Royaume-Uni : lourde défaite pour le Labour de Keir Starmer face à la poussée anti-immigration
Les premiers résultats des élections locales du jeudi 7 mai 2026 en Grande-Bretagne confirment la montée en puissance du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, au détriment du Labour du Premier ministre Keir Starmer, qui a lui-même admis ce vendredi matin des résultats « douloureux ».

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Au matin du vendredi 8 mai, avec 40 des 136 collectivités locales anglaises ayant annoncé leurs résultats, Reform UK se positionnait nettement en tête avec plus de 350 sièges d’élus locaux remportés, contre seulement 249 pour le Labour, qui enregistrait une perte de 245 sièges dans les collectivités dépouillées, selon le décompte de la BBC. Reform UK s’illustrait particulièrement dans plusieurs bastions travaillistes du nord de l’Angleterre et des Midlands, régions ouvrières traditionnellement acquises au Labour.
Ce scrutin concernait plus de 1 600 sièges de conseillers en Angleterre, des élections parlementaires en Écosse et au Pays de Galles, ainsi que six mairies londoniennes. Il s’agit du deuxième grand test électoral pour le gouvernement Starmer après les élections locales de mai 2025, lors desquelles Reform UK avait déjà infligé une gifle au Labour en remportant des centaines de sièges et en arrachant une législative partielle dans la circonscription de Runcorn avec seulement six voix d’avance.
Les inquiétudes travaillistes dépassent l’Angleterre. Selon les premiers sondages de sortie de urne, le Labour risquait de perdre sa majorité au Parlement gallois face aux nationalistes de gauche de Plaid Cymru, ce qui constituerait une première depuis la création du Parlement gallois en 1999. En Écosse, les travaillistes craignaient d’être devancés par Reform UK, même si le SNP restait favori pour conserver le contrôle du Parlement écossais pour la sixième fois consécutive.
Starmer sous pression
Face à des résultats qualifiés de « très difficiles », le Premier ministre britannique Keir Starmer a exclu toute démission vendredi matin lors d’une déclaration aux journalistes. « Je ne vais pas partir et plonger le pays dans le chaos. Des journées comme celle-là n’entament pas ma détermination à mettre en œuvre les changements que j’ai promis », a-t-il déclaré, admettant néanmoins « assumer la responsabilité » des résultats.
À 9h GMT vendredi, sur 45 des 136 collectivités anglaises ayant rendu leurs résultats, Reform UK totalisait 382 sièges conquis, contre seulement 253 pour le Labour, qui accusait une perte nette de 258 sièges. Les Conservateurs de Kemi Badenoch arrivaient troisièmes avec 250 sièges, mais perdaient eux aussi 158 élus — confirmation du déclin simultané des deux grands partis traditionnels. Nigel Farage a salué ce qu’il a qualifié de « changement historique » pour le système bipartisan britannique, Reform UK ayant percé dans des bastions travaillistes détenus depuis parfois un demi-siècle, notamment dans la région de Manchester.
Plusieurs ministres ont immédiatement pris position pour soutenir Starmer et éteindre toute spéculation sur sa succession. Le vice-Premier ministre et ministre de la Justice, David Lammy, a été le plus direct : « On ne change pas de pilote en plein vol, on continue. Parfois, en particulier pour les gouvernements sortants, c’est difficile. » La ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a reconnu que certains partis réussissaient à « canaliser la frustration et la colère », tout en estimant que le gouvernement devait « réfléchir » aux résultats et montrer plus clairement les « valeurs d’équité » travaillistes.
Ces résultats prolongent une série noire pour Starmer. En février 2026, il avait déjà perdu la législative partielle de Gorton et Denton face aux Verts — une première dans le nord de l’Angleterre pour ce parti. En mai 2025, Reform UK avait arraché la circonscription de Runcorn au Labour avec seulement six voix d’avance. Après Runcorn, Starmer avait déjà dit « je comprends » la frustration des électeurs et promis d’aller « encore plus loin » dans la mise en œuvre du changement promis. La répétition du même discours vendredi risque de convaincre de moins en moins, alors que les résultats définitifs du Pays de Galles et de l’Écosse, attendus dans la journée, pourraient aggraver encore le bilan.


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