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Pascal Todjinou : “un syndicat ne doit pas appeler à voter pour un président”

Pascal Todjinou, ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin, a réagi aux premiers pas du président Romuald Wadagni à la tête de l’État. Dans un entretien accordé au journaliste Samuel Houndjo, l’ancien responsable syndical a salué les premières décisions sociales du chef de l’État, tout en prenant ses distances avec les centrales syndicales qui avaient appelé à voter en faveur de ce dernier.

POLITIQUE
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Pascal Todjinou, ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin
Pascal Todjinou, ancien secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Bénin PH: DR
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SOMMAIRE

Pour Pascal Todjinou, Invité du Jour du Mercredi 10 Juin 2026 sur Crystal News, les premières mesures annoncées par Romuald Wadagni vont dans le sens des engagements pris pendant la campagne. Il estime que le chef de l’État a commencé à traduire ses promesses en actes, notamment à travers les décisions sociales récemment adoptées en Conseil des ministres. « Les premiers pas du président Romuald Wadagni sont des pas heureux, utiles et conséquents », a-t-il déclaré. Selon lui, il faut reconnaître positivement le fait qu’un dirigeant commence son mandat par des mesures correspondant à ses engagements électoraux.

L’ancien secrétaire général de la CGTB cite notamment la gratuité de l’école pour les filles, de la maternelle jusqu’en terminale, comme une mesure forte. À ses yeux, cette décision montre que le nouveau pouvoir entend donner une traduction concrète à ses promesses.

Pascal Todjinou ne cache pas son soutien à Romuald Wadagni. Il explique avoir porté ce choix en raison du parcours de l’ancien ministre d’État, notamment son rôle dans l’assainissement des finances publiques sous le régime de Patrice Talon. L’ancien syndicaliste estime que Romuald Wadagni a contribué, pendant dix ans, à une gestion plus rigoureuse des finances de l’État. Pour lui, cette expérience constitue un atout pour la conduite du pays.

Il rejette cependant l’idée d’un soutien motivé par un intérêt personnel ou financier. Pascal Todjinou affirme n’avoir reçu aucune contrepartie du président pour défendre sa candidature ou apprécier favorablement ses premières décisions. « Je n’ai pris aucun franc de lui pour faire ce que je fais », a-t-il insisté, en présentant son engagement comme un choix personnel et indépendant.

Interrogé sur les autres priorités évoquées dans le débat public, notamment la question des détenus politiques et du retour des exilés, Pascal Todjinou adopte une position nuancée. Il dit ne pas faire du mot d’ordre de libération systématique son combat, mais appelle néanmoins à examiner les situations avec retenue et discernement.

Selon lui, le président Romuald Wadagni devra apprécier ces dossiers en temps opportun afin de contribuer à l’apaisement du climat politique. Il l’encourage, dans le même sens, à « dégeler » la tension politique et sociale dans le pays.

La diplomatie régionale saluée

L’ancien secrétaire général de la CGTB s’est aussi prononcé sur les premières sorties diplomatiques du président béninois. Il voit d’un bon œil les déplacements effectués par Romuald Wadagni au Nigeria, au Niger, au Burkina Faso, au Togo et en Côte d’Ivoire.

Pour Pascal Todjinou, ces démarches s’inscrivent dans une logique de dialogue régional. Il estime que le chef de l’État anticipe ainsi sur ses engagements en matière de coopération avec les pays voisins et les partenaires de la sous-région.

Il fait également remarquer la présence de fortes délégations du Niger et du Mali lors de l’investiture de Romuald Wadagni. À ses yeux, ces signaux diplomatiques montrent une volonté d’ouverture et de reprise du dialogue avec certains États de la région, dans un contexte marqué par des tensions politiques et sécuritaires.

L’ancien syndicaliste considère que cette posture peut favoriser la paix et la stabilité, deux conditions qu’il juge nécessaires au développement du pays. Il estime que le climat politique ne produit pas directement le développement, mais qu’il peut créer les conditions de travail et de gouvernance nécessaires à l’action publique.

Des réserves sur l’engagement partisan des syndicats

Là où Pascal Todjinou se montre plus critique, c’est sur la position de certaines centrales syndicales qui ont appelé à voter pour Romuald Wadagni. Même s’il assume son propre soutien au chef de l’État, il estime qu’une organisation syndicale ne devrait pas donner de mot d’ordre en faveur d’un candidat à une élection présidentielle. Pour lui, la nuance est essentielle. À titre individuel, un syndicaliste peut avoir une préférence politique et l’exprimer. Mais une organisation syndicale, qui regroupe des travailleurs de sensibilités diverses, doit éviter de s’aligner sur une formation politique, un camp ou un candidat.

« Moi, en tant que syndicaliste, je ne peux jamais appeler mes militants à voter pour un président de la République », a-t-il déclaré. Il rappelle qu’au sein d’une centrale syndicale, il peut y avoir des militants de la mouvance, de l’opposition, des partis de gauche ou des travailleurs sans appartenance politique.

Pascal Todjinou estime donc que le syndicat doit rester un observateur critique. Son rôle, selon lui, n’est ni d’entrer dans la mouvance ni de rejoindre l’opposition, mais d’apprécier les actions publiques selon leur contenu. Lorsque c’est bon, le syndicat doit le dire. Lorsque c’est mauvais, il doit aussi le dire.

Il appelle ainsi les responsables syndicaux à plus de retenue dans leurs prises de position, surtout lorsqu’il s’agit d’acteurs politiques. Pour lui, l’engagement officiel d’une centrale en faveur d’un candidat peut fragiliser son autonomie future.

Le risque d’un lien de dépendance avec le pouvoir

Pascal Todjinou met également en garde contre les conséquences possibles d’un soutien syndical explicite à un président élu. Selon lui, une centrale qui a appelé à voter pour un chef de l’État pourrait se retrouver en difficulté le jour où elle devra contester une décision du même pouvoir.

Il prend pour exemple les tensions passées autour de la Bourse du travail. Il rappelle que, sous le précédent régime, l’accès à cet espace syndical avait été restreint, ce qu’il considère comme une atteinte aux droits syndicaux. À ses yeux, ce type de situation aurait dû pousser les centrales à davantage de prudence avant d’apporter un soutien politique formel.

L’ancien secrétaire général de la CGTB estime que l’indépendance syndicale est une condition essentielle pour défendre les travailleurs. Un syndicat lié politiquement à un pouvoir pourrait être moins libre de dénoncer des mesures défavorables aux travailleurs ou des restrictions aux libertés syndicales.

Tout en saluant les premières orientations du président Romuald Wadagni, Pascal Todjinou appelle donc à la vigilance. Il encourage le chef de l’État à poursuivre les mesures sociales, à renforcer le dialogue et à apaiser les tensions politiques et sociales. Mais il invite aussi les centrales syndicales à préserver leur autonomie, afin de rester fidèles à leur mission première : défendre les intérêts des travailleurs, quels que soient les rapports de force politiques du moment.

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