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Côte d’Ivoire : le PPA-CI de Laurent Gbagbo adopte une motion de soutien à l’AES

Le PPA-CI de Laurent Gbagbo a adopté une motion de soutien à l’Alliance des États du Sahel lors de son premier congrès ordinaire à Abidjan. Cette prise de position, inédite pour une grande formation politique ivoirienne, marque une rupture frontale avec la ligne diplomatique du gouvernement Ouattara, qui a soutenu les sanctions de la CEDEAO contre les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

POLITIQUE
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l'ex président Laurent Gbagbo reconduit à la tête du PPA-CI
l'ex président Laurent Gbagbo reconduit à la tête du PPA-CI Photo : DR
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Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) a adopté par acclamation, lors de la clôture de son premier congrès ordinaire le 15 mai 2026 au Palais de la Culture Bernard Binlin Dadié de Treichville, une motion de soutien à l’Alliance des États du Sahel (AES), confédération regroupant les régimes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger. « Le congrès apporte son soutien sans faille aux peuples de l’AES et à ses dirigeants et les exhorte à persévérer dans cette voie », a déclaré Aka Emmanuel, président de la table de séance, lors de la lecture de la motion, sous le regard attentif de Laurent Gbagbo, fondateur et président reconduit du parti. Il s’agit de la première fois qu’une grande formation politique ivoirienne exprime un soutien officiel et public aux juntes sahéliennes, dans un pays dont le gouvernement a soutenu les sanctions de la CEDEAO contre ces mêmes régimes depuis 2023.

Le congrès, qui s’est tenu les 14 et 15 mai 2026 en présence d’environ 3 000 délégués, a été marqué par cette prise de position géopolitique forte, chaleureusement applaudie par les congressistes selon les correspondants présents. La motion affirme que « le salut de l’Afrique passe par la souveraineté et le panafricanisme » et dresse un diagnostic sévère sur le continent, décrit comme « tributaire des dynamiques géopolitiques globales » et constituant un « espace failli au plan sécuritaire » ainsi qu’un « laboratoire de toutes les expérimentations en matière de conflit au profit des puissances étrangères », selon Africapresse.

Un signal géopolitique dans un pays officiellement hostile aux juntes sahéliennes

La portée de cette motion s’apprécie à l’aune du contexte ivoirien. Le gouvernement d’Alassane Ouattara entretient des relations officiellement tendues avec les juntes du Sahel depuis les coups d’État successifs de 2021 à 2023. Abidjan a soutenu les sanctions économiques et politiques de la CEDEAO contre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, en a été l’un des défenseurs les plus fermes, et a refusé de reconnaître le retrait de ces trois pays de l’organisation régionale. Des tensions diplomatiques réelles ont marqué les relations entre Ouattara et les dirigeants de l’AES, notamment autour de la question des ressortissants ivoiriens au Sahel et des flux migratoires.

En adoptant cette motion, le PPA-CI se positionne délibérément en opposition frontale à la politique étrangère du gouvernement, en choisissant comme terrain de rupture non pas une question économique ou sociale intérieure, mais la diplomatie sahélienne. La décision est cohérente avec la ligne panafricaniste historique du parti, qui se revendique opposé à la Françafrique et a longtemps critiqué les interventions militaires françaises en Afrique. Le PPA-CI et les juntes de l’AES partagent un discours commun de dénonciation de l’ingérence étrangère, de valorisation de la souveraineté, de critique des mécanismes de sécurité collective africains perçus comme vassaux des puissances occidentales.

Sur le plan diplomatique, cette prise de position d’un parti d’opposition d’une certaine envergure dans un pays de la CEDEAO favorable à l’ordre institutionnel régional illustre la pénétration croissante du narratif souverainiste sahélien dans l’opinion publique en Afrique de l’Ouest francophone, au-delà des seuls pays gouvernés par des juntes militaires.

En parallèle de la motion AES, le congrès a acté la reconduction de Laurent Gbagbo à la tête du parti par acclamation. Celui-ci avait pourtant déclaré en octobre 2025 ne plus souhaiter occuper de fonctions politiques. Il avait finalement annoncé sa volonté de rester lors d’une session extraordinaire du Comité central le 7 mai 2026, une semaine avant le congrès, répondant favorablement aux appels de ses militants. Âgé de 81 ans — il aura 81 ans le 31 mai 2026 — Gbagbo était absent lors des deux journées de travaux mais a fait une brève apparition lors de la cérémonie de clôture : « Je suis heureux d’être dans cette chaude ambiance, je vous remercie », selon Afriquinfos.

Des sanctions pour indiscipline électorale

Le congrès a également statué sur des procédures disciplinaires ouvertes contre des cadres ayant participé aux élections de 2025 sans l’aval du parti. Ahoua Don Mello — qui s’était présenté à la présidentielle d’octobre 2025 — a été radié, tout que Kanga Antoine et Fernand Ahilé. Stéphane Kipré, gendre de Gbagbo élu aux législatives en indépendant, et Armand Ouégnin ont été suspendus pour dix-huit mois chacun. Ces décisions confirment la volonté de la direction de maintenir une discipline interne après une période de dissidences.

La prochaine échéance électorale en Côte d’Ivoire est les élections municipales de 2028. Le PPA-CI, absent de toutes les élections depuis 2010, n’a pas arrêté publiquement sa position sur sa participation à ce scrutin.

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