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IBP, l’International Budget Partnership installe à Dakar son bureau régional pour l’Afrique francophone

International Budget Partnership a officiellement lancé son bureau régional pour l’Afrique francophone, mercredi 22 juillet 2026. Basée à Dakar, la nouvelle structure interviendra dans onze pays afin de renforcer la transparence budgétaire, la participation citoyenne et la redevabilité dans la gestion des ressources publiques.

ECONOMIE
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IBP, l'International Budget Partnership
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International Budget Partnership (IBP) renforce sa présence en Afrique avec la création d’une plateforme régionale consacrée aux pays francophones. Dénommée IBP Afrique francophone, elle accompagnera les gouvernements, les Parlements, les institutions de contrôle, les organisations de la société civile ainsi que les partenaires techniques et financiers.

Le bureau régional couvrira le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, Madagascar, le Mali, le Niger, la République démocratique du Congo, le Sénégal, le Tchad et le Togo. Il favorisera le partage d’expériences, la production de données probantes et le dialogue entre les institutions publiques et la société civile.

Cette évolution institutionnelle prolonge un travail engagé depuis plusieurs années à partir du Sénégal. Depuis 2018, IBP développe en Afrique francophone un réseau d’acteurs mobilisés autour de la transparence, du contrôle des finances publiques et de la participation des citoyens aux décisions budgétaires.

Une plateforme régionale au service de onze pays

Lors du webinaire de lancement, la directrice exécutive d’IBP, Ana Patricia Muñoz, a rappelé que l’organisation travaille avec des partenaires dans plus de 100 pays afin de promouvoir une mobilisation et une utilisation plus transparentes et plus équitables des ressources publiques.

Selon elle, la transparence ne doit pas se limiter à la publication de chiffres et de documents budgétaires. Elle doit permettre d’améliorer concrètement les conditions de vie des populations, notamment celles des communautés marginalisées, à travers un meilleur accès à la santé, à l’eau, à l’assainissement et aux autres services essentiels.

L’organisation entend notamment renforcer la production de données avec les communautés, puis utiliser ces informations dans le dialogue avec les autorités nationales et locales. Cette approche doit permettre de mieux identifier les besoins, d’élaborer des solutions adaptées et de suivre leur prise en compte dans les politiques publiques.

Pour Maleine Amadou Niang, directeur régional d’IBP Afrique francophone, la nouvelle structure repose sur deux principes : la proximité et la performance. Il estime que les réformes budgétaires ne peuvent produire des résultats durables sans une présence auprès des populations et des institutions chargées de gérer ou de contrôler les ressources publiques.

Le choix d’une organisation régionale francophone s’explique également par la proximité des systèmes administratifs et juridiques, ainsi que par l’existence de cadres communautaires communs, notamment au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

« Les pays francophones d’Afrique partagent des cadres institutionnels communs, mais aussi des défis similaires en matière de transparence, de participation et de redevabilité », a souligné Maleine Amadou Niang. L’objectif est de permettre aux acteurs des différents pays d’apprendre les uns des autres et de reproduire les réformes ayant déjà produit des résultats.

Le Bénin présenté comme une référence régionale

Le lancement du bureau régional a été marqué par une intervention du ministre délégué béninois chargé du Budget et de la Fonction publique, Rodrigue Chaou. Il a présenté la trajectoire du Bénin en matière de transparence budgétaire et les réformes ayant permis au pays d’améliorer ses performances.

Selon les résultats de l’Enquête sur le budget ouvert 2025, le score de transparence du Bénin est passé de 1 point en 2012 à 77 points en 2025. Depuis 2023, le pays a également gagné 21 points en matière de participation citoyenne et 11 points dans le contrôle institutionnel.

Rodrigue Chaou a attribué ces résultats à la continuité des réformes engagées par l’administration béninoise. Il a notamment cité la publication systématique et dans les délais des documents budgétaires, l’ouverture progressive du processus budgétaire aux citoyens et l’intégration de la budgétisation sensible au genre.

« La transparence budgétaire n’est jamais un acquis définitif. C’est un chantier permanent », a-t-il déclaré, insistant sur la continuité des équipes, des réformes et du portage politique.

Le représentant du ministère béninois du Budget a également détaillé plusieurs innovations mises en œuvre par le pays. Il s’agit notamment de la publication d’une présentation pluriannuelle des recettes, de l’évaluation de l’impact des nouvelles mesures fiscales et de l’amélioration des informations relatives aux dépenses fiscales.

Le Bénin publie aussi des rapports réguliers sur l’exécution du budget, accompagnés de données sur les dépenses sensibles au genre, au changement climatique ainsi qu’à l’entretien des investissements publics. Des rencontres sont organisées avec les organisations de la société civile pour analyser la mobilisation des recettes et l’exécution des dépenses.

La modernisation des administrations fiscales et douanières, la digitalisation des services, la généralisation des factures normalisées et l’interconnexion des bases de données ont également été citées parmi les réformes ayant amélioré la fiabilité des informations financières.

Des progrès encore insuffisants dans plusieurs pays

Malgré les avancées enregistrées, les résultats de l’Enquête sur le budget ouvert mettent en évidence d’importantes insuffisances en Afrique subsaharienne. Seuls 15 % des pays évalués publient des informations minimales sur les dépenses fiscales, notamment les exonérations accordées par l’État.

Seulement 12 % des pays rendent disponibles des informations satisfaisantes sur la composition prévisionnelle de leur dette. Parmi les pays francophones étudiés dans le cadre du projet pilote de 2025 sur la dette, seul le Bénin publie un plan d’emprunt aligné sur son budget. Aucun ne publie un audit annuel de la dette.

Le directeur des finances publiques et de la fiscalité intérieure de l’UEMOA, Abass Habasso Traoré, a indiqué que les États membres ont accompli des progrès dans la transposition des directives communautaires adoptées en 2009. Leur application effective demeure cependant incomplète.

Les principales difficultés concernent la publication des contrats conclus entre les administrations et les entreprises, les conventions liées à l’exploitation des ressources naturelles, les contrats de concession de services publics et les rapports sur les dépenses fiscales.

Des insuffisances persistent également dans la déclaration du patrimoine des responsables publics, la publication des informations sur la dette et le fonctionnement effectif des cours des comptes.

L’UEMOA envisage ainsi une révision de ses textes afin d’intégrer de nouvelles exigences en matière de transparence, de contrôle et de gestion de la dette publique. Cette réforme doit notamment tenir compte des vulnérabilités financières apparues dans plusieurs pays de la région.

La société civile réclame une participation institutionnalisée

La faiblesse de la participation citoyenne a occupé une place importante dans les discussions. Pour Charlie Martial Ngounou, directeur exécutif d’AfroLeadership, les citoyens et les organisations de la société civile ne disposent pas encore de suffisamment d’espaces pour intervenir dans les processus budgétaires.

Il estime que cette situation ne relève pas uniquement d’un problème de procédure, mais également d’une culture politique et administrative qui peine encore à considérer les citoyens comme de véritables acteurs de la gestion publique.

Le responsable d’AfroLeadership a plaidé pour la création de mécanismes permanents de consultation et de participation. Ces dispositifs devraient être intégrés au calendrier budgétaire et permettre aux organisations de femmes, de jeunes, de personnes handicapées et aux structures communautaires de contribuer aux décisions.

Selon lui, les organisations de la société civile ne doivent plus être considérées comme de simples observateurs ou comme des opposants aux gouvernements. Leur connaissance des réalités locales et leur proximité avec les communautés peuvent aider les administrations à mieux identifier les besoins et à améliorer l’efficacité des dépenses publiques.

Le président de la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale du Sénégal, Chérif Ahmet Dicko, a rappelé le rôle du Parlement dans l’examen, l’adoption et le contrôle de l’exécution des lois de finances.

Les députés disposent notamment des auditions ministérielles, des questions écrites et orales, des commissions d’enquête et des missions d’information pour contrôler l’utilisation des ressources publiques. Le partenariat avec IBP doit permettre de renforcer leurs capacités d’analyse des documents budgétaires et d’évaluation des politiques publiques.

Justice fiscale et budgétisation sensible au genre

IBP Afrique francophone prévoit également de renforcer ses interventions dans le domaine fiscal. L’organisation conduit déjà un programme consacré à l’équité fiscale, à la mobilisation des ressources intérieures et au renforcement des capacités des acteurs non traditionnels de l’écosystème fiscal.

Le programme doit être étendu à plusieurs pays francophones. Il portera notamment sur la transparence fiscale, la fiscalité sensible au genre, la fiscalité numérique et environnementale ainsi que sur la participation des organisations africaines aux débats internationaux relatifs à la réforme du système fiscal mondial.

Au Cameroun, la budgétisation sensible au genre est progressivement intégrée aux budgets-programmes. Sophie Boumsong, cheffe de la Division de la réforme budgétaire au ministère camerounais des Finances, a expliqué que cette approche ne constitue pas un budget séparé.

Elle consiste plutôt à identifier les besoins particuliers des différentes catégories de la population et à les intégrer dans la planification, l’allocation des ressources et l’évaluation des politiques publiques.

Dans le secteur agricole, par exemple, les politiques de soutien doivent prendre en compte les différences entre les activités majoritairement exercées par les hommes et celles dans lesquelles les femmes sont fortement représentées. L’objectif est d’éviter que les subventions et les investissements publics ne profitent qu’à certaines formes de production.

Le bureau régional entend désormais accompagner les États, les Parlements, les institutions de contrôle et les organisations citoyennes sur la dette publique, la fiscalité, le financement des services sociaux, la performance budgétaire, la participation citoyenne et l’accès aux informations sur la gestion de l’argent public.

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