs d’hôpitaux, les directeurs des départements de la santé, les médecins-chefs « ont l’obligation de s’assurer de la mise en oeuvre effective de cette mesure et de prendre toutes les dispositions nécessaires ». Un agent qui entraverait sa mise en œuvre – par conviction personnelle ou autre – « sera épinglé et les sanctions qu’il doit avoir vont suivre ». Il a aussi rappelé le numéro vert 01 91 44 44 44, accessible par message audio ou écrit, qui est ouvert pour signaler tout dysfonctionnement.

Gratuité scolaire : de 20 communes à tout le territoire pour les filles

Sur la gratuité scolaire, le ministre porte-parole du gouvernement, Léandre Houngbédji a d’abord restitué la chronologie de la mesure. Selon lui, l’enseignement primaire public est gratuit depuis plusieurs années, bien avant le mandat de Talon. La gratuité du premier cycle du secondaire – de la sixième à la troisième – avait été actée pour les filles sous Talon. Depuis trois ans, la gratuité du second cycle – de la seconde à la terminale – avait été progressivement étendue aux filles dans une vingtaine de communes choisies parmi les plus défavorisées. La mesure du Conseil des ministres du 3 juin étend cette gratuité aux cinquante communes restantes – couvrant l’intégralité du territoire national dès la rentrée 2026-2027.

Le résultat concret est que désormais, une fille scolarisée dans une école publique béninoise, de la maternelle à la terminale, ne paie plus aucun frais de scolarité – quelle que soit la fortune de ses parents.

La justification avancée par Houngbédji dépasse la dimension économique. Elle est sociale et symbolique. « Il ne faut plus qu’une famille fasse le choix entre envoyer le garçon ou la fille à l’école », a-t-il dit. Elle est aussi préventive, explique Léandre Houngbédji car cela vient supprimer le « prétexte financier » qui conduit certains parents à marier précocement leurs filles plutôt que de les scolariser. Il a également évoqué la perspective d’une extension future aux garçons et à l’ensemble des fournitures scolaires – « quand le pays s’enrichira davantage ».

Budget rectificatif et mobilisation des ressources

Interrogé sur le financement de l’ensemble des mesures – 1 milliard pour les urgences vitales, 10 milliards pour l’eau et l’électricité dans les centres de santé, 20 milliards pour les établissements scolaires, plus les primes agricoles – Houngbédji a répondu sur deux niveaux. À court terme, les ressources nécessaires ont fait l’objet d’affectations de crédits temporaires, dans l’anticipation d’un vote favorable du budget rectificatif. Le gouvernement dispose, a-t-il rappelé, d’une majorité à l’Assemblée nationale, et n’anticipe pas d’opposition de la part des députés sur ces mesures sanitaires et éducatives.

Le budget rectificatif porte les dépenses de l’État de 3 783,98 milliards à 4 086,62 milliards de FCFA – soit 302,6 milliards supplémentaires, et non 500 milliards comme l’évoquait une question de journaliste. Parmi les axes de financement identifiés, une réduction des dépenses de personnel de 9,8 %, notamment via la suppression de postes politiques non indispensables ; une révision des laissez-passer pour véhicules transfrontaliers, dont la validité sera allongé avec une revalorisation du tarif dans des proportions que Houngbédji a qualifiées d’avantageuses pour les utilisateurs ; et la mise à contribution de secteurs économiques informels jusqu’ici hors de portée des services fiscaux. Il a conclu en promettant qu’aucun Béninois ne serait appelé à contribuer davantage aux recettes fiscales intérieures dans les six mois à venir.

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