Soudan : un convoi du Programme alimentaire mondial victime d’une attaque de drone

Un convoi humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) a été la cible d’une attaque de drone au Soudan, faisant un mort et plusieurs blessés. L’incident, survenu dans le Kordofan du Nord, illustre l’escalade de la violence dans une région devenue un nouveau front majeur de la guerre civile.

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Soudan: un convoi humanitaire du PAM victime d'une attaque de drone
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L’attaque s’est produite à l’aube du 6 février 2026 dans l’État du Kordofan du Nord, une zone actuellement disputée entre l’armée soudanaise (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR). Le convoi du PAM, composé de plusieurs camions transportant des vivres, se rendait de Kosti, dans l’État du Nil Blanc, vers El-Obeid, capitale régionale assiégée.

Selon des sources humanitaires, les camions transportaient de la nourriture destinée à des milliers de déplacés internes, fuyant les violences qui se sont intensifiées ces derniers mois dans le centre du pays. L’attaque a provoqué l’incendie de plusieurs véhicules et la destruction d’importantes quantités de denrées alimentaires. Le bilan provisoire fait état d’un mort et de plusieurs blessés.

La frappe est attribuée aux Forces de soutien rapide, dirigées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti. Aucune revendication officielle n’a toutefois été formulée.

Dans un communiqué, Denise Brown, coordinatrice résidente et humanitaire des Nations unies au Soudan, a exprimé sa « profonde inquiétude », rappelant que les convois humanitaires bénéficient d’une protection spécifique au regard du droit international humanitaire.

De son côté, le Réseau des médecins soudanais a dénoncé une « violation flagrante du droit international humanitaire », qualifiant l’attaque de crime de guerre et appelant à l’ouverture d’une enquête indépendante.

Un conflit qui s’étend vers le centre du pays

Cette attaque intervient dans un contexte de guerre civile qui dure depuis près de trois ans, opposant l’armée régulière soudanaise aux FSR depuis avril 2023. Longtemps concentrés à Khartoum et au Darfour, les combats se sont récemment déplacés vers le Kordofan du Nord, où l’armée aurait enregistré plusieurs avancées stratégiques.

La région est devenue un enjeu militaire majeur en raison de sa position géographique centrale, reliant le Darfour, bastion des FSR, aux régions orientales et septentrionales contrôlées par l’armée. Elle abrite également des axes logistiques essentiels, notamment les routes d’approvisionnement vers El-Obeid et Bara.

L’attaque contre le convoi du PAM n’est pas un cas isolé. Le lendemain, le 7 février, une autre frappe de drone attribuée aux FSR a visé une zone proche de Rahad, causant la mort d’au moins 24 civils, dont huit enfants, selon des sources médicales locales.

Depuis le début du mois de février, plusieurs attaques de drones ont été signalées contre des zones résidentielles, des marchés ruraux, et des infrastructures civiles. Le bilan provisoire fait état d’au moins 25 civils tués, des dizaines de blessés et de nouvelles vagues de déplacements forcés, aggravant une situation humanitaire déjà critique.

Les FSR sont une force paramilitaire créée en 2013, issue en grande partie des milices Janjaweed, accusées d’atrocités au Darfour dans les années 2000. Fortes de 100 000 à 120 000 combattants, elles sont bien équipées en véhicules et armes légères, mais ne disposent pas d’aviation lourde.

Sous la direction de Hemedti, les FSR ont joué un rôle central dans la chute de l’ex-président Omar el-Béchir en 2019, avant de devenir un acteur clé du pouvoir de transition. Elles sont aujourd’hui accusées de crimes de guerre, d’attaques contre les civils et de l’utilisation croissante de drones armés.

Condamnations et inquiétudes internationales

L’attaque contre le PAM a suscité de vives réactions internationales. Les Nations unies ont rappelé que toute attaque visant l’aide humanitaire constitue une violation grave du droit international. Plusieurs ONG ont averti que la poursuite de telles frappes pourrait entraîner une suspension partielle des opérations humanitaires dans certaines zones. Des partenaires internationaux, dont l’Union européenne et plusieurs États occidentaux, ont appelé à la protection des travailleurs humanitaires et à un accès sans entrave aux populations civiles.

Alors que le Kordofan du Nord devient l’un des épicentres du conflit, l’ONU redoute une répétition des violences de masse observées au Darfour dans les années 2000. La multiplication des attaques contre les civils et les convois humanitaires menace directement l’acheminement de l’aide dans un pays déjà confronté à la famine et à des déplacements massifs.

Pour les organisations humanitaires, la sécurité des équipes sur le terrain est désormais une priorité absolue, dans un conflit où même l’aide alimentaire n’est plus épargnée par la guerre.

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