Cameroun : un employé battu dans un supermarché chinois provoque l’indignation
Un supermarché chinois de Yaoundé, Sino Mart, est au centre d’un scandale au Cameroun après la diffusion d’une vidéo montrant un employé camerounais fouetté dans l’enceinte du magasin, un épisode qui a conduit à plusieurs interpellations et à la fermeture temporaire du site par les autorités.

SOMMAIRE
Les images ont suscité l’indignation dans tout le pays. On y voit un homme, présenté comme Arnaud Ombe Boya, employé camerounais de Sino Mart, un supermarché détenu par des ressortissants chinois dans le quartier Elig‑Edzoa à Yaoundé, être roué de coups de fouet sous le regard de plusieurs personnes. La séquence, massivement relayée sur les réseaux sociaux à partir du 2 mai, a provoqué un tollé et relancé le débat sur les conditions de travail dans certaines entreprises étrangères opérant au Cameroun.
Selon les premiers éléments recueillis par les médias locaux, la scène de violence se serait déroulée dans les locaux du supermarché, utilisé aussi comme entrepôt. La victime apparaît d’abord debout, puis à terre, alors que son bourreau poursuit les coups, tandis que d’autres employés ou responsables assistent à la scène sans intervenir. La vidéo laisse entendre des cris de douleur et des protestations, assimilées par de nombreux internautes à des « pratiques esclavagistes » et à des châtiments corporels d’un autre âge.
Face au tollé, les forces de l’ordre sont rapidement intervenues. La gendarmerie a procédé à plusieurs interpellations, dont celle du directeur général chinois de Sino Mart, identifié comme Yan Min, né en 1997, ainsi que d’un interprète camerounais travaillant pour l’enseigne. Au total, trois à quatre personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles des ressortissants chinois présentés comme membres de l’encadrement ou présents lors de l’agression filmée. D’après les autorités, le magasin a été scellé le temps de l’enquête et ses activités suspendues.
Des enquêtes en cours
Les premiers constats évoquent l’implication d’un militaire camerounais, affecté comme agent de sécurité au sein de la structure, qui serait l’auteur des coups de fouet, selon les informations relayées par la presse. Ce recours à un soldat en uniforme ou ex‑militaire dans un cadre privé choque une partie de l’opinion, qui y voit un détournement des fonctions régaliennes et un facteur aggravant dans la perception de violences infligées à un civil désarmé. Des organisations de défense des droits humains et des avocats dénoncent un système où des travailleurs noirs seraient soumis à des traitements humiliants dans certaines entreprises à capitaux étrangers.
Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, s’est rendu sur place et a condamné des actes « inacceptables », tout en annonçant l’ouverture d’une enquête approfondie. Le membre du gouvernement a rappelé que le Code pénal camerounais réprime la torture, les traitements cruels, inhumains ou dégradants, y compris dans le cadre professionnel, et que les auteurs, co‑auteurs et complices encourent des peines d’emprisonnement et de lourdes amendes. Des inspections du travail ont été ordonnées pour vérifier les conditions d’emploi au sein de l’entreprise et d’éventuelles pratiques similaires.
Des juristes, comme l’avocat Israël Mbelli, soulignent que la responsabilité pénale de la société Sino Mart pourrait être engagée si les investigations montrent que ces violences n’étaient pas un fait isolé, mais toléré ou encouragé par l’encadrement. Ils évoquent la possibilité de poursuites pour « torture en entreprise », sévices corporels, discriminations et atteintes à la dignité humaine, des chefs passibles de sanctions contre les personnes physiques et morales. Les autorités n’ont pas, à ce stade, communiqué sur des charges précises, se bornant à évoquer une enquête en cours.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux Camerounais appellent au boycott des commerces à capitaux chinois impliqués dans des scandales de mauvais traitements, rappelant des affaires récentes d’ouvriers fouettés dans des entrepôts gérés par des investisseurs chinois. Des témoignages relayés par certains médias évoquent des horaires exténuants, des salaires bas et des humiliations répétées dans plusieurs structures de ce type, même si ces accusations restent difficiles à documenter de manière systématique. La polémique ravive ainsi les interrogations sur la régulation des entreprises étrangères, le respect du droit du travail et la capacité de l’État à protéger ses citoyens dans un contexte de présence économique chinoise croissante.
Pour l’heure, la direction de Sino Mart ne s’est pas exprimée publiquement sur le fond de l’affaire, se contentant, selon des sources proches du dossier, de coopérer avec les autorités judiciaires. Les résultats de l’enquête, les poursuites éventuelles et les sanctions administratives à l’encontre du supermarché sont très attendus dans l’opinion, où beaucoup voient dans ce dossier un test de la volonté des pouvoirs publics de mettre un coup d’arrêt aux violences contre les travailleurs dans certaines entreprises à capitaux étrangers.



Commentaires