Assassinat de Jovenel Moïse : quatre personnes condamnées aux États-Unis
Quatre personnes ont été reconnues coupables vendredi 8 mai 2026 par un tribunal fédéral américain pour leur implication dans l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse survenu en juillet 2021. Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages ont été déclarés coupables d’avoir conspiré pour tuer ou kidnapper Jovenel Moïse et d’avoir apporté un soutien matériel au complot, risquant tous une peine pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité.

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Le procès, qui s’était ouvert il y a près de deux mois à Miami, repose sur l’assertion des procureurs américains selon laquelle le sud de la Floride a servi de plaque tournante centrale pour la planification et le financement de l’assassinat. La justice américaine est compétente car une grande partie de la planification, du financement et de la direction du complot visant à renverser le président haïtien a été menée aux États-Unis, dans le district sud de la Floride, dès le début de l’année 2021.
La défense a affirmé que les accusés servaient de boucs émissaires et qu’ils participaient en réalité à un projet visant à remettre à Jovenel Moïse un mandat d’arrêt, sur fond de différend autour d’un éventuel dépassement de son mandat présidentiel. Les avocats ont soutenu que les mercenaires colombiens impliqués devaient accompagner la police haïtienne pour exécuter ce mandat, et que Jovenel Moïse aurait été tué par ses propres forces de sécurité avant leur arrivée. L’avocat Emmanuel Perez a déclaré : « C’est un complot haïtien, et c’est une conspiration haïtienne ».
Un cinquième accusé, Christian Emmanuel Sanon, médecin né en Haïti qui voulait selon l’accusation être nommé président après la mort de Jovenel Moïse, doit être jugé ultérieurement pour des raisons de santé. Au total, huit autres personnes ont accepté des accords de plaider-coupable dans l’enquête américaine, portant à onze le nombre total de personnes poursuivies aux États-Unis dans cette affaire. Outre ces poursuites américaines, vingt autres suspects — dont dix-sept anciens soldats colombiens et trois responsables haïtiens — sont inculpés en Haïti.
Depuis l’assassinat de Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, aucune élection nationale n’a été organisée en Haïti. Un conseil provisoire nommé en septembre 2024 a été remplacé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aime, soutenu par les États-Unis, qui a annoncé que les élections se tiendraient d’ici la fin de l’année 2026. Les Nations unies estiment qu’un gouvernement stable est indispensable pour rétablir l’ordre dans un pays où au moins 8.100 meurtres attribués aux gangs ont été recensés en 2025 et où l’insécurité a déplacé environ 1,5 million de personnes.
Une attaque maccabre
Le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, vers 1 heure du matin (5h UTC), à son domicile situé à Pétion-Ville, quartier résidentiel dans la banlieue de Port-au-Prince. Un commando composé de 28 hommes, incluant au moins 21 mercenaires colombiens, trois policiers haïtiens et deux Américano-haïtiens, s’est présenté à bord de six véhicules loués.
Les assaillants se sont présentés équipés de fausses casquettes de l’agence américaine anti-drogue (DEA) et étaient lourdement armés de fusils d’assaut et d’un fusil à pompe. Vers 1h30, le président a été réveillé par des tirs à l’extérieur de sa chambre et a appelé à l’aide le chef de la garde présidentielle Dimitri Hérald à 1h34, mais aucun renfort n’est arrivé à temps. Quatre mercenaires (Juan Carlos Yepes, Victor Albeiro Pineda, Mauricio Javier Romero et Duberney Capador Giraldo) sont entrés dans la chambre présidentielle.
Victor Albeiro Pineda a tiré avec un fusil d’assaut M4 sur Jovenel Moïse et sa femme Martine. Le président a été criblé de 12 balles au total dont une dans le front, une dans chaque mamelon, trois dans la hanche, une dans l’abdomen, et plusieurs dans le thorax, les bras et la jambe droite. Le juge de paix a constaté que son œil gauche était exorbité. Selon des confessions audio obtenues par Noticias Caracol, les assaillants ont admis avoir reçu l’ordre peu avant l’opération de tuer Moïse et toute personne présente dans la maison, et de piller l’argent qui s’y trouvait.
Martine Moïse a été grièvement blessée par balle au bras, à la main et à l’abdomen, mais a survécu en faisant la morte avant d’être évacuée vers les États-Unis. Deux de leurs enfants présents (Jomarlie, 24 ans, et Jovenel junior) sont restés physiquement indemnes. Aucun coup de feu n’a été tiré par les policiers et gardes présidentiels en poste cette nuit-là, ce qui soulève des questions sur d’éventuelles complicités. Le lendemain, Duberney Capador Giraldo, l’un des deux chefs du groupe de mercenaires, est mort de ses blessures après s’être réfugié sur un toit ; 40 000 dollars pris dans la chambre du président ont été retrouvés sur son corps.


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