Biens mal acquis : Ali Bongo critique Libreville, mais l’État était partie civile sous lui
Ali Bongo a repris la parole pour contester les termes employés par Libreville dans l’affaire des « biens mal acquis ». Mais les archives montrent que l’État gabonais avait déjà engagé puis obtenu son statut de partie civile sous sa présidence.

Ali Bongo Ondimba a rompu plusieurs mois de silence, samedi 19 septembre 2026, pour contester les termes employés par la République gabonaise dans l’affaire française des « biens mal acquis ». L’État avait pourtant déjà rejoint cette procédure comme partie civile sous sa présidence.
L’ancien chef de l’État dit ne pas contester le fond de la procédure judiciaire, mais la manière dont les observations récentes de Libreville mettent en cause la mémoire de son père, Omar Bongo Ondimba. Dans sa déclaration vidéo, il estime qu’un fils peut accepter le jugement de l’action politique de son père sans accepter que sa mémoire soit « bafouée ».
Le désaccord porte donc sur les arguments actuellement défendus par la République gabonaise, et non sur l’existence même de sa qualité de partie civile. Cette qualité plonge dans une séquence judiciaire engagée alors qu’Ali Bongo exerçait encore la présidence.
En mars 2021, Transparency International France contestait déjà devant le juge la constitution de partie civile de la République gabonaise. Après un refus du juge d’instruction en février 2022, Libreville a fait appel. Le 14 mars 2023, la cour d’appel de Paris a finalement reconnu à l’État gabonais le statut de partie civile, plus de cinq mois avant le coup d’État du 30 août.
Une archive publiée par Le Monde en juin 2011 montre que cette stratégie judiciaire était encore plus ancienne. Le quotidien rapportait alors que Patrick Maisonneuve, avocat d’Ali Bongo, avait décidé de faire intervenir l’État gabonais comme partie civile dans le dossier.
La chronologie a été remise au centre du débat ce dimanche par Marc Ona Essangui. Le sénateur et figure de la société civile rappelle que la procédure française est née d’initiatives associatives à partir de 2007, avant l’intervention directe de l’État gabonais. L’enquête française sur les « biens mal acquis » a été clôturée en 2025 après près de quinze années d’instruction.
Cette chronologie ne signifie pas que les observations juridiques défendues aujourd’hui par Libreville sont identiques à celles de l’époque. Ali Akbar Onanga Y’Obegue, ancien responsable du Parti démocratique gabonais, a soutenu le 16 septembre que le statut de partie civile obtenu en 2023 permettait à l’État de défendre ses intérêts patrimoniaux sans l’obliger à reprendre toutes les accusations visant Omar Bongo.
La décision de la cour d’appel date du 14 mars 2023. Ali Bongo a conservé la présidence jusqu’au 30 août 2023, lorsque les militaires ont annoncé sa destitution après l’élection présidentielle.



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