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Bénin : investi Président de la République, Romuald Wadagni affiche ses priorités

Dans son premier discours de président, Romuald Wadagni a promis de faire de la croissance économique un levier concret d’amélioration du quotidien des Béninois. Le nouveau chef de l’État a notamment annoncé une protection sociale agricole, tout en affichant une ligne de fermeté face à la menace sécuritaire et une volonté de coopération régionale dans un contexte sous-régional tendu.

POLITIQUE
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Le président de la République Romuald Wadagni lors de son investiture ce dimancche 24 mai
Le président de la République Romuald Wadagni lors de son investiture ce dimancche 24 mai ph: Capture d'écran youtube
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Le nouveau président béninois Romuald Wadagni a fixé dimanche 24 mai 2026, dans son discours d’investiture au Palais des Congrès de Cotonou, comme première priorité de son mandat la traduction de la croissance économique en bénéfices concrets pour chaque famille béninoise. « Notre économie a progressé, c’est une réalité. Mais nous savons tous qu’une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle devient visible dans la vie ordinaire des populations », a-t-il déclaré devant les représentants des institutions, le corps diplomatique et les chefs d’État et de gouvernement présents.

Wadagni a articulé sa promesse autour de quatre catégories de population. Aux jeunes, il a promis des opportunités locales. Aux femmes, il a annoncé le renforcement de l’accès au financement, à la propriété, à la protection sociale et aux responsabilités. Aux agriculteurs, il a détaillé un accès amélioré à la mécanisation, aux semences adaptées, aux financements et aux équipements de transformation — assorti d’une annonce inédite : « Nous construirons une protection sociale agricole, parce qu’une nation qui respecte celle et ceux qui la nourrissent est une nation qui se respecte elle-même. » À la diaspora, enfin, il a réaffirmé que « le pays que nous bâtissons est aussi le vôtre », avec un message adressé explicitement aux descendants de la traite négrière : « Le Bénin sera toujours la maison de retour, notre porte demeure ouverte et notre mémoire fidèle. »

Le nouveau chef de l’État a rendu un hommage appuyé à son prédécesseur Patrice Talon, saluant « le courage des décisions difficiles, la constance des bâtisseurs et la capacité rare à penser le Bénin dans le temps long ». Il a également cité ses prédécesseurs depuis le renouveau démocratique de 1990 — Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou et Boni Yayi — se positionnant en continuateur d’une « tradition de paix » qu’il entend perpétuer.

Une fermeté assumée sur la sécurité et l’unité nationale

Sur le dossier sécuritaire, Wadagni a adopté un ton sans ambiguïté. Face à la menace terroriste qui progresse dans la sous-région et touche le nord du Bénin depuis 2022, il a déclaré : « Le Bénin ne cèdera ni à la peur ni au relâchement. L’État sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité. » Il a annoncé la poursuite des investissements dans les forces de défense et de sécurité, mais a insisté sur la dimension sociale de la réponse : développement des services de base, offre d’opportunités économiques locales et « présence effective de l’État partout sur le territoire ».

À l’égard des voisins de la sous-région — dont plusieurs chefs d’État assistaient à la cérémonie —, Wadagni a dit sa conviction que « dans une sous-région confrontée aux périls terroristes, nous sommes condamnés à travailler ensemble », réitérant la disponibilité du Bénin à agir de concert. Cette formulation, sans nommer explicitement les pays membres de l’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina Faso et Niger —, ouvre une main tendue dans un contexte de relations diplomatiques tendues entre le Bénin et ses voisins enclavés depuis les coups d’État successifs.

Sur le plan international, Wadagni a affirmé que le Bénin resterait « fidèle à ses engagements » et attaché à des partenariats fondés sur le « respect mutuel, la confiance et les intérêts partagés », ajoutant que le pays « restera ouvert au monde sans jamais s’éloigner de lui-même ».

Un mandat de sept ans sous contrainte sécuritaire et budgétaire

Wadagni prend les commandes d’un État dont la croissance a été évaluée à 6,4 % en 2025 par la Banque mondiale, mais qui doit faire face à une pression sécuritaire persistante dans le nord du pays et à un déficit budgétaire structurel après une décennie de dépenses d’investissement soutenues. Son discours, délibérément sobre dans sa rhétorique, a évité les annonces chiffrées et les engagements de délai — à l’exception de la protection sociale agricole, présentée comme un projet de mandat.

La révision constitutionnelle de novembre 2025 a étendu le mandat présidentiel de cinq à sept ans, ce qui signifie que Wadagni gouvernera jusqu’en 2033. Il a conclu son discours par un engagement personnel : « Je servirai le Bénin avec intégrité, avec courage et avec constance. Je servirai avec la conscience permanente que le pouvoir n’est jamais un privilège personnel. »

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