Sénégal : limogeage du porte-parole de la présidence sur fond de tensions avec le Premier ministre
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin par arrêté du 30 avril aux fonctions d’Ousseynou Ly, ministre-conseiller et porte-parole de la présidence de la République, et nommé pour le remplacer l’avocat Abdoulaye Tine, coordonnateur de la coalition Diomaye Président.

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Le sortant, militant identifié du Pastef d’Ousmane Sonko, occupait ce poste depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024. Son successeur n’appartient pas au Pastef mais à la coalition Diomaye Président, structure présidentielle autonome lancée hors du parti du Premier ministre. Me Tine préside par ailleurs le conseil d’administration de la SOGEPA.
Dans une déclaration publiée le 4 mai, Ousseynou Ly a remercié le chef de l’État pour la confiance accordée durant ses deux années de fonction, qu’il a qualifiées d’« exaltantes et enrichissantes ». Il a réaffirmé son attachement au projet du Pastef et au leadership d’Ousmane Sonko, sans revenir sur les circonstances de son éviction. Quelques jours plus tôt, lors d’un Takkussanu Mojib organisé à la Médina, il avait déclaré que l’objectif politique de son camp était de « faire élire Ousmane Sonko en 2029 ».
Le limogeage s’inscrit dans une séquence de tensions persistantes entre le président et son Premier ministre, longtemps présentés en bloc unifié sous le slogan de campagne « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye » (« Diomaye, c’est Sonko, et Sonko, c’est Diomaye »).
Lors de son interview du 2 mai à Walf TV, RFM et RTS, Bassirou Diomaye Faye avait justifié les évictions récentes par la nécessité de « protéger l’institution présidentielle », affirmant que les responsables écartés l’avaient été après avoir « attaqué le président à plusieurs reprises ». Il avait dans le même entretien rappelé que « tant qu’il est Premier ministre, [Sonko] bénéficie de [sa] confiance » et que « si cela n’est plus, [il y aurait] un nouveau Premier ministre ».
La rupture s’est accélérée depuis novembre 2025, lorsque Ousmane Sonko avait annoncé lors d’un meeting à Dakar le limogeage de la haute représentante du chef de l’État Aminata Touré et du ministre de l’Environnement Abdourahmane Diouf. Le lendemain, la présidence avait désavoué cette annonce par communiqué et confirmé Mme Touré dans ses fonctions, avant de la nommer à la tête de la coalition Diomaye Président. M. Diouf est resté ministre.
En mars 2026, Ousmane Sonko avait publiquement menacé de retirer le Pastef du gouvernement si le président s’écartait de leur « vision commune ». Plusieurs absences du Premier ministre lors de conseils des ministres consécutifs avaient été interprétées comme des signaux de défiance institutionnelle.
L’horizon de 2029
L’arrière-plan de cette tension reste l’inéligibilité actuelle d’Ousmane Sonko à la présidentielle de 2029. Sa condamnation pour diffamation, confirmée en appel et par la Cour suprême après le rejet d’un rabat d’arrêt déposé par ses avocats, l’exclut du jeu présidentiel pour cinq ans, sauf renversement judiciaire ou réforme constitutionnelle.
Cette inéligibilité dessine deux trajectoires divergentes. D’un côté, Bassirou Diomaye Faye, élu chef de l’État à 44 ans en mars 2024, dispose constitutionnellement de la possibilité de briguer un second mandat. De l’autre, Ousmane Sonko cherche encore une issue juridique ou politique pour redevenir éligible, faute de quoi sa carrière présidentielle resterait suspendue.
L’autonomisation progressive de la coalition Diomaye Président, distincte du Pastef, et le remplacement d’un cadre du parti par un proche de cette structure au porte-parolat de la présidence sont lus par plusieurs observateurs sénégalais comme la consolidation d’un appareil politique propre au chef de l’État.
Le gouvernement actuel, dit Sonko II, est en place depuis le 6 septembre 2025 après les législatives anticipées de novembre 2024 remportées largement par le Pastef.



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