Bénin : en deux ans, Axel Merryl s’impose comme la voix béninoise la plus exportée de sa génération
Axel Merryl confirme son ascension continentale avec un premier concert solo à Abidjan, nouvelle étape d’un parcours fulgurant entamé sur les réseaux sociaux avant son virage réussi vers la musique. De « Kimi » à son sacre aux AFRIMA, l’artiste béninois s’impose en quelques années comme l’une des voix les plus exportées de sa génération, entre Bénin, Sénégal, Côte d’Ivoire, Europe et diaspora.

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Le samedi 16 mai 2026, Axel Merryl Sofonnou montait sur la scène du Palais de la Culture de Treichville à Abidjan pour son premier concert solo en Côte d’Ivoire, devant une salle dont les billets s’étaient écoulés via la plateforme Tikerama. L’événement, baptisé « Le Rendez-vous d’Abidjan », était organisé par la même structure qui l’avait produit quelques mois plus tôt au Casino de Paris. Pour un artiste sorti de l’anonymat en avril 2023 avec un premier single enregistré dans sa chambre, la trajectoire est vertigineuse — et elle dit quelque chose de plus large sur la capacité d’un pays de 14 millions d’habitants à peser dans l’industrie musicale ouest-africaine.
Axel Merryl Sofonnou est né le 1er juillet 1996. Il grandit à Abomey-Calavi, dans le département de l’Atlantique, élevé par sa grand-mère pendant que ses parents — sa mère cadre bancaire, son père chercheur à l’université — sont installés à Dakar pour le travail. C’est dans la capitale sénégalaise qu’il posera lui-même ses valises en 2013, après l’obtention de son baccalauréat, pour suivre un cursus de master en télécommunications à l’École supérieure multinationale des télécommunications (ESMT). « Tout a démarré à Dakar. J’avais du temps libre et j’ai commencé à faire des vidéos », se souvient-il dans un entretien accordé à Jeune Afrique en janvier 2024.
Ses sketchs comiques, tournés et montés seul, circulent d’abord sur Facebook, puis sur YouTube où il ouvre une chaîne en 2014. Il s’exprime en français et en fon, langue de ses ancêtres, mêlant les registres dans des parodies de la vie quotidienne africaine qui traversent les frontières linguistiques. En juin 2015, une vidéo réalisée avec Jojo le Comédien — « Si les films chinois étaient tournés en Afrique » — lui offre sa première viralité continentale. En 2017, sa chaîne YouTube dépasse les 100 000 abonnés. Des célébrités extérieures au continent relaient ses productions : le rappeur français Booba, le producteur nigérian Don Jazzy. YouTube lui décernera plus tard un trophée pour ses performances sur la plateforme. En décembre 2023, sa chaîne compte 1,32 million d’abonnés ; son compte TikTok, 5,2 millions ; Facebook, 2,7 millions.
« Kimi », le basculement
C’est en avril 2023 qu’Axel Merryl accomplit une transition que peu de comédiens réussissent. Il signe un premier titre musical, en tant qu’auteur, compositeur et interprète. La chanson s’appelle « Kimi ». Son parti pris sonore est délibérément contre-courant. Alors que l’afrobeat domine les playlists africaines, il choisit le kompa, rythme haïtien aux tonalités caribéennes que lui a fait aimer sa mère depuis l’enfance. Le clip met en scène Kimberly Makosso, fille de l’influenceur ivoirien Camille Makosso, et franchit deux millions de vues en moins de soixante-douze heures sur YouTube. Il en cumule plus de seize millions aujourd’hui.
Le succès de « Kimi » ne doit pas qu’au clip : il révèle un positionnement artistique original dans un marché saturé. Axel Merryl choisit de rester fidèle aux musiques douces, à des textes sur l’amour et l’identité, dans un registre qui emprunte à l’afropop, au R&B et, selon ses propres descriptions, aux rythmes vodoun hérités du patrimoine béninois. Il enchaîne rapidement avec « Embrasser la mariée », puis « Maman », avant de décider en 2023 de suspendre entièrement ses activités d’humoriste pour se consacrer à plein temps à la musique.
Son premier album, Température, sort dans la foulée. Il en extrait « Titulaire », enregistré avec la chanteuse sénégalaise Mia Guissé et le producteur Bass Thioung. Le titre devient l’un des hits afropop majeurs de 2024 sur l’ensemble de la sous-région.
Une reconnaissance continentale construite scène par scène
La trajectoire internationale d’Axel Merryl ne procède pas d’une stratégie de label mais d’une accumulation de performances live sur des scènes de plus en plus larges. En 2024, il est primé Meilleur Artiste d’Afrique de l’Ouest lors du PRIMUD, cérémonie musicale organisée à Abidjan par la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas un prix béninois : c’est une reconnaissance extérieure, décernée par un pays voisin doté d’une industrie culturelle structurée.
En août 2025, il se produit au Casino de Paris — salle parisienne emblématique de 1 500 places. En décembre 2025, c’est au Symphony Space de Manhattan, dans le quartier de l’Upper West Side, qu’il monte sur scène dans le cadre d’un concert de Noël organisé par Show Mondial, agence spécialisée dans la promotion des artistes africains sur les scènes mondiales.
Le point d’orgue arrive en janvier 2026 à Lagos. Lors de la 9e édition des All Africa Music Awards (AFRIMA), qui réunit des délégués et artistes de 48 pays africains et dont la cérémonie est retransmise dans plus de 80 pays, Axel Merryl reçoit le trophée du Meilleur Artiste Contemporain Africain. Il devient ainsi le deuxième artiste béninois de l’histoire à être primé aux AFRIMA, après Angélique Kidjo en 2014. Pour ce prix, il avait affronté dans sa catégorie des figures établies de la musique nigériane — Burna Boy, Davido, Wizkid, Asake, Rema — ainsi que le Ghanéen Black Sherif et le Sénégalais Djodje. « Personne n’a fait mieux que nous cette année, autant dans les spectacles que dans les hits », avait-il déclaré lors de la remise du prix.
Abidjan, un marché à conquérir
Le concert du 16 mai 2026 au Palais de la Culture de Treichville marque une étape symbolique supplémentaire. Abidjan est la première place de l’industrie musicale francophone d’Afrique de l’Ouest. S’y produire en concert solo, dans une salle associée aux grandes pointures du showbiz ivoirien et régional, n’est pas anodin pour un artiste béninois. « Kimi » avait été enregistré avec Kimberly Makosso, figure ivoirienne. Le PRIMUD lui avait été remis à Abidjan. La Côte d’Ivoire est, depuis le début, un marché où sa popularité s’est construite en parallèle du Bénin.
Le Bénin ne dispose pas d’une industrie musicale comparable à celle de la Côte d’Ivoire, du Nigeria ou du Sénégal. Ses artistes évoluent le plus souvent sans infrastructure de label, sans réseau de distribution physique, avec des budgets de production limités. L’ascension d’Axel Merryl — partie d’une chambre à Dakar, construite sur les réseaux sociaux, validée par des scènes à Paris, New York et Lagos — illustre un modèle de percée internationale qui contourne ces contraintes structurelles par la viralité numérique et la performance live.
Son prochain single annoncé, « Douwe », et un agenda de concerts qui s’étend désormais à plusieurs capitales africaines et à la diaspora, indiquent que le Rendez-vous d’Abidjan du 16 mai n’est pas un point d’arrivée.


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