Bénin: le point de la 2ème journée des travaux de la Commission mixte du Parlement de la CEDEAO
Réunis à Cotonou dans le cadre d’une réunion délocalisée de la commission mixte du Parlement de la CEDEAO, parlementaires, experts et acteurs du secteur privé planchent sur les moyens de transformer les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) en véritables moteurs de croissance et d’intégration régionale. Financement, innovation numérique, normalisation, certification et libre circulation des biens étaient au cœur de la deuxième journée des travaux, qui se poursuivront jusqu’au 31 juillet.

SOMMAIRE
- L’innovation numérique, un accélérateur encore sous-exploité
- La BIDC appelle à réduire les risques pour faciliter l’accès au financement
- La certification, un passage obligé vers la compétitivité
- Les parlementaires plaident pour une application effective des textes communautaires
- Vers une meilleure intégration des MPME dans les chaînes de valeur régionales

À Cotonou, les travaux de la commission mixte du Parlement de la CEDEAO se poursuivent autour d’un enjeu stratégique pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest : comment permettre aux MPME de franchir un nouveau cap et de jouer pleinement leur rôle dans la transformation des économies régionales ? Au cours des communications présentées ce mardi, plusieurs experts ont insisté sur la nécessité de créer un environnement plus favorable au développement de ces entreprises, qui constituent l’essentiel du tissu économique de la sous-région, mais restent confrontées à de nombreux obstacles.
L’innovation numérique, un accélérateur encore sous-exploité
Intervenant sur le thème de l’innovation numérique, Emmanuelle Vlavonou a estimé que le problème des MPME ouest-africaines ne réside pas dans leur potentiel, mais dans l’absence d’un écosystème suffisamment structuré pour les accompagner. « Les MPME ne manquent pas de potentiel. Il manque plutôt une infrastructure, il manque un écosystème qui puisse les accompagner », a-t-elle souligné.
Pour l’experte, le développement de ces entreprises passe d’abord par un renforcement du cadre législatif. Mais les textes, à eux seuls, ne sauraient suffire. Elle plaide pour la mise en place de mécanismes d’accompagnement concrets, notamment des dispositifs de financement adaptés et des outils permettant aux entrepreneurs de mieux intégrer les opportunités offertes par le numérique.
Emmanuelle Vlavonou a également insisté sur la nécessité d’instaurer une véritable culture de l’évaluation des politiques publiques. Elle recommande que les lois adoptées soient accompagnées d’objectifs précis et d’indicateurs de performance permettant de mesurer leur impact dans le temps.
La BIDC appelle à réduire les risques pour faciliter l’accès au financement
La représentante de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), a, pour sa part, présenté les instruments financiers mis en place par l’institution pour soutenir les entreprises et renforcer l’intégration économique régionale. Selon elle, les MPME jouent un rôle déterminant dans la création d’emplois, la génération de revenus et la croissance économique. Toutefois, leur développement reste freiné par plusieurs contraintes : accès difficile au financement, gestion des risques, accès limité aux marchés régionaux et internationaux, mais aussi faibles capacités de transformation.
La BIDC entend répondre à ces défis à travers différents mécanismes : prêts à moyen et long terme, lignes de crédit destinées aux institutions financières locales, garanties, facilités de financement du commerce, prises de participation et assistance technique. L’institution met également l’accent sur les mécanismes d’atténuation des risques, notamment les garanties partielles de crédit et les dispositifs de partage des risques avec les partenaires financiers. « Les mécanismes d’atténuation des risques constituent un levier essentiel pour stimuler l’investissement privé, renforcer la compétitivité des entreprises et accélérer l’intégration économique régionale », a-t-elle rappelé.
La certification, un passage obligé vers la compétitivité
Autre point majeur abordé lors des échanges : la question des normes, de la qualité et de la certification. Dans sa présentation, Cassir Shola Badarou Anta a souligné que ces dimensions restent encore insuffisamment prises en compte dans les stratégies d’intégration régionale. À l’image de pays comme la Chine ou la Corée du Sud, qui ont bâti leur compétitivité industrielle sur des systèmes solides de normalisation et de certification, l’Afrique de l’Ouest doit, selon lui, renforcer ses infrastructures qualité. « L’intégration régionale passera inévitablement par la qualité, la normalisation et la certification », a-t-il affirmé.
Il recommande notamment une harmonisation des normes au sein de la CEDEAO, afin qu’un produit certifié dans un État membre puisse être reconnu dans l’ensemble de l’espace communautaire. Une telle réforme permettrait de réduire les coûts pour les entreprises et de limiter les barrières non tarifaires qui entravent encore les échanges.
Les parlementaires plaident pour une application effective des textes communautaires
Les débats ont également permis aux députés de la CEDEAO d’interroger les experts sur la survie des entreprises, la mise en œuvre des politiques communautaires et les obstacles persistants à la libre circulation. Les parlementaires ont notamment soulevé la question du taux élevé de mortalité des entreprises et demandé davantage de données permettant de distinguer les difficultés propres au secteur formel et celles du secteur informel.
Sur le terrain de l’intégration régionale, plusieurs voix ont dénoncé le décalage entre les ambitions affichées et la réalité vécue par les opérateurs économiques. Les contrôles aux frontières, les procédures administratives et les obstacles non tarifaires continuent de ralentir les échanges entre les États membres.
Le député Taa Wongbe a appelé les parlementaires à renforcer leur rôle de contrôle afin d’encourager les gouvernements à appliquer davantage les engagements communautaires. « Il faut mettre en place une commission parlementaire régionale qui puisse aller sur le terrain, identifier les obstacles et pousser les gouvernements à engager des réformes concrètes », a-t-il proposé.
Vers une meilleure intégration des MPME dans les chaînes de valeur régionales
De son côté, le député nigérian Dr Bashiru Dawodu a insisté sur la nécessité d’intégrer davantage les MPME dans les chaînes de valeur régionales. Pour lui, le principal défi de la CEDEAO n’est plus l’élaboration des politiques, mais leur application effective. Il a appelé à une coopération renforcée entre les institutions communautaires, les gouvernements et les parlementaires pour garantir le respect des protocoles régionaux, notamment ceux relatifs à la libre circulation des personnes, des biens et des services.
Ces différentes problématiques ont alimenté une table ronde consacrée à l’intégration des Mpme dans les chaînes de valeur régionales formelles. Claudia Noutai, auditrice et chargée de gestion au cabinet VIPRIN et à l’Académie des entreprises, a insisté sur la problématique du financement des MPME, qui représentent une part majeure de l’économie régionale. Elle a plaidé pour la création d’un mécanisme spécifique de financement des fonds de roulement et pour l’intégration d’un système d’audit et de gouvernance afin de garantir la transparence et la pérennité des dispositifs d’accompagnement.
Jusqu’au 31 juillet, les participants poursuivront leurs réflexions afin d’identifier des solutions concrètes capables de lever les principaux freins au développement des MPME et de faire de ces entreprises un véritable pilier de l’intégration économique ouest-africaine.



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