Faux visas au Sénégal : un homme arrêté, une piste chinoise explorée
La Sûreté urbaine (SU) du commissariat central de Dakar a interpellé Mohamed Camara, 43 ans, se présentant comme entrepreneur et domicilié dans le quartier de Nord Foire, dans le cadre du démantèlement d’un réseau spécialisé dans la confection de fausses lettres d’approbation de visas d’entrée et de court séjour au Sénégal. L’affaire est instruite par la Sûreté urbaine à la suite de l’exploitation d’un renseignement opérationnel signalant l’existence d’une filière mixte, associant des ressortissants chinois et des complices sénégalais, indique Senenews.

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Mohamed Camara, selon les éléments communiqués par les enquêteurs, a partiellement reconnu les faits lors de son audition, tout en cherchant à circonscrire son rôle à celui d’un relais d’accueil et d’orientation des bénéficiaires des faux documents à leur arrivée sur le territoire sénégalais, contre rémunération. Il a par ailleurs indiqué que la fabrication des documents falsifiés était assurée par un ressortissant chinois opérant depuis la Chine. Cette déclaration, recueillie en garde à vue, oriente les enquêteurs vers une dimension transnationale. Mohamed Camara est poursuivi pour faux et usage de faux, trafic de migrants et complicité. Le nombre total de mis en cause dans ce réseau et la nature exacte des documents produits n’ont pas été précisés dans les informations disponibles.
Cette arrestation intervient dans un contexte de multiplication des opérations judiciaires et policières contre les réseaux de fraude documentaire à Dakar depuis le début de l’année 2026. Le 18 février, la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants (DNLT), rattachée à la Direction de la Police aux frontières, avait démantelé à Ouakam, dans le cadre de l’opération « Lima-Sierra », un réseau présumé de faussaires impliqué dans la confection de faux stickers de visa, dont le présumé organisateur, surnommé « Le Savant », avait été pris en flagrant délit de retouche numérique de photographies pour production de faux documents de voyage. Cinq suspects avaient été déférés au Pool judiciaire financier. Le 4 mai, la même Sûreté urbaine avait démantelé un réseau distinct de fraude à l’état civil au centre d’état civil de Wakhinane Nimzatt, interpellant onze personnes dont un lutteur de renom à la suite d’une alerte de la Direction de l’automatisation du fichier (DAF).
La filière démantelée dans l’affaire Mohamed Camara présente un profil différent des précédentes : elle cible non pas des documents d’état civil ou des visas Schengen à destination de l’étranger, mais des lettres d’approbation nécessaires à l’entrée de ressortissants étrangers — en l’occurrence présumément chinois — sur le territoire sénégalais. Le Sénégal exige un visa pour les ressortissants de nationalité chinoise ; selon les procédures consulaires, toute approbation de visa doit transiter par les autorités sénégalaises compétentes.
Un contexte de présence chinoise accrue au Sénégal
La présence de ressortissants chinois au Sénégal a significativement augmenté au cours des quinze dernières années, portée par les investissements dans les infrastructures, le commerce de détail et l’importation de biens manufacturés. Le gouvernement sénégalais a conduit au cours des dernières années plusieurs opérations de contrôle visant des commerces tenus par des ressortissants chinois, notamment dans les secteurs de la vente en gros et du détail à Dakar, conduisant à des fermetures et des régularisations. L’affaire en cours relève cependant d’un profil distinct, celui du trafic de migrants et de la fraude documentaire, et non d’un contrôle d’activité commerciale.
L’instruction de l’affaire Mohamed Camara se poursuit. La piste du ressortissant chinois basé en Chine, évoquée par le mis en cause, est en cours de vérification selon les enquêteurs, sans qu’aucune mise en cause supplémentaire n’ait été annoncée au moment de la publication de ces informations.


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