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Affaire Pape Cheikh Diallo au Sénégal : 90 interpellations après les aveux du maçon Mame Lamine Diouf

La Brigade de recherches (BR) de la compagnie de gendarmerie de Keur Massar a procédé à plusieurs nouvelles interpellations dans l’affaire dite « Pape Cheikh Diallo et Cie », portant à 92 le nombre de personnes arrêtées depuis le début de l’enquête en février 2026, selon SeneNews. Ces arrestations font suite aux déclarations de Mame Lamine Diouf, un maçon domicilié à Nguékhokh (Petite-Côte, à environ 80 km au sud-est de Dakar), qui a reconnu les faits qui lui sont reprochés et cité les noms de plusieurs présumés complices devant les enquêteurs.

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Ce que les gendarmes ont encore découvert dans la maison de Pape Cheikh Diallo
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Après les aveux du maçon, les gendarmes ont interpellé un traiteur, Balla Mbaye, domicilié à Liberté 6 Extension (Dakar), puis un commerçant identifié comme Mamadou Guèye et un décorateur répondant au nom de Doudou Diouf, arrêtés respectivement à Guédiawaye et Yeumbeul (banlieue de Dakar). D’autres personnes citées dans les déclarations du maçon sont activement recherchées.

Mame Lamine Diouf avait lui-même été interpellé à Nguékhokh avec l’appui de la BR de Saly, puis transféré à Dakar. Son arrestation résulte de l’exploitation du téléphone d’un autre mis en cause, Doudou Lamine Dieng. L’enquête repose depuis son ouverture sur l’analyse systématique des téléphones saisis à chaque vague d’interpellations, un procédé qui génère des arrestations en cascade.

L’affaire a débuté le 6 février 2026 avec l’interpellation de douze personnes, dont l’animateur de télévision Pape Cheikh Diallo, présentateur de l’émission « Quartier Général » sur la chaîne TFM, et le chanteur Djibril Dramé, placés sous mandat de dépôt par le juge d’instruction du premier cabinet près le Tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye. Les mis en cause sont poursuivis pour association de malfaiteurs, « actes contre nature » — qualification pénale des relations homosexuelles dans le droit sénégalais —, transmission présumée volontaire du VIH, mise en danger de la vie d’autrui et, pour certains, blanchiment de capitaux.

Le nombre d’interpellations a progressé de manière continue avec 12 en février, 37 début mars, 68 mi-avril, 74 fin avril, puis 90 début mai. Selon Senego, qui a retracé la mécanique de l’enquête, le rythme moyen est d’environ une arrestation tous les deux jours depuis l’ouverture du dossier. L’instruction est conduite sur délégation judiciaire du juge d’instruction, sous la supervision du procureur Saliou Dicko.

L’article 319 du Code pénal sénégalais, adopté en 1965, réprime les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Avant la réforme de mars 2026, les peines encourues allaient de un à cinq ans d’emprisonnement et de 100 000 à 1,5 million de francs CFA d’amende (environ 150 à 2 300 euros).

Le 27 mars 2026, l’Assemblée nationale a voté un durcissement de cet article, portant les peines à cinq à dix ans de prison et deux à dix millions de francs CFA d’amende (environ 3 050 à 15 250 euros), avec exclusion du sursis. Le ministre de la Justice Bamba Cissé a toutefois précisé devant les députés que cette réforme ne s’appliquait pas aux mis en cause de l’affaire Pape Cheikh Diallo, en vertu du principe de non-rétroactivité de la loi pénale plus sévère, selon Kéwoulo. Les 92 personnes interpellées à ce jour seront donc jugées sous l’ancien régime de peines.

Le 10 avril, le même Tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye a prononcé la première condamnation sous le nouveau régime : six ans de prison ferme et deux millions de francs CFA d’amende contre un homme de 24 ans interpellé dans une affaire distincte.

Réactions internationales et des organisations de défense des droits

L’association française Stop Homophobie a exprimé dès février son « inquiétude » auprès de l’AFP, estimant que cette procédure expose les personnes LGBT+ à des « arrestations arbitraires et à la stigmatisation ». Human Rights Watch (HRW) a de son côté demandé la libération des personnes détenues et dénoncé la criminalisation des relations entre adultes consentants. Les deux organisations rappellent que les mis en cause bénéficient de la présomption d’innocence.

À la suite du durcissement législatif de mars, la France, la Belgique et les Pays-Bas ont inscrit le Sénégal sur une liste de vigilance concernant les droits des personnes LGBT+. L’ensemble des personnes interpellées dans le cadre de cette procédure sont présumées innocentes. L’instruction se poursuit devant le premier cabinet du Tribunal de grande instance de Pikine-Guédiawaye.

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