Patrick Bruel : des avocates de parties civiles demandent la récusation de l’expert psychiatre chargé de son évaluation

Désigné par les juges d'instruction de Nanterre pour expertiser Patrick Bruel, mis en examen pour violences sexuelles, le psychiatre Paul Bensussan fait l'objet d'une demande de récusation. Des avocates de parties civiles invoquent des plaintes déposées contre lui en 2022 par des associations de protection de l'enfance, rapporte RTL.

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Patrick Bruel sur scène au Zénith de Rouen le 2 avril 2024
Photo : René Hourdry / Wikimedia Commons
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Les juges d’instruction chargés du dossier Patrick Bruel à Nanterre ont désigné le psychiatre Paul Bensussan pour réaliser l’expertise du chanteur, mis en examen pour des faits de violences sexuelles et présumé innocent, rapporte RTL. Plusieurs avocates de parties civiles réclament d’ores et déjà sa récusation, invoquant des plaintes déposées contre lui en 2022 par des associations de protection de l’enfance.

Selon les informations de RTL, la désignation de cet expert, chargé d’évaluer la personnalité et la responsabilité pénale du mis en examen aux côtés d’un second expert, est habituelle dans ce type de dossier criminel. Mais elle intervient alors que Paul Bensussan, expert agréé par la Cour de cassation depuis 1996, est associé depuis plusieurs années à des prises de position controversées sur l’amnésie traumatique et le syndrome d’aliénation parentale.

En avril 2022, quatre associations de protection de l’enfance – le Collectif féministe contre le viol (CFCV), Innocence en Danger, le CDP-Enfance et le Réseau de professionnels pour la protection de l’enfance et l’adolescence (Reppea) – avaient saisi le Conseil de l’ordre des médecins et le parquet général de la cour d’appel de Versailles. Elles reprochaient à l’expert des entretiens jugés trop brefs et une méthode s’appuyant, selon elles, sur le concept controversé de syndrome d’aliénation parentale.

Ces plaintes visent directement la crédibilité de l’expert au moment où il doit se prononcer sur un dossier hautement sensible. Une éventuelle récusation, si elle était accordée, contraindrait les magistrats à désigner un autre expert avant que l’instruction ne puisse se poursuivre sur ce volet.

Une audition sur l’amnésie traumatique au cœur de la contestation

Les avocates de parties civiles s’appuient notamment sur l’audition de Paul Bensussan par la commission d’enquête parlementaire sur l’inceste, en mai dernier. Interrogé sur l’amnésie traumatique, l’expert avait mis en garde contre ce qu’il a qualifié de « théorie performative », selon des propos rapportés par RTL : « La dissociation expliquerait l’amnésie traumatique ; s’il y a amnésie, cela prouve que l’abus a eu lieu ; si le souvenir ressurgit, cela prouve aussi que l’abus a eu lieu. […] On ne peut pas tout appeler dissociation, mémoire traumatique ou amnésie traumatique. »

Ces propos, prononcés dans un contexte institutionnel distinct de l’affaire Bruel, sont désormais présentés par les parties civiles comme la preuve d’un manque de neutralité incompatible avec sa mission d’expert judiciaire.

Une relaxe ordinale contestée en appel

Sur le plan disciplinaire, la procédure engagée en 2022 contre Paul Bensussan s’est soldée par une relaxe prononcée le 14 mars 2025 par la juridiction ordinale, selon RTL. Les associations plaignantes ont fait appel de cette décision, une procédure toujours en cours à ce jour.

Face à la contestation, les juges d’instruction de Nanterre disposent de plusieurs options : maintenir Paul Bensussan dans sa mission, l’assortir d’une question spécifique sur l’amnésie traumatique, ou désigner un autre expert. Sollicité par RTL, Paul Bensussan n’a pas souhaité commenter cette polémique. Il avait auparavant réalisé des expertises dans plusieurs autres dossiers de violences sexuelles en série, parmi lesquels ceux visant Dominique Pélicot et Nordahl Lelandais.

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