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Bénin : fin de l’ère Patrice Talon, début du mandat de Romuald Wadagni

Romuald Wadagni prêtera serment ce dimanche au Palais des Congrès de Cotonou, devenant le cinquième président de la République du Bénin et succédant officiellement à Patrice Talon après dix ans de pouvoir. Ancien ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, il héritera d’un pays engagé dans de profondes réformes institutionnelles, économiques et sécuritaires, avec un mandat porté à sept ans par la révision constitutionnelle de 2025.

POLITIQUE
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Patrice Talon et son dauphin Romuald Wadagni.
Patrice Talon et son dauphin Romuald Wadagni.
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Au Bénin, Romuald Wadagni prêtera serment ce dimanche 24 mai 2026 au Palais des Congrès de Cotonou en présence de quelque 6 000 invités, devenant le cinquième président de la République du Bénin. Le président de la Cour constitutionnelle Dorothée Sossa recevra son serment avant qu’il reçoive des mains de la vice-présidente Mariam Chabi Talata le Grand Collier de Grand Maître de l’Ordre national du Bénin. Avant cela, Patrice Talon l’accueillera au Palais de la Marina, pour un entretien de quelques minutes, puis quittera l’édifice présidentiel, ce qui mettra fin à dix ans de sa présidence.

Wadagni, né le 20 juin 1976 à Lokossa dans le département du Mono, était jusqu’à son élection ministre d’État chargé de l’Économie, des Finances et de la Coopération, poste qu’il occupait depuis le premier gouvernement Talon en avril 2016. Formé à la gestion à Grenoble École de Management, il a travaillé dix-sept ans au sein du cabinet d’audit et de conseil Deloitte, en France puis aux États-Unis, avant d’entrer dans la vie politique béninoise. Sa colistière Mariam Chabi Talata, vice-présidente depuis mai 2021, est reconduite dans ses fonctions.

Wadagni avait remporté l’élection présidentielle du 12 avril 2026 avec 94,05 % des suffrages exprimés, soit 4 252 347 voix, contre 5,95 % pour son unique adversaire, Paul Hounkpè, candidat des Forces cauris pour un Bénin émergent. Le taux de participation s’était établi à 58,75 %, en hausse par rapport aux 50,63 % enregistrés lors de la présidentielle de 2021. Paul Hounkpè avait reconnu sa défaite dès le soir du scrutin, avant la proclamation des résultats provisoires par la Commission électorale nationale indépendante. La mission d’observation de la CEDEAO avait salué une « bonne organisation du scrutin ».

Le scrutin s’était tenu dans un paysage politique restreint : le candidat du principal parti d’opposition, Les Démocrates, Renaud Agbodjo, n’avait pas pu valider sa candidature en raison des conditions strictes de parrainage imposées par la loi électorale. La révision constitutionnelle de novembre 2025 a par ailleurs étendu le mandat présidentiel de cinq à sept ans, portant le mandat de Wadagni jusqu’en 2033.

Talon, dix ans de réformes et une sortie constitutionnelle

Patrice Talon quitte le pouvoir à l’expiration de son second et dernier mandat, conformément à la limitation inscrite dans la Constitution révisée de 2019 qu’il avait lui-même fait adopter. Dans son discours d’adieu à la nation, il a mis en avant les réformes engagées depuis 2016 — refonte du système électoral, assainissement des finances publiques, modernisation du port de Cotonou, programme Bénin Révélé dans le domaine touristique — tout en reconnaissant que le parcours « n’a pas été sans difficultés ».

Talon, 65 ans, magnat du secteur cotonnier avant son accession à la présidence, ne quittera pas pour autant la vie publique. La révision constitutionnelle de novembre 2025 a créé un Sénat dont les anciens présidents de la République sont membres de droit. Selon plusieurs analystes politiques, Talon pourrait en devenir le président, lui permettant de peser sur la régulation de la vie politique sans exercer de fonctions exécutives.

Le nouveau chef de l’État hérite d’une économie dont la croissance a été évaluée à 6,4 % en 2025 par la Banque mondiale, mais aussi d’une pression sécuritaire persistante dans le nord du pays, aux marges du Burkina Faso et du Niger, régions affectées par des incursions de groupes armés depuis 2022. La question de l’installation du Sénat, prévue dans les mois suivant l’investiture, constituera l’un des premiers chantiers institutionnels du nouveau président.

Un dauphin désigné qui n’en doit rien à Talon

La singularité du profil de Wadagni dans la succession tient à sa trajectoire au sein de l’appareil d’État. Désigné à l’unanimité par l’Union progressiste pour le renouveau (UPR) et le Bloc républicain lors d’une réunion restreinte chez Talon dans la nuit du 30 au 31 août 2025, il n’est pourtant pas présenté comme un homme du clan du président sortant. Selon Soudan, Talon « a eu l’intelligence de se choisir un successeur qui a été un exécutant brillant de sa politique économique, mais à qui il ne doit rien ».

L’ancien président Nicéphore Soglo avait aussi félicité le choix de Wadagni, en estimant qu’il était le plus qualifié pour « poursuivre l’œuvre du président sortant ». Ousmane Batoko, ancien président de la Cour suprême et voix critique du régime Talon, avait pour sa part déclaré penser que le nouveau président « ferait mieux que son prédécesseur ». Wadagni sera le premier président béninois à quitter sa fonction de ministre d’Etat pour rentrer dans celle présidentielle : économiste et auditeur de formation, il a conduit les négociations les plus sensibles de la décennie — dette souveraine, programmes d’ajustement, accords de coopération avec la Chine en 2023 — depuis son ministère.

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