Sénégal : deux hommes déférés à Mbour pour relations homosexuelles et transmission présumée du VIH
Deux hommes, dont un agent de la mairie de Mbour, ont été présentés lundi 28 avril au procureur de la République de cette ville côtière à 80 kilomètres au sud de Dakar, dans le cadre d’une enquête sur ce que la gendarmerie sénégalaise présente comme un réseau de relations homosexuelles entre les régions de Thiès et de Dakar.

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Les deux mis en cause, identifiés par leurs initiales B. Thiam, cuisinier, et O. Seck, agent municipal, sont poursuivis pour association de malfaiteurs, actes contre nature et transmission volontaire du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), selon les informations rapportées par les médias sénégalais Seneweb et Senenews. Ils sont en détention depuis le début de la semaine et leur sort dépend désormais du parquet de Mbour, dirigé par Augustin Yakhar Faye.
L’enquête a été conduite par la Brigade de recherches de Saly, rattachée à la compagnie de gendarmerie de Mbour. Lors de la perquisition au domicile du premier interpellé, à Saly, les enquêteurs disent avoir saisi du lubrifiant, des sous-vêtements féminins et des accessoires. Au cours de sa garde à vue, l’intéressé a livré une liste de partenaires présumés, dont un médecin et un enseignant, selon les mêmes sources.
Le second mis en cause, présenté comme son partenaire, a été interpellé devant la mairie de Mbour par des gendarmes en civil. Il a déclaré être agent de la municipalité lors de son audition. La qualification de transmission volontaire du VIH a été ajoutée au dossier après les examens médicaux pratiqués à l’hôpital.
Un délit pénal au Sénégal
L’article 319 alinéa 3 du Code pénal sénégalais réprime « l’acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe » de un à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 100 000 à 1 500 000 francs CFA. Cette disposition, héritée de la législation coloniale française, place le Sénégal parmi la trentaine de pays africains qui pénalisent encore les relations entre personnes de même sexe.
Plusieurs ONG sénégalaises et internationales, dont Human Rights Watch et Amnesty International, dénoncent régulièrement les arrestations menées sur ce fondement, ainsi que les conditions de détention et la stigmatisation publique qui en découlent. Le sujet reste extrêmement sensible dans le pays, où la loi bénéficie d’un fort soutien social, religieux et politique. La majorité des candidats à la présidentielle de mars 2024, dont Bassirou Diomaye Faye, élu chef de l’État, s’étaient prononcés contre toute dépénalisation.
L’affaire de Mbour intervient deux mois après une procédure similaire ouverte à Dakar par la Brigade de recherches de Faidherbe, qui avait déféré fin février deux personnes au parquet à la suite d’une opération de renseignement entre la ZAC Mbao et Ouakam.



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