CEMAC : Citigroup préconise une dévaluation du Franc CFA, la BEAC dit non
David Cowan, économiste en chef de Citigroup pour l’Afrique, a publié le 7 mai 2026 via Bloomberg une note d’analyse dans laquelle il estime qu’une dévaluation du franc CFA d’Afrique centrale constitue désormais « le cœur de l’histoire économique actuelle de la CEMAC ». L’analyste soutient qu’un réajustement du taux de change permettrait de soutenir la compétitivité des économies de la sous-région, d’enrayer l’érosion des réserves de change et de desserrer l’étau de la dette publique. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a pour sa part maintenu depuis janvier 2026 sa position officielle, celle qu’une dévaluation n’est pas à l’ordre du jour.

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La note de Cowan ne constitue pas une annonce des autorités monétaires et ne décrit pas une décision imminente. Il s’agit d’une hypothèse analytique formulée par une banque d’investissement internationale, sans portée réglementaire, comme l’a précisé le site gabonais Gabonreview.com, qui a rappelé que la BEAC avait jugé les rumeurs de dévaluation « infondées ». La CEMAC regroupe six États, Cameroun, Gabon, République du Congo, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine, qui partagent le franc CFA d’Afrique centrale, arrimé à l’euro au taux fixe de 655,957 FCFA pour un euro. Cette parité est garantie par le Trésor public français, qui doit être informé de toute modification.
Selon Citi, les réserves de change de la BEAC ont chuté de 12,5 % en 2025. La BEAC elle-même, lors de sa première session du Comité de politique monétaire de l’année, tenue à Yaoundé le 2 avril 2026, prévoyait un ralentissement de la croissance de la zone à 2,9 % en 2026, contre 3,5 % en 2025, en deçà de la moyenne subsaharienne. Le FMI évalue la croissance moyenne de la CEMAC à 2,8 % sur les cinq dernières années, contre 4,2 % pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne.
Sur la dette, les déséquilibres sont contrastés. Le ratio d’endettement moyen de la CEMAC avoisine 53 % du PIB, mais le Congo atteint près de 98 % et le Gabon environ 72 % selon les données du FMI. Cowan souligne que la dépendance de ces économies aux hydrocarbures les rend particulièrement vulnérables car, la hausse des prix du pétrole depuis l’escalade au Moyen-Orient offre un répit temporaire aux exportateurs de brut, mais ne résout pas les déséquilibres structurels.
Un contexte de durcissement des règles de change par la BEAC
La note de Citi est publiée quelques jours après un durcissement des règles de rapatriement des devises par la BEAC à l’égard des multinationales extractives opérant dans la zone. La banque centrale a renforcé ses obligations de domiciliation des recettes d’exportation, mesure qui vise précisément à reconstituer les réserves de change. Le site Ecomatin.net souligne que la BEAC dispose encore de réserves couvrant plus de 4,5 mois d’importations de biens et services, au-dessus du seuil critique de 3 mois généralement retenu dans la zone franc.
Plusieurs États membres, dont le Cameroun, le Congo et le Gabon, négocient par ailleurs de nouveaux programmes d’appui avec le FMI visant à réduire leurs déficits et reconstituer leurs marges budgétaires. Cowan estime néanmoins que ces ajustements ne suffiront pas à eux seuls. Pour lui, « Sans une dévaluation suivie d’une restructuration de la dette, les interrogations plus larges sur la soutenabilité du système actuel de parité risquent de ne pas disparaître silencieusement. »
La dernière dévaluation du franc CFA remonte au 12 janvier 1994, lorsque la monnaie avait perdu 50 % de sa valeur par rapport au franc français. L’épisode avait provoqué une flambée de l’inflation et une forte contraction du pouvoir d’achat des populations, ce qu avait laissé une empreinte durable dans les opinions publiques. Aujourd’hui, plusieurs gouvernements de la zone et des responsables de la BEAC s’opposent formellement à une telle option.
Notons que Citigroup avait publié une première analyse dans ce sens en janvier 2026, dans laquelle Cowan citait l’Angola, où le pétrole représente plus de 90 % des recettes d’exportation, comme le pays le plus exposé au risque de dévaluation de sa monnaie nationale, le kwanza. Il citait également le Mozambique et le Malawi comme vulnérables, et indiquait que le risque de contagion était « élevé » au sein de la CEMAC du fait de la monnaie commune. « La pression sur la monnaie risque de s’y construire beaucoup plus rapidement » que dans les pays à change flottant, avait indiqué Cowan.


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