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Kenya : l’accord de défense avec Paris inquiète la société civile

La ratification par l’Assemblée nationale kényane, le 9 avril 2026, d’un accord de coopération de défense avec la France signé le 29 octobre 2025, a ouvert un débat sur les immunités juridiques accordées aux militaires français présents sur le sol kényan. L’accord, dont la durée initiale est de cinq ans, instaure un cadre couvrant le partage de renseignements, la sécurité maritime, les opérations de maintien de la paix, la formation militaire et l’assistance humanitaire. Il constitue le premier traité de défense bilatéral de ce type entre Nairobi et Paris.

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Le président français Emmanuel Macron et le président William Ruto à Nairobi lors du sommet Africa Forward
Le président français Emmanuel Macron et le président William Ruto à Nairobi lors du sommet Africa Forward PH: AFP
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Le texte prévoit que les forces en visite exercent, selon les premiers éléments disponibles, une juridiction prioritaire sur leurs personnels pour les faits commis dans le cadre du service. Des groupes de la société civile kényane ont contesté cette clause, faisant valoir qu’elle accorde aux soldats français des « privilèges de type diplomatique » et pourrait empêcher que des militaires condamnés pour des crimes graves au Kenya y purgent leur peine. Le président de la commission parlementaire de la défense, Nelson Koech, a rejeté cette lecture, affirmant que l’accord garantit qu’en cas de faits particulièrement graves comme un meurtre, les soldats étrangers seraient bien jugés devant les juridictions kényanes. L’accord n’avait pas encore été soumis au Parlement français au 9 avril 2026. Une sénatrice a posé une question écrite au gouvernement français ce même jour, notant cette asymétrie et demandant à quelle date l’exécutif comptait saisir l’Assemblée nationale, ainsi que si une suspension de l’application anticipée du texte était envisageable dans l’attente.

La controverse kényane est directement nourrie par le précédent britannique. Le cas d’Agnes Wanjiru, femme vue pour la dernière fois en vie en compagnie de soldats britanniques à Nanyuki en 2012 et dont le corps a été retrouvé dans une fosse septique, n’a donné lieu à des poursuites effectives qu’une décennie plus tard, après des enquêtes journalistiques du Sunday Times. Un soldat britannique doit être extradé depuis qu’une juridiction kényane l’a jugé justiciable dans cette affaire. Par ailleurs, un incendie sur le ranch de Lolldaiga en 2021, attribué à des soldats britanniques en exercice, a détruit des milliers d’hectares sans que les responsabilités aient été pleinement établies. Une enquête parlementaire kényane a par ailleurs conclu en 2024 que des soldats britanniques s’étaient livrés à des agressions sexuelles sur le territoire kényan.

Pour des organisations de défense des droits civiques, ces précédents illustrent les risques inhérents aux clauses d’immunité dans des accords de statut des forces (SOFA), quel que soit le pays partenaire concerné.

Un accord ancré dans une stratégie de diversification kényane

La démarche de Nairobi s’explique également par une volonté de diversifier ses partenariats militaires au-delà de ses alliés historiques britannique et américain. Le Kenya est en première ligne face à Al-Shabaab, groupe armé affilié à Al-Qaïda qui opère depuis la Somalie voisine et a revendiqué plusieurs attaques sur le sol kényan depuis 2011. L’Union européenne représentait 13,6 % des exportations kényanes en 2023, première destination commerciale du pays ; les autorités de Nairobi ont présenté l’accord avec Paris comme un levier de consolidation des relations avec l’Europe. Le même mois d’avril 2026, le Kenya a également ratifié des accords de défense avec la République tchèque, la Chine et l’Italie. Environ 800 soldats français avaient par ailleurs été déployés au Kenya à bord d’un navire de la marine française un mois avant la tenue du sommet Africa Forward des 11 et 12 mai à Nairobi, selon des sources citées par les médias américains.

Ce contexte entoure l’Africa Forward Summit qui se tient à Nairobi les 11 et 12 mai, coprésidé par Emmanuel Macron et le président William Ruto. C’est la première fois que ce format de sommet franco-africain se déroule dans un pays africain anglophone, un choix présenté par l’Élysée comme la marque d’un rééquilibrage géographique de la politique africaine de la France, après les retraits militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Plus de trente chefs d’État et de gouvernement sont attendus, dont des dirigeants de pays francophones. Arrivé dimanche à Nairobi, Macron a affirmé que la France peut être « en désaccord avec des gouvernements » africains, mais « ne désapprouve jamais les peuples ». Les dirigeants des trois pays de l’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina Faso et Niger — ne figurent pas parmi les participants annoncés.

Les conclusions du sommet sont attendues avant le G7 d’Évian, programmé du 15 au 17 juin 2026.

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