Nigeria : l’ex président Obasanjo alerte sur les germes d’une nouvelle guerre civile
Olusegun Obasanjo a reçu à Abeokuta une documentation consacrée au massacre d’Asaba, l’un des épisodes les plus sombres et longtemps occultés de la guerre du Biafra. L’ancien président nigérian a profité de cette remise pour avertir que plusieurs germes de la guerre civile de 1967-1970 demeurent présents au Nigeria, appelant à préserver la mémoire pour éviter une nouvelle tragédie.

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ABEOKUTA – L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo a reçu mercredi 1er juillet 2026, à la bibliothèque présidentielle qui porte son nom à Abeokuta, dans l’État d’Ogun, un ouvrage de documentation historique sur le massacre d’Asaba d’octobre 1967, remis par l’Isama Ajie d’Asaba, le chef Chuck Nduka-Eze. À cette occasion, l’ancien chef d’État a averti que de nombreux facteurs ayant conduit à la guerre civile nigériane de 1967-1970 demeuraient présents dans les institutions du pays et au sein de sa population.
L’ouvrage présenté, intitulé Asaba Massacre, rassemble une transcription publiée et un documentaire audiovisuel fondés sur des témoignages oculaires, des archives, des entretiens enregistrés et des recherches historiques. Obasanjo, qui commandait des troupes fédérales pendant la guerre civile, a déclaré avoir toujours évité de se prononcer sur le massacre d’Asaba au motif que la zone était placée sous le commandement du général Murtala Muhammed, tué dans un coup d’État en 1976 et depuis élevé au rang de figure nationale. « Quand les gens parlent du massacre d’Asaba, je reconnais toujours que je ne peux pas en donner les détails », a-t-il déclaré.
Il a en revanche relaté être intervenu personnellement pendant la guerre pour empêcher un soldat de violer une femme à Asaba, soulignant que de tels actes engagent la responsabilité de commandement.
Un massacre longtemps occulté
Le massacre d’Asaba s’est déroulé du 5 au 7 octobre 1967, quatre mois après le début de la guerre civile opposant le gouvernement fédéral nigérian à la République autoproclamée du Biafra. Les troupes fédérales de la 2e division d’infanterie, commandée par le colonel Murtala Muhammed, entrèrent à Asaba le 5 octobre, alors que les forces biafraises venaient de faire sauter les travées orientales du pont d’Onitsha pour empêcher leur poursuite. Asaba, ville majoritairement igbo mais restée dans la fédération et acquise au principe de l’unité nationale, organisa une procession civile le 7 octobre pour afficher sa loyauté envers le gouvernement fédéral, ses habitants défilant en tenues blanches traditionnelles en chantant « One Nigeria ».
Selon les témoignages recueillis par les chercheurs et les survivants, les soldats fédéraux séparèrent les hommes et les garçons des femmes et des enfants à un carrefour, avant d’ouvrir le feu à la mitrailleuse. Le bilan ne peut être établi avec précision, les sources académiques retenant une fourchette de plusieurs centaines à plus de mille victimes civiles masculines. Nduka-Eze a indiqué lors de la présentation que les éléments disponibles pointaient vers la mort de plus de mille civils. Le massacre, jamais reconnu officiellement par l’État nigérian ni poursuivi devant une juridiction, a fait l’objet d’une documentation scientifique majeure en 2017, avec la publication par Cambridge University Press de l’ouvrage de référence The Asaba Massacre: Trauma, Memory, and the Nigerian Civil War, signé par Elizabeth Bird et Fraser Ottanelli.
« Nous avons déjà combattu une guerre civile de trop »
Prenant la parole après la remise du document, Obasanjo a exprimé sa préoccupation pour la situation actuelle du Nigeria. « Certaines des choses qui ont conduit à la guerre civile sont toujours là. Combien de temps cela va-t-il encore nous accompagner ? », a-t-il déclaré. Rappelant une remarque de l’ancien chef d’État Yakubu Gowon, il a ajouté que le Nigeria ne survivrait pas à une seconde guerre civile : « Nous avons déjà combattu une guerre civile de trop. »
L’ancien chef d’État, qui a dirigé le Nigeria de 1999 à 2007 comme président civil après avoir été chef d’État militaire de 1976 à 1979, a insisté sur la nécessité de documenter les événements tragiques de la guerre pour en prévenir la répétition. « Nous nous enorgueillissons de préserver le passé, de saisir le présent et d’inspirer l’avenir. Merci de faire connaître cette histoire, pour que les gens l’apprennent et s’engagent à ce que cela ne se reproduise jamais. Je dis : jamais », a-t-il conclu.
Nduka-Eze a lui aussi estimé que les conditions ayant conduit à la guerre civile – notamment la méfiance ethnique entre les communautés du Nigeria – restaient en grande partie non résolues. La guerre civile nigériane, connue également sous le nom de guerre du Biafra, a duré du 6 juillet 1967 au 15 janvier 1970 et fait entre un et trois millions de morts, civils en grande partie, selon les estimations historiques.



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