À Cannes, Canal+ menace de ne plus collaborer avec Binoche, Haenel et Gardin
Au Festival de Cannes, le 17 mai 2026, le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a répondu avec fermeté à la tribune publiée par près de 600 professionnels du cinéma dans Libération dénonçant l’influence du milliardaire Vincent Bolloré dans le secteur culturel. Interrogé par l’AFP, il a annoncé qu’il souhaitait rompre certaines collaborations avec des signataires de cette tribune, marquant un nouvel épisode de tension entre une partie du cinéma français et le groupe Canal+.

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Lors de son intervention, Maxime Saada a estimé que la tribune revenait à qualifier ses équipes de « crypto-fascistes », une accusation « que [il] ne peut pas entendre ». « Je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de crypto-fasciste. Je suis désolé, la limite, pour moi, elle est là », a-t-il déclaré, indiquant clairement que des relations professionnelles pourraient être rompues avec certains artistes engagés contre la famille Bolloré et ses structures.
La tribune de Libération, publiée quelques jours avant l’ouverture du festival, alertait sur « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le secteur culturel à travers les investissements du groupe Vivendi et de Canal+. Les signataires évoquaient notamment le risque d’une « prise de contrôle fasciste de l’imaginaire collectif » après l’entrée de Canal+ dans le capital d’UGC : le groupe détient depuis septembre dernier 34% des parts du réseau de salles, selon la tribune et les éléments cités par les interlocuteurs présents.
Financements, positionnements et réactions dans les médias
Selon des observateurs présents à Cannes, la prise de parole de Maxime Saada vise à marquer une rupture pratique : il apparaît désormais difficile, a-t-on rapporté, pour Canal+ de continuer à financer ou produire des artistes qui attaquent publiquement le groupe tout en bénéficiant parfois de ses investissements dans le cinéma français. Le groupe continue néanmoins d’allouer des moyens significatifs au secteur : Canal+ consacre jusqu’à 170 millions d’euros par an au cinéma français, financement qui pourrait être redéployé selon les orientations décidées par la direction.
Parmi les personnalités citées comme signataires de la tribune figurent des noms connus du cinéma et du spectacle français : Juliette Binoche, Blanche Gardin, Swann Arlaud ou encore Adèle Haenel. Ces artistes et d’autres signataires ont dénoncé dans leur texte ce qu’ils décrivent comme une emprise idéologique croissante de Vincent Bolloré sur les médias et la culture.
La réaction de Maxime Saada a trouvé des soutiens dans le paysage médiatique. Sur le réseau X, la journaliste Christine Kelly, figure de CNews et de l’émission Face à l’info, a publiquement applaudi la position du patron de Canal+, estimant qu’il est contradictoire de critiquer un groupe tout en espérant continuer à travailler avec lui.


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