Bénin : AES, Nigeria, Togo, Côte d’Ivoire… Léandre Houngbédji détaille la diplomatie Wadagni
Wilfried Léandre Houngbédji a livré le cadrage officiel de la première tournée diplomatique de Romuald Wadagni dans la sous-région. Le porte-parole du gouvernement a confirmé cinq pays visités en une semaine et présenté ces déplacements comme une démarche de présentation entre pairs, destinée à ouvrir une nouvelle dynamique avec les voisins du Bénin, notamment les pays de l’AES.

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Le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a donné vendredi 5 juin une conférence de presse au cours de laquelle il a dressé le bilan de la première tournée diplomatique de Romuald Wadagni et fourni son cadrage politique officiel. Il a confirmé que le chef de l’État a visité cinq pays depuis son investiture du 24 mai à savoir le Nigeria, le Niger, le Burkina Faso, le Togo et la Côte d’Ivoire. Il a aussi ajouté que d’autres visites dans la sous-région sont prévues « au gré de son calendrier ».
Interrogé sur la signification des visites aux pays de l’AES, Houngbédji a récusé toute idée de rupture avec la politique de Talon. « Par le passé, le Bénin n’est pas resté fermé aux pays de l’AES. Parmi les chefs d’État de la sous-région, le président Talon était notablement celui qui s’est rendu à Ouagadougou pour parler avec le capitaine Traoré. Nous avons toujours été disposés à discuter avec nos frères des pays de l’AES », a-t-il déclaré.
Le porte-parole a également proposé une explication de la brouille entre le Bénin et les pays de l’AES. « Du fait de notre position en tant que partenaire loyal au sein de la CEDEAO, ces pays se sont fâchés avec nous. », a t-il indiqué avant d’ajouter que le Bénin avait œuvré « en tant que pionnier » pour que les sanctions de la CEDEAO contre les pays de l’AES soient levées, et qu’une fois ces sanctions tombées, « le Bénin conséquemment a pris les mesures qui s’imposaient » – sans pour autant que cela ait suffi à dissiper les soupçons de l’autre côté.
« Condamnés à vivre ensemble »
Houngbédji a explicitement invoqué la géographie comme fondement de la réconciliation. « Il n’arrivera pas demain, à moins d’une tectonique extraordinaire, que le Niger et le Burkina soient détachés du Bénin avec qui ils partagent des frontières. » La formule – voisins qui « se chamaillent » mais savent qu’ils sont « condamnés à vivre ensemble » – constitue la doctrine officielle du gouvernement Wadagni sur la relation avec l’AES selon les explication de Léandre Houngbedji.
Il a décrit la tournée de Wadagni en des termes délibérément déférants. Le chef de l’État, « nouveau venu dans la classe des chefs d’État », s’est fait « le devoir d’aller voir les aînés dans la fonction » pour leur signifier : « Je viens d’arriver, je suis votre nouveau compagnon, je souhaite qu’une nouvelle dynamique soit mise en œuvre pour ce qui concerne les relations entre nos pays. » Cette mise en scène de la modestie protocolaire – le cadet qui présente ses respects aux anciens – était visiblement calculée pour désamorcer les méfiances accumulées sous le mandat précédent.
Le porte-parole s’est réjoui de la réception du message et « il est heureux de constater que de l’autre côté également, les dirigeants de ces pays, la population elle-même, ont été parfaitement réceptifs à cette démarche. » Il a conclu en signalant que des opposants à ce rapprochement existent, avant de les écarter d’une formule : « Je ne veux pas croire que vous soyez le seul marginal qui se plaignerait de cette nouvelle dynamique. »
La continuité comme argument de légitimité
La posture communicationnelle de Houngbédji est notable. Il ne présente pas la tournée de Wadagni comme une rupture – ce qui serait une critique implicite de Talon – mais comme une continuité rendue possible par un changement de contexte et de visage. Le Bénin voulait dialoguer depuis trois ans. La situation géopolitique et l’arrivée d’un nouveau chef de l’État ont créé les conditions pour que ce dialogue advienne enfin. La responsabilité du gel est présentée comme celle de l’AES, pas du Bénin.
Cette version des faits n’est pas neutre. Elle efface les épisodes les plus conflictuels de la période 2023-2026 – les accusations de Tiani contre Talon dans l’affaire de l’aéroport de Niamey, les arrestations de ressortissants nigériens sur le pipeline, les expulsions diplomatiques réciproques – pour n’en retenir que l’image d’un Bénin patient et loyal dont les efforts de paix n’avaient pas été récompensés. C’est un récit favorable au gouvernement sortant et entrant simultanément, ce qui est cohérent pour un ministre qui a servi sous les deux.


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