A Ferké 2, la Côte d’Ivoire inaugure sa première distillerie de canne à sucre
La Côte d’Ivoire a inauguré jeudi 7 mai 2026 sa première distillerie de canne à sucre, implantée sur le site sucrier de Ferké 2, dans la région du Hambol au nord du pays. La cérémonie a réuni le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, ainsi que les responsables de la Sucreries Africaines de Côte d’Ivoire (SUCAF-CI), filiale du groupe français SOMDIAA.

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Le projet a mobilisé un investissement de 18 milliards de FCFA (environ 29,8 millions de dollars), réalisé sur un site de 2,3 hectares en partenariat avec le groupe indien PRAJ, spécialiste des technologies de distillation. Les travaux avaient été lancés en octobre 2024 par le ministre de l’Agriculture, Kobenan Adjoumani, et la mise en service était initialement prévue pour mars 2026.
La distillerie a une capacité de production de 12 millions de litres d’alcool extraneutre (AEN) par an — un éthanol titrant au minimum 96% d’alcool par volume. Son approvisionnement en matières premières repose sur la mélasse, sous-produit de la fabrication du sucre collecté directement dans les deux sucreries voisines de Ferké 1 et Ferké 2. L’alcool produit est destiné aux applications alimentaires et industrielles, avec pour ambition de couvrir près de la moitié des besoins nationaux et réduisant d’autant les importations qui pesaient jusqu’ici sur la balance commerciale ivoirienne.
L’unité devrait générer environ 200 emplois directs et indirects, selon le directeur général de SUCAF-CI, Anthony Ahiaba. Ce projet s’inscrit dans la stratégie de diversification industrielle de la filière sucrière ivoirienne, alors que la production nationale de sucre a franchi la barre des 130 000 tonnes depuis la campagne 2023-2024, avec une tendance haussière d’environ 5 000 tonnes par campagne. La Côte d’Ivoire compte ainsi progressivement réduire sa dépendance aux importations d’alcool industriel, tout en valorisant mieux les sous-produits de sa filière sucrière, l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest.
Emplois : un effet direct et indirect
L’inauguration de la distillerie SUCAF-CI à Ferké 2 représente bien plus qu’une simple unité industrielle : elle constitue un levier structurant pour l’économie locale de Ferkessédougou et, plus largement, pour la filière agro-industrielle ivoirienne.
La mise en exploitation de la distillerie doit générer 100 emplois directs et près de 300 emplois indirects, soit 400 emplois au total selon les responsables de SUCAF-CI. Ces postes ciblent prioritairement les jeunes des régions concernées, dans une zone du nord ivoirien historiquement enclavée et moins industrialisée que le sud du pays. SUCAF-CI emploie déjà plusieurs milliers de personnes sur ses deux complexes sucriers de Ferké 1 et Ferké 2, qui exploitent 14 600 hectares de plantations de canne à sucre et collaborent avec de nombreux producteurs villageois.
L’impact économique le plus immédiat est la réduction des importations d’alcool industriel. La distillerie produira 12 millions de litres d’alcool extraneutre par an, ce qui permettra de couvrir environ 50% des besoins nationaux actuellement satisfaits par les marchés extérieurs. Le directeur général Anthony Ahiaba a été explicite : « Cette infrastructure traduit l’ambition de SUCAF-CI de renforcer la souveraineté industrielle du pays. » Les économies réalisées sur la facture des importations d’alcool alimentaire, pharmaceutique et cosmétique se chiffreront en dizaines de milliards de FCFA annuellement, selon les projections du groupe.
Le modèle d’économie circulaire
La distillerie repose sur un principe d’économie circulaire qui transforme la chaîne de valeur de la filière sucrière locale. La mélasse, sous-produit de la fabrication du sucre longtemps considéré comme un simple coproduit à faible valeur, devient avec cette unité une matière première stratégique à haute valeur ajoutée. Elle est collectée directement dans les deux sucreries voisines de Ferké 1 et Ferké 2, ce qui supprime les coûts de transport de la matière première et maximise la rentabilité de l’ensemble du complexe. Cette logique intégrée — canne à sucre → sucre → mélasse → alcool extraneutre — fait de Ferkessédougou l’un des rares pôles agro-industriels d’Afrique de l’Ouest à couvrir l’intégralité de la chaîne de transformation de la canne.
Fort de ses nouvelles capacités, SUCAF-CI plaide pour la signature d’un nouveau contrat-plan avec l’État ivoirien, le précédent — qui prévoyait des investissements globaux de 151 milliards de FCFA — arrivant à son terme. Le directeur général a déjà annoncé de nouveaux projets d’investissement, dont la production de maïs et la poursuite de la modernisation du processus sucrier. La production annuelle de sucre du groupe, qui atteignait 120 000 tonnes lors de la campagne 2023-2024, vise 127 000 tonnes pour 2024-2025, avec une trajectoire d’expansion régulière.


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