Nigeria : le possible retour de Goodluck Jonathan agite déjà la scène politique
L’ancien président nigérian Goodluck Jonathan prépare un retour à la compétition électorale pour la présidentielle de 2027, en utilisant le Parti démocratique populaire (PDP) comme plateforme, a affirmé dimanche 10 mai le quotidien Vanguard de Lagos, citant « un responsable de haut rang » de l’entourage de l’ex-chef de l’État. Jonathan n’a pas encore fait de déclaration publique de candidature. Le PDP, par la voix de son porte-parole Ini Ememobong, a confirmé que l’ancien président avait procédé en début d’année à son inscription en ligne au parti, sans que son équipe de communication ait jamais démenti cette affiliation.

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La démarche intervient dans un contexte juridique non tranché. Un recours déposé devant le Tribunal fédéral d’Abuja, affaire FHC/ABJ/CS/2102/2025, demande à la cour de déclarer Jonathan constitutionnellement inéligible à briguer à nouveau la présidence. Le requérant, l’avocat Johnmary Jideobi, fait valoir que Jonathan a déjà exercé deux mandats, le premier en achevant le mandat du président Umaru Musa Yar’Adua, décédé en fonctions en 2010, et le second à la suite de sa propre victoire à l’élection de 2011. La Constitution nigériane plafonne l’exercice de la présidence à deux mandats. Jonathan, par l’intermédiaire de son avocat Chris Uche (SAN), a contesté la recevabilité du recours en arguant que la question avait déjà été tranchée par des juridictions antérieures jusqu’à la cour d’appel. Le Tribunal fédéral a renvoyé l’affaire au 11 mai 2026 pour examen de l’exception préliminaire et du fond, en présence de la Commission électorale nationale indépendante (INEC) et du Procureur général de la Fédération, co-défendeurs.
Plusieurs organisations se disputaient dimanche le droit de financer et déposer le formulaire de candidature du PDP au nom de Jonathan, dont le coût est fixé à 100 millions de nairas (environ 60 000 euros au taux officiel). Parmi les groupes identifiés par Vanguard figurent le « Goodluckan Movement », constitué de Nigérians de la diaspora, et « The New Nigeria » (TNN), qui revendique plusieurs millions de membres dans le nord du pays, ainsi que plusieurs structures régionales dont l’« Arewa for Good Governance » et la « Northern Coalition for Goodluck Jonathan ». En 2022, une association d’almajiris (jeunes déscolarisés) du nord avait déjà obtenu un formulaire de candidature à l’APC (le parti au pouvoir de l’époque) au nom de Jonathan, que celui-ci avait alors désavoué publiquement.
Jonathan, 68 ans, avait déclaré le 7 mai à des jeunes qui le pressaient de se lancer que « La présidentielle n’est pas un jeu vidéo. Mais je vous ai entendus, et je vais consulter largement. »
Des réactions divergentes parmi les acteurs politiques et civils
La perspective d’un retour de Jonathan a suscité des prises de position tranchées au sein de l’élite politique nigériane. L’Afenifere, organisation sociopolitique pan-yoruba, a estimé par la voix de son leader Oba Oladipo Olaitan qu’il avait « sans doute pesé ses chances », tout en doutant qu’il puisse affronter le président sortant Bola Tinubu. Le Forum du Moyen-Belt (MBF), dont le président national Bitrus Pogu a appelé l’ex-président à ne pas risquer « sa réputation de statesman » dans un environnement politique qu’il a qualifié de « trop instable et toxique ». Le fondateur de l’APGA, Chekwas Okorie, a estimé qu’un retour constituerait une « catastrophique mésaventure » onze ans après sa sortie honorable de la scène.
L’Association chrétienne du Nigeria (CAN), par un responsable cité anonymement par Vanguard, a mis en garde contre un « surchauffe du système » si Jonathan rejoignait la course, estimant que sa candidature pourrait fragmenter le vote d’opposition en donnant au Parti démocratique populaire du Sud-Sud à Jonathan, à Peter Obi les voix du Sud-Est, et à Atiku Abubakar et Rabiu Kwankwaso les voix du Nord — laissant le champ libre à Tinubu.
Le Forum des anciens du Nord (NEF), par son porte-parole Jika Jiddere, a précisé n’apporter son soutien à aucun candidat déclaré ou pressenti, qu’il s’agisse de Jonathan, d’Atiku Abubakar, de Peter Obi ou de Tinubu.
L’élection présidentielle nigériane est prévue en février 2027. Le président Tinubu, de l’APC (All Progressives Congress), est élu depuis mai 2023. Atiku Abubakar, qui a conduit le PDP à la défaite en 2023, n’a pas encore officialisé ses intentions pour 2027. Peter Obi, qui avait obtenu plus de 6 millions de voix sous l’étiquette du Labour Party en 2023, n’a pas non plus précisé sa position. L’affaire judiciaire sur l’éligibilité de Jonathan est renvoyée au 11 mai 2026 devant le juge Peter Lifu du Tribunal fédéral d’Abuja.


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