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Côte d’Ivoire : forte hausse des cas de viols enregistrés en 2025

La Côte d’Ivoire a enregistré 841 cas de viol suivis par les services du ministère de la Femme en 2025, avec un taux de condamnation supérieur à 89 %, selon l’annuaire statistique présenté à Abidjan. Ces données s’inscrivent dans un total de 10 747 cas de violences basées sur le genre pris en charge en un an, un chiffre en hausse qui traduit à la fois la persistance des violences et une progression du signalement.

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Violences basées sur le genre au Bénin
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Le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant (MFFE) de Côte d’Ivoire a enregistré 841 cas de viol en 2025, dont plus de 89 % ont abouti à une condamnation judiciaire, selon l’annuaire statistique 2025 présenté mardi 12 mai 2026 à Abidjan-Plateau lors de la tribune d’échanges « Tout Savoir Sur » organisée par le Centre d’Information et de Communication gouvernementale (CICG). Le directeur de la Planification, des Études et de la Documentation du MFFE, Lossény Sylla, a précisé que « sur les 841 cas de viol enregistrés, 89,52 % ont abouti à une condamnation par la justice de Côte d’Ivoire ».

Ces 841 cas de viol s’inscrivent dans un total de 10 747 situations de violences basées sur le genre (VBG) prises en charge par le MFFE en 2025, selon le même annuaire. Ce chiffre est en hausse de 11,87 % par rapport aux 9 607 cas enregistrés en 2024. Sylla a souligné que cette progression traduit une évolution dans les comportements de signalement plutôt qu’une aggravation nécessaire du phénomène. Pour lui, « par le passé, les familles privilégiaient souvent des règlements à l’amiable, ce qui limitait les actions de sensibilisation et de prise en charge. »

La donnée la plus structurante de l’annuaire 2025 est la courbe de long terme où le nombre de cas déclarés est passé de 711 en 2011 à 10 747 en 2025, soit une multiplication par plus de quinze en quatorze ans. Le MFFE attribue cette progression à l’extension du réseau de structures socio-éducatives et de centres sociaux sur l’ensemble du territoire, au déploiement de deux lignes vertes, le 1308 pour les VBG et le 116 pour les enfants en détresse, et aux campagnes de sensibilisation, notamment les « 16 jours d’activisme contre les VBG » organisés annuellement depuis plusieurs années.

Cette lecture est partiellement corroborée par le rapport annuel 2025 du Conseil national des droits de l’homme (CNDH), qui fait état d’une hausse de 6,08 % des saisines liées aux VBG enregistrées par ses propres services, passant de 1 365 en 2024 à 1 448 en 2025. Le CNDH, dans ce document publié en février 2026, interprète cette progression comme « la persistance des violences faites principalement aux femmes et aux filles, mais aussi une plus grande propension des victimes à dénoncer les abus ».

Le rappel méthodologique d’ONU Femmes et de l’OMS reste néanmoins pertinent. « Toutes les enquêtes sous-estiment probablement la prévalence réelle de la violence à l’égard des femmes, car il y aura toujours des femmes qui cachent avoir été victimes de violence, surtout lorsque celle-ci entraîne une forte stigmatisation. La violence sexuelle est particulièrement sous-déclarée dans de nombreux pays. »

La ventilation des 10 747 cas

La décomposition des 10 747 cas pris en charge en 2025 fait apparaître la prédominance des violences non physiques : 5 096 cas relèvent du déni de ressources, d’opportunités ou de services — la catégorie la plus nombreuse —, 2 212 cas de violences psychologiques ou émotionnelles, 2 154 agressions physiques, 841 viols, 254 agressions sexuelles hors mutilations génitales féminines (MGF), 181 mariages forcés et 9 cas de MGF. Les victimes sont à 97 % de sexe féminin, principalement des filles. Près de 80 % des violences enregistrées (79,85 %) sont de nature domestique.

Les zones géographiques les plus touchées sont le district d’Abidjan, le Sud-Comoé, le Gbêkê et le Haut-Sassandra — quatre entités couvrant la capitale économique, la région frontalière avec le Ghana à l’est et les régions du centre-ouest, dont Daloa, chef-lieu du Haut-Sassandra, situé à environ 370 kilomètres au nord-ouest d’Abidjan.

Le taux de plus de 89 % de condamnations sur les plaintes pour viol effectivement traitées par le système judiciaire ivoirien constitue un indicateur positif dans un contexte régional où le taux d’attrition — la part des signalements qui ne donnent lieu ni à poursuites ni à condamnation — demeure très élevé. En Afrique subsaharienne, la majorité des affaires de viol signalées n’atteignent pas le stade du jugement, en raison de retraits de plainte, de pressions familiales, de délais judiciaires ou d’insuffisance de preuves, selon les travaux de l’ONUDC et d’ONU Femmes.

Le ministère précise que ce résultat s’appuie sur un suivi rigoureux des dossiers par les travailleurs sociaux et les ONG partenaires à chaque étape de la procédure. La loi ivoirienne réprimant les violences basées sur le genre a été renforcée par la loi n° 2019-574 du 26 juin 2019 portant code pénal, qui a introduit des dispositions spécifiques sur le viol conjugal et durci les peines encourues.

Des actions préventives à amplifier selon le CNDH

Le CNDH, dans son rapport 2025, appelle à un « renforcement des politiques publiques de prévention et de protection, en particulier dans les zones rurales où les mécanismes de signalement restent encore fragiles ». Il pointe le rôle des Commissions régionales des droits de l’homme comme relais de proximité. Au titre de la sensibilisation, l’annuaire 2025 du MFFE indique que plus de 517 000 personnes ont été informées sur les VBG au cours de l’année, et que le Fonds national « Femmes et Développement » a financé 1 994 femmes en 2025, portant à 10 091 le nombre total de bénéficiaires depuis sa création pour une enveloppe cumulée de 4,1 milliards de francs CFA (environ 6,2 millions d’euros).

Le prochain annuaire statistique du MFFE devrait être présenté au premier semestre 2027, dans le cadre du nouveau Plan national de développement dont la période 2021-2025 s’est achevée à la fin de l’année écoulée.

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